Un premier débat acrimonieux entre Donald Trump et Joe Biden

À 35 jours du vote, les deux candidats à la présidence américaine, Donald Trump et Joe Biden, ont croisé le fer dans un débat acrimonieux et tendu.
Photo: Julio Cortez Associated Press À 35 jours du vote, les deux candidats à la présidence américaine, Donald Trump et Joe Biden, ont croisé le fer dans un débat acrimonieux et tendu.

Le président américain, Donald Trump, a cherché une nouvelle fois à discréditer le scrutin du 3 novembre prochain en appelant ses partisans à faire de la surveillance dans les bureaux de vote pour combattre la fraude, a-t-il lancé lors du premier débat télévisé l’opposant au candidat démocrate, Joe Biden, mardi soir à Cleveland, en Ohio.

L’occupant de la Maison-Blanche a également refusé de condamner publiquement la violence des suprémacistes blancs opposés aux manifestations du mouvement de défense des droits des Afro-Américains, nommant plutôt l’organisation néofasciste Proud Boys et l’appelant de manière surréaliste à « prendre du recul et à se tenir prête ».

À 35 jours du vote, les deux candidats à la présidence américaine ont croisé le fer dans un débat acrimonieux et tendu durant lequel Donald Trump a attaqué sans relâche son opposant démocrate qui, lui, a cherché à opposer faits et idées de son programme à celui du candidat républicain.

« C’est probablement le pire débat présidentiel dans l’histoire des États-Unis, a résumé à chaud le stratège politique républicain Gary Sasse, joint par Le Devoir au Rhode Island. C’est une honte. Cette rencontre n’a réussi qu’à exposer le véritable contraste entre Joe Biden et Donald Trump. Un Biden qui s’est montré souvent frustré de se faire couper la parole, mais qui, malgré tout, a fini par se dévoiler comme étant le plus “présidentiable” des deux. »

Près d’une heure après le début de la rencontre, le journaliste américain Dan Rather a tweeté : « Trump se fait intimidateur en écrasant l’animateur et Joe Biden à presque chaque occasion. Ce comportement va-t-il lui apporter des votes ? »

L’échange entre les deux hommes a commencé sans poignée de main, pandémie oblige, mais avec fougue, et une première attaque de Donald Trump accusant Joe Biden d’avoir capitulé devant Bernie Sanders et l’aile gauche radicale du Parti démocrate pour accroître les mesures de couverture médicale amorcées sous Barack Obama. « Tout le monde sait que c’est un mensonge », a dit Biden, qui répète depuis des mois que son plan en matière de santé n’est pas celui préconisé par le sénateur du Vermont. « Mes amis, savez-vous de quoi ce clown est en train de parler ? »

Revoyez le premier débat électoral entre Donald Trump et Joe Biden


Le ton était donné pour ce débat qui est resté sur cette même tonalité pendant plus d’une heure et demie, forçant l’animateur, Chris Wallace, du réseau Fox News, à rappeler le président américain à l’ordre pour l’empêcher de couper sans cesse la parole à son opposant. « Votre équipe de campagne s’est engagée à respecter cette règle [d’un temps de parole de 2 minutes pour répondre aux questions posées] », a-t-il dit, excédé, ouvrant ainsi une porte à Joe Biden dans laquelle le démocrate s’est engouffré : « Il ne respecte jamais sa parole », a asséné l’ex-vice-président.

Pour le professeur de communication politique à l’Emerson College Vincent Raynauld, ce débat a « tranché » avec les débats politiques passés en imposant une « formule pas très politicienne », a-t-il indiqué mardi soir au Devoir depuis Boston. « Joe Biden était dans un débat de contenu, alors que Donald Trump était plutôt dans le spectacle. Joe Biden a toujours ramené la discussion sur les faits, parlant directement à la caméra et cherchant à montrer sa compassion, alors que Donald Trump a parlé surtout de lui, en usant d’attaques personnelles contre son adversaire pour être percutant. »

Impôts et pandémie

Sans surprise, le président américain a dû faire face à son passé fiscal, dévoilé dimanche dernier par une grande enquête du New York Times. « Il a payé moins d’impôts [sur 15 ans] qu’une enseignante », a dit Joe Biden en référence à la somme de 750 $ que le milliardaire autoproclamé aurait versér au fisc en 2016, l’année de son élection. Biden a promis au passage de mettre fin aux programmes permettant aux riches de se soustraire à leur obligation en matière d’impôts.

M. Trump a affirmé avoir payé des millions en impôt sur le revenu, sans toutefois s’engager à rendre publiques ses déclarations, choses qu’il refuse de faire avec obstination depuis son entrée en poste, devenant ainsi le premier président américain depuis 1876 à ne pas être transparent sur ses finances personnelles.

Le président sortant a également été confronté à son bilan en matière de lutte contre la COVID-19, qui a fait 200 000 morts aux États-Unis depuis mars dernier. Le pays est l’un des plus touchés au monde par la maladie.

« Il n’a jamais eu de plan. Il n’a rien mis en œuvre. Il savait depuis février à quel point cette crise était grave », a dit Joe Biden, en faisant ainsi référence à un enregistrement de Trump avec le journaliste Bob Woodward dévoilé dans un essai qui vient de paraître. « Il savait. Mais il n’a rien dit pour ne pas faire paniquer le peuple américain. Mais vous n’avez pas paniqué. C’est lui qui a paniqué. »

Comme il le répète depuis des mois, Donald Trump s’est pour sa part présenté en champion de la lutte contre la COVID-19, assurant même qu’un vaccin allait apparaître avant le 1er novembre prochain pour venir à bout de la maladie et de la crise sociale qu’elle a induite. « C’est la même personne qui vous a dit que le virus allait disparaître à Pâques, avec l’arrivée du temps chaud, comme par miracle », a souligné Joe Biden, qui a diminué les attentes en matière de vaccins en évoquant un médicament pour la fin de l’année, au plus vite, et une distribution plus tardive « au début de 2021 ». « Croyez-vous vraiment ce qu’il vous dit, après tous les mensonges qu’il a produits depuis le début de la pandémie ? » a demandé le démocrate.

« Politiquement, Joe Biden a été le plus fort, empêchant Donald Trump de mettre en relief [les] faiblesses » du démocrate, dit Gary Sasse sans toutefois s’avancer sur le vainqueur de cette joute. « Les opinions sont déjà faites. Ce débat ne devrait pas faire changer les intentions de vote. »

« Gagnant ? Perdant ? Le knock-out était impossible dans ce cadre, dit Vincent Raynauld. La perception du gagnant tient dans celle qu’a chaque électeur sur les candidats dans une Amérique très divisée. »

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