Trump nomme Amy Coney Barrett à la Cour suprême

Le président Donald Trump et la juge Amy Coney Barrett
Photo: Alex Brandon Associated Press Le président Donald Trump et la juge Amy Coney Barrett

Donald Trump a nommé samedi la juge conservatrice Amy Coney Barrett pour remplacer l’icône féministe Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême des États-Unis, dans un climat de vives tensions à six semaines de la présidentielle.

« Ce soir, j’ai l’honneur de nommer l’une des juristes les plus brillantes et les plus douées du pays à la Cour suprême », a déclaré le président américain depuis les jardins de la Maison Blanche.

« Vous allez être fantastique », a-t-il lancé en s’adressant à la juge de 48 ans, debout à ses côtés, avant de prédire une confirmation « rapide » de cette nomination par le Sénat.

Sauf énorme surprise, Amy Coney Barrett, catholique pratiquante opposée à l’avortement, viendra renforcer la majorité conservatrice au sein de cette institution-clé qui tranche les grands débats de la société américaine.

Le choix présidentiel devrait être rapidement validé par le Sénat, a majorité républicaine. Les auditions doivent débuter le 12 octobre, pour un vote espéré fin octobre, quelques jours avant l’élection du 3 novembre.

« C’est ma troisième nomination », a souligné, tout sourire, M. Trump qui aura, fait rare, désigné trois juges suprêmes — sur un collège de neuf — en un seul mandat.

En banlieue de Harrisburg, la capitale de Pennsylvanie, où l’ex-magnat de l’immobilier devait tenir un meeting de campagne dans la soirée, l’annonce de la nomination, retransmise sur grand écran devant les centaines de personnes déjà présentes, a été accueillie par des acclamations et des applaudissements.

« USA, USA, USA », a scandé la foule juste après l’annonce.

« J’aime les États-Unis et j’aime la Constitution des États-Unis », a déclaré Amy Coney Barrett lors d’une brève allocution au cours de laquelle elle a rendu un hommage appuyé à Ruth Bader Ginsburg, la juge progressiste décédée la semaine dernière et qu’elle est appelée à remplacer.

« Elle a gagné l’admiration des femmes à travers le pays et dans le monde entier », a-t-elle souligné.

Appel à attendre

Le candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden a appelé samedi le Sénat américain à ne pas se prononcer sur la nomination de la juge conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour suprême avant l’élection présidentielle du 3 novembre.

« Le Sénat ne devrait pas se prononcer sur cette vacance » créée par le décès de la juge progressiste Ruth Bader Ginsburg « tant que les Américains n’auront pas choisi leur prochain président et leur prochain Congrès », a-t-il dit dans un communiqué quelques minutes après l’annonce de la nomination par Donald Trump.

Dès le décès de « RBG », icône progressiste et féministe, Donald Trump a engagé au pas de course le processus pour ancrer durablement la Cour suprême dans le conservatisme, ses juges étant nommés à vie.

Tout le camp démocrate est vent debout, arguant qu’il devrait revenir au vainqueur de l’élection présidentielle de faire un choix si déterminant pour la société américaine.

La plus haute juridiction est effet régulièrement appelée à trancher sur des questions ultrasensibles, comme l’avortement, le droit de porter des armes, la discrimination positive ou encore les litiges électoraux.

Pour la sénatrice Kamala Harris, colistière de Joe Biden, la confirmation de cette juge « pousserait la Cour encore plus à droite » et « nuirait à des millions d’Américains », mettant notamment en danger l’assurance santé adoptée sous M. Obama.

La puissante organisation de défense des droits civiques ACLU a encore exhorté samedi le Sénat à « reporter le processus de confirmation » jusqu’au lendemain de l’investiture du prochain président, le 20 janvier.

Le sujet sera à coup sûr mardi soir au cœur du premier débat télévisé de la campagne entre Joe Biden, favori dans les sondages, et Donald Trump, qui mise en partie sur cette séquence pour refaire son retard.

Le choix d’Amy Coney Barrett, mère de sept enfants, professeure de droit et magistrate connue pour ses convictions religieuses traditionalistes, pourrait galvaniser l’électorat chrétien conservateur sur lequel Donald Trump s’est largement appuyé lors de son élection-surprise il y a quatre ans.

D’autant que malgré une majorité de juges déjà théoriquement à droite après deux nominations par l’ex-homme d’affaires new-yorkais, la Cour suprême avait infligé au début de l’été une série de revers au camp conservateur, sur l’interruption volontaire de grossesse comme sur les droits des minorités sexuelles et des jeunes migrants sans papiers.

La haute juridiction « crache à la figure des gens fiers de se considérer comme républicains ou conservateurs », avait alors pesté Donald Trump.

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