Une année climatique catastrophique pour les États-Unis

En deux jours, les habitants de Denver sont passés d’une chaleur accablante à de la neige, le 8 septembre.
Eli Imadali Agence France-Presse En deux jours, les habitants de Denver sont passés d’une chaleur accablante à de la neige, le 8 septembre.

Une vue satellite publiée lundi par le service météorologique national américain résume la situation hors norme que vivent les États-Unis. On y voit le tourbillon élégant de l’ouragan Sally, stagnant avec ses pluies torrentielles au-dessus du golfe du Mexique, frotter son dos contre les immenses traînées de fumée des incendies qui ravagent la côte ouest américaine. Dernier détail de cette image surréaliste : sur la droite, l’ouragan Paulette remonte doucement au nord des Bermudes. C’est une des cinq dépressions tropicales qui s’agitent au-dessus de l’océan Atlantique en ce moment. Un record depuis 1971.

La scène résume l’année vécue jusqu’à maintenant par les États-Unis : une suite de catastrophes climatiques qui frappent tout le territoire. À Denver (Colorado), les habitants sont passés d’un épuisant 37 °C un dimanche à 7 millimètres de neige sur leurs trottoirs le mardi 8 septembre au matin. Dans l’Oregon, sur la côte ouest, les fumées toxiques des incendies incontrôlables sont tellement denses qu’elles brûlent les poumons et remontent jusqu’au Canada. Au moins 35 personnes sont mortes cette année dans le sillage des feux de forêt. Plus au sud, dans les bayous de la Louisiane, espaces pourtant si riches en biodiversité, les autorités peinent toujours à déterminer l’étendue de la pollution provoquée par le passage destructeur de l’ouragan Laura, le 27 août, sur des usines pétrochimiques.

Un été « hors catégorie »

Ce ne sont pas des événements isolés. « On se souviendra du mois d’août 2020 pour sa météorologie violente et sa chaleur extrême, a conclu la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) dans son rapport mensuel sur le climat. Les États-Unis ont subi des vagues de chaleur, des ouragans, un derecho dévastateur [une tempête de longue durée associée à une bande d’averses et d’orages avançant rapidement, NDLR] et des brasiers dans l’Ouest. »

L’été météorologique, de juin à fin août, peut être qualifié de « hors catégorie », d’après la NOAA. Il est le quatrième plus chaud jamais enregistré et se positionne dans le tiers des étés les plus secs.

Ce n’est pas terminé. Le mois de septembre s’illustre toujours par des extrêmes de chaleur et de pluies, répartis dans différentes régions, d’après les services de prévisions climatiques américains. La saison des ouragans, qui entre dans son pic, pourrait s’avérer si intense qu’il n’y aura plus assez de lettres dans l’alphabet pour trouver des noms aux cyclones.

On se souviendra du mois d’août 2020 pour sa météorologie violente et sa chaleur extrême

 

Le dérèglement climatique, causé par les activités humaines, est sans conteste un des responsables de cette saison catastrophique. Tous ces événements sont identifiés par les climatologues comme pouvant être exacerbés par le changement du climat.

Les scientifiques ont démontré qu’à cause de ce phénomène, la surface brûlée par des incendies a déjà doublé dans l’ouest des États-Unis. Une conséquence, entre autres, d’un allongement de la saison des feux, qui s’étend désormais sur deux mois de plus que dans les années 1970.

« Pas de refroidissement »

Deux autres phénomènes climatiques ponctuels exacerbent le tout. La Niña pourrait bien être en formation. Ce phénomène a lieu en moyenne tous les trois à cinq ans, quand l’eau de surface de l’océan Pacifique tropical se refroidit. Il influence les vents, la température de l’eau et les précipitations dans le monde entier. Dans l’Atlantique, il provoque une multiplication et une augmentation de la puissance des cyclones… S’ajoute à cela l’oscillation atlantique multidécennale (OAM), un mécanisme naturel long de 60 à 80 ans qui, depuis 1995, modifie les températures marines de surface et provoque des saisons d’ouragans particulièrement puissantes.

« Il ne va PAS y avoir de refroidissement, a martelé sur Twitter mardi la climatologue canadienne Katharine Hayhoe. Parce que les émissions de gaz à effet de serre des activités humaines continuent d’augmenter. À quel point en sommes-nous sûrs ? À un point élevé. » Une réponse au président Trump qui, fidèle à lui-même, a, lors d’un déplacement sur les lieux des incendies dans l’Oregon, nié la réalité du réchauffement des températures mondiales : « Il va commencer à faire plus frais… Je ne pense pas que la science sache, en fait. »

Cette position du candidat républicain à sa réélection, lors des élections de novembre, est d’autant plus remarquable que son propre gouvernement s’est inquiété des conséquences du dérèglement climatique la semaine dernière. La Commodity Futures Trading Commission, chargée d’analyser les tendances économiques et de définir les prix de certaines matières premières, a publié un rapport, le 9 septembre, aux conclusions qui détonnent avec le discours présidentiel. « Les changements climatiques posent un risque majeur pour la stabilité du système financier des États-Unis et pour sa capacité à soutenir l’économie américaine, peut-on y lire. Il affecte déjà ou affectera quasiment toutes les facettes de l’économie, y compris les infrastructures, l’agriculture, l’immobilier résidentiel et commercial, de même que la santé humaine et la productivité du travail. »

Et d’ajouter, comme un avertissement au gouvernement Trump : « Si des actions importantes ne sont pas menées pour arrêter l’augmentation des températures mondiales, les conséquences pourraient mettre à mal la capacité productrice de l’économie et affaiblir son pouvoir de générer de l’emploi, des revenus et des occasions favorables. »

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