Un hommage à Ruth Bader Ginsburg sur fond de lutte pour sa succession

Mercredi matin, des dizaines d’employés de la Cour suprême des États-Unis se sont réunis sur les marches du plus haut tribunal du pays pour accueillir la dépouille de la juge Ruth Bader Ginsburg.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Mercredi matin, des dizaines d’employés de la Cour suprême des États-Unis se sont réunis sur les marches du plus haut tribunal du pays pour accueillir la dépouille de la juge Ruth Bader Ginsburg.

En rang. Masqués. Et à distance.

Mercredi matin, des dizaines d’employés de la Cour suprême des États-Unis se sont réunis sur les marches du plus haut tribunal du pays pour accueillir la dépouille de la juge Ruth Bader Ginsburg, disparue vendredi dernier à l’âge de 87 ans.

L’institution a tenu une cérémonie privée pour la famille, les collègues et les amis de cette icône féministe et libérale, avant d’exposer jusqu’à demain le cercueil de la juge en chapelle ardente dans le grand hall de la Cour suprême. L’hommage doit se poursuivre vendredi au Capitole des États-Unis à Washington.

Mercredi, la porte-parole de la Maison-Blanche Judd Deere a annoncé que le président américain allait faire un arrêt à la Cour suprême jeudi pour « rendre hommage » à Mme BaderGinsburg, et ce, au moment où les sénateurs républicains ont enclenché cette semaine un processus rapide de remplacement de la juge.

Même si aucun ordre du jour n’est encore officiel, les sénateurs se préparent à l’audition de la candidate choisie par le président américain dès le 12 octobre prochain, selon une source citée par l’Associated Press. Donald Trump doit dévoiler son nom samedi. Le vote confirmant la nomination doit ensuite se tenir le 29 octobre, soit quelques jours à peine avant le scrutin présidentiel du 3 novembre. Les deux camps espèrent tirer profit de cette nomination dans la précipitation.

Rappelons qu’en 2016, les républicains avaient bloqué la nomination du juge Merrick Garland à la Cour suprême par Barack Obama, huit mois avant les élections. Ils estimaient alors que ce choix devait être fait par le prochain président élu.

« La lutte qui vient de s’amorcer autour de cette nomination a le potentiel d’exciter les bases des deux partis, a indiqué en entrevue au Devoir le politicologue David Lublin, directeur du Department of Government à l’American University de Washington. Les conservateurs religieux sont comblés par une nomination qui respecte leurs valeurs. Mais elle fâche également la gauche, ce qui pourrait aider Joe Biden à conquérir le vote de la gauche plus radicale qui lui préférait Bernie Sanders pour cette présidentielle. »

Majorité conservatrice ?

La nomination d’une juge à la veille de l’élection va confirmer le caractère conservateur de la Cour suprême du pays avec un rapport anticipé de 6 juges inscrits dans cette mouvance idéologique contre 3 juges plus libéraux. Deux noms semblent résonner plus fort que d’autres : celui de Amy Coney Barrett et de Barbara Lagoa, deux juges à la cour d’appel.

Les républicains souhaitent profiter de leur majorité au sénat pour entériner la nomination avant le scrutin de novembre prochain qui pourrait venir modifier l’équilibre des forces en présence au sein de la chambre basse. Le président républicain est assuré d’un vote en faveur de sa candidate. À ce jour, seules deux sénatrices républicaines ont annoncé qu’elles ne voteraient pas pour la candidate choisie par le président, Susan Collins (Maine) et Lisa Murkowski (Alaska), dont les réélections sont entrées dans une zone de turbulence depuis plusieurs mois dans leurs États respectifs.

Depuis l’annonce du décès de Ruth Bader Ginsburg vendredi, des centaines de personnes ont convergé vers la Cour suprême pour déposer fleurs et messages honorant la mémoire de cette juge progressiste qui s’est faite la championne, en 27 ans de carrière, de la défense du droit des femmes. Un combat qui lui a valu une très grande notoriété et une présence dans la culture populaire incarnée par ses simples initiales, « RBG ».

« On disait que Ruth voulait devenir chanteuse d’opéra, a résumé mercredi le juge en chef de la Cour suprême, John Roberts. Mais elle est devenue une rock star à la place. […] Dans la salle du tribunal comme dans les salles de conférence, sa voix était douce. Mais lorsqu’elle parlait, tout le monde l’écoutait. »
 



Une version précédente de ce texte, dans laquelle le politicologue David Lublin était nommé David Dublin, a été corrigée.

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