Des pompiers québécois au coeur de l’enfer californien

À la mi-août, alors que la saison des incendies de forêt n’est normalement pas encore commencée aux États-Unis, près de 80% des pompiers disponibles dans les États touchés étaient déjà à pied d’œuvre. On a dû faire appel à des renforts des quatre coins du pays, mais aussi de l’étranger. 
Photo: Frederic J Brown Agence France-Presse À la mi-août, alors que la saison des incendies de forêt n’est normalement pas encore commencée aux États-Unis, près de 80% des pompiers disponibles dans les États touchés étaient déjà à pied d’œuvre. On a dû faire appel à des renforts des quatre coins du pays, mais aussi de l’étranger. 

Des pompiers québécois ont vu de près les feux de forêt de la Californie.

Lorsqu’on demande au chef de la base de Roberval des pompiers de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) quelle est la plus grande différence entre ce qu’il a l’habitude de faire chaque année et combattre un feu de forêt en Californie, la réponse ne se fait pas attendre. « Au Québec, on a de l’eau partout », dit Frédéric André.

Forts de ressources humaines, financières et techniques énormes en la matière, les États-Unis n’ont pas l’habitude de demander l’aide des autres quand vient le temps de combattre les feux de forêt sur leur territoire. Ils ont toutefois fait une exception cette année devant l’ampleur du désastre sur la côte ouest américaine.

À la mi-août, alors que la saison des feux de forêt n’est normalement pas encore commencée, 80 % des pompiers disponibles dans les États touchés étaient déjà à pied d’œuvre. On a rapidement dû faire appel à des renforts des quatre coins du pays, mais aussi de l’étranger, notamment du Canada, qui a promis 300 pompiers.

Le premier contingent de 60 pompiers canadiens est débarqué en Californie au début du mois de septembre et venait du Québec. Si l’on fait abstraction des quelques avions-citernes qu’on loue avec leurs équipages chaque année aux États-Unis, c’était seulement la deuxième fois que des pompiers de la SOPFEU allaient combattre des incendies de forêt au sud de la frontière, et la première en vertu d’une nouvelle entente de collaboration entre le Canada et les États-Unis. Pandémie de coronavirus oblige, leur camp de base et leur théâtre d’opérations, dans la forêt nationale de Plumas, à environ 400 km au nord-est de San Francisco, sont toujours restés séparés de quelques kilomètres des 3500 pompiers américains qui s’activaient déjà dans la région.

Des pompiers sans eau

« C'est un secteur montagneux avec de grosses forêts », raconte Frédéric André. Au Québec, on se serait attaqués aux brasiers en les encerclant de pompiers armés de lances d’incendie afin de réduire puis d’arrêter la progression des flammes, aidés par des passages incessants d’avions-citernes. Mais voilà. En Californie, les pompiers sont forcés de faire sans eau, sauf évidemment les pilotes d’hélicoptères et d’avions-citernes qui peuvent habituellement aller faire le plein dans les réservoirs de barrages, mais que l’épaisse fumée a souvent empêchés de voler ces dernières semaines.

Au Québec, on a de l’eau partout

 

La solution est d’établir une ligne de défense en périphérie de l’incendie, à l’aide de machinerie lourde ou d’une simple scie mécanique, à partir de laquelle on pourra allumer des feux contrôlés afin d’encercler le brasier d’une zone tampon dans laquelle il sera contenu. « C’est un travail de fourmis, dit Frédéric André, qui était le chef de mission du contingent québécois. Ces barrières de défense sont relativement résistantes, mais dès que les conditions se font plus difficiles, le feu peut rapidement sauter la ligne et il faut évacuer très très vite. »

Californie, PQ

Avec ses techniques étranges, mais surtout l’ampleur de ses feux de forêt qui ont déjà dévoré cette année près de 5 millions d’acres dans les États de la Californie, de l’Oregon, de Washington et de l’Idaho seulement, volé la vie d’au moins une quarantaine de personnes et détruit des milliers de maisons et de bâtiments, la côte ouest américaine n’appartient-elle pas à un monde complètement différent du Québec ?

Ses techniques de lutte contre les incendies sont parfois utiles au Québec, corrige Frédéric André. Sans commune mesure, il est vrai, avec les États-Unis, la saison des feux de forêt a, malgré tout, aussi été l’une des plus actives, cet été, des dix dernières années. À lui seul, le feu à Chute-des-Passes, au nord du Lac-Saint-Jean, a détruit près de 150 000 acres de forêt. « Seulement une quarantaine de chalets ont été détruits, mais il aurait suffi qu’il éclate un peu plus près d’une ville et les dommages auraient pu rapidement être beaucoup plus élevés. Lorsque les choses tournent mal, même 50 avions-citernes ne suffiraient pas. »

Ayant terminé un cycle de 14 jours de travail consécutif, son équipe est revenue cette semaine à la maison alors qu’une vingtaine d’autres pompiers québécois prenaient le chemin des États-Unis et que quelques dizaines de confrères albertains étaient en Oregon. Quel impact cette aide peut-elle bien avoir quand près de 17 000 pompiers se battent contre les feux de forêt en Californie seulement ? « C’est vrai que cela peut paraître une goutte d’eau, mais c’est avec cela qu’on éteint les feux. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.