Les républicains s’engagent à une transition pacifique en cas de défaite

« Le vainqueur de l’élection du 3 novembre va être assermenté le 20 janvier. Il y aura une transition ordonnée, comme c’est le cas tous les quatre ans depuis 1792. »

Jeudi matin, le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell a pris la plume sur Twitter pour rassurer les Américains sur le caractère pacifique de la transition politique qui pourrait survenir aux États-Unis dans le cas d’une défaite du président actuel en novembre prochain.

Plusieurs autres élus républicains ont joint leur voix à cet appel au calme et au respect des règles constitutionnelles du pays, et ce, dans l’espoir de se distancier des propos du président américain qui, mercredi soir, a refusé de s’engager à un transfert pacifique du pouvoir en cas de victoire de son opposant Joe Biden.

« Le transfert pacifique du pouvoir est inscrit dans notre Constitution et il est fondamental pour la survie de notre république, a dit pour sa part la députée du Wyoming Liz Cheney, une des hautes gradées républicaines à la Chambre des représentants. Les dirigeants américains prêtent serment à la Constitution. Nous respecterons ce serment. »

Mercredi soir, Donald Trump a semé une fois de plus l’émoi en refusant devant les journalistes de s’engager à respecter le résultat du vote en cas de défaite. « Il va falloir que nous voyions ce qui se passe », a-t-il dit depuis la Maison-Blanche. Le président, qui traîne de la patte dans plusieurs sondages face à son opposant démocrate, a par ailleurs poursuivi sa campagne de dénigrement du vote par la poste qu’il soupçonne d’être une source de fraude en faveur des démocrates. Aucune étude ou expert n’appuie pourtant cette accusation. « Débarrassons-nous de ces bulletins et ce sera très pacifique, il n’y aura pas de transfert vraiment, ce sera une continuation », a-t-il dit.

Le président américain en a rajouté jeudi après-midi avant de s’envoler pour la Caroline du Nord en déclarant aux journalistes : « Nous voulons nous assurer que les élections sont honnêtes. Mais je ne suis pas sûr que cela puisse l’être, avec toute cette situation des bulletins non sollicités. »

En 2016, l’ex-vedette de téléréalité avait usé de la même tactique face à Hillary Clinton en laissant planer le doute sur son acceptation des résultats du vote, en cas de défaite.

« Dans quel pays vivons-nous ? Je plaisante à peine. Je veux dire, dans quel pays sommes-nous ? Il dit les choses les plus irrationnelles, je ne sais pas quoi dire », a résumé le candidat démocrate, Joe Biden.

Jeudi matin, Donald Trump s’est fait huer sévèrement devant la Cour suprême des États-Unis, où il est venu rendre hommage à la juge Ruth Bader Ginsburg en compagnie de sa femme Melania. « Destituez-le ! », a clamé la foule, selon le réseau NBC présent sur place.

L’hommage officiel à l’icône féministe et progressiste du plus haut tribunal du pays, décédée vendredi dernier à l’âge de 87 ans, est troublé depuis plusieurs jours par l’empressement avec lequel les républicains veulent lui trouver une remplaçante avant le scrutin de novembre prochain. Ils cherchent ainsi à profiter de leur avantage politique au sénat et à la Maison-Blanche pour renforcer le conservatisme au sein de l’institution judiciaire.

Ce n’est pas la première fois que le président se fait huer dans les rues de la capitale américaine, le District de Columbia étant un terrain politique profondément démocrate. En 2016, Hillary Clinton y a récolté 91 % du vote, contre 4 % pour Donald Trump.

Ce n’est pas seulement une élection entre Donald Trump et Joe Biden. C’est une élection entre Donald Trump et la démocratie. Et la démocratie doit gagner.

 

La présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, NancyPelosi, s’est dite « peu surprise » jeudi par les déclarations du président américain sur le vote et la transition pacifique, mais a rejeté l’idée d’une réprimande officielle. « Je ne pense pas qu’il en vaille la peine à ce stade », a-t-elle dit en point de presse tout en rappelant que « l’antidote à ces maux » restait encore et toujours « le vote ». « Nous voulons un transfert pacifique du pouvoir, a-t-elle ajouté. Il est très triste d’avoir même à poser cette question. »

Le candidat déchu à l’investiture démocrate, Bernie Sanders, a proposé jeudi la création d’une commission électorale indépendante, à l’occasion d’un discours à Washington, le premier donné en personne depuis son retrait de la course électorale le printemps dernier. « Ce n’est pas seulement une élection entre Donald Trump et Joe Biden, a-t-il dit. C’est une élection entre Donald Trump et la démocratie. Et la démocratie doit gagner. »
 

Avec l’Agence France Presse

Recueillement sous les huées

Le président américain s’est recueilli jeudi devant le cercueil de la juge progressiste de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg, provoquant des huées et des cris de protestation.

Le locataire de la Maison-Blanche a marqué un moment de silence face à la dépouille de l’icône fémi-niste décédée vendredi. La démarche est d’autant plus singulière que le milliardaire républicain, qui n’a jamais endossé les habits de rassembleur depuis son arrivée à la Maison-Blanche, est peu coutumier des hommages aux personnalités n’étant pas dans son camp politique.

Après quelques secondes de silence, des personnes présentes sur place ont manifesté leur colère. Si la foule n’était pas très importante, la scène témoigne du climat de tension régnant à Washington.

« Honorez son souhait », ont lancé certains dans une référence à la dernière volonté de la doyenne de la Cour suprême, qui ne voulait pas être remplacée avant la fin du cycle électoral. « Mon voeu le plus cher est de ne pas être remplacée tant qu’un nouveau président n’aura pas prêté serment », a confié la juge de 87 ans à sa petite-fille Clara Spera, quelques jours avant sa mort.

Donald Trump a mis en doute cette semaine les déclarations de sa petite-fille. « Je ne sais pas si [Ruth Bader Ginsburg] l’a dit », a-t-il déclaré, ironisant sur le fait que cela ressemblait à un communiqué rédigé par la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Le président républicain doit annoncer samedi après-midi, depuis la Maison-Blanche, le nom de la juge qu’il souhaite nommer à ce poste influent. Cinq femmes, dont la magistrate Amy Coney Barrett, coqueluche des milieux religieux, et une juge conservatrice d’origine cubaine, Barbara Lagoa, ont été présélectionnées.

Agence France-Presse

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