Trump se présente comme un rempart face au risque d’«anarchie»

Scène inédite, et longtemps inimaginable, les pelouses de la Maison Blanche ont été transformées en scène de rassemblement politique.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Scène inédite, et longtemps inimaginable, les pelouses de la Maison Blanche ont été transformées en scène de rassemblement politique.

Le président américain Donald Trump a accepté jeudi soir, dans les jardins de la Maison Blanche, la nomination de son parti comme candidat à un second mandat, en clôture de la convention républicaine.

« Mes compatriotes, ce soir, avec un coeur plein de reconnaissance et un optimisme sans limite, j'accepte cette nomination pour la présidence des Etats-Unis », a-t-il lancé devant un parterre d'un millier d'invités, après un discours de sa fille et conseillère, Ivanka Trump.

À moins de 70 jours de l’élection, le discours du président américain clôture une convention républicaine organisée sous forme de véritable show Trump, partiellement virtuel en raison du COVID-19.

Il intervient dans un contexte de superposition de crises — sanitaire, économique, sociale — et de tensions raciales qui rendent l’issue du scrutin du 3 novembre d’autant plus imprévisible.

Scène inédite, et longtemps inimaginable, les pelouses de la Maison-Blanche ont été transformées en scène de rassemblement politique. Des rangées de chaises blanches ont été installées pour accueillir les invités — plus d’un millier attendus — face à deux gigantesques écrans où les noms Trump et Pence et le slogan « Make America Great Again ! » brillaient dans la nuit.

Le choix de ce bâtiment fédéral chargé en symboles, pour un discours éminemment politique, au service d’un seul parti, a suscité une levée de boucliers.

Mais l’ancien hommes d’affaires a balayé d’un revers de manche les questions éthiques : « C’est un lieu où je me sens bien, c’est un lieu où le pays se sent bien ».

Menace « socialiste »

« Je suis le seul rempart entre le rêve américain et l’anarchie, la folie et le chaos » : si l’on se fie à ses déclarations de ces derniers jours, le 45e président de l’histoire du pays devrait dresser le sombre tableau d’une Amérique sous la menace d’une présidence « socialiste ».

Et se saisir du dossier pour attaquer son adversaire démocrate. « Les démocrates et Biden n’ont même pas mentionné les anarchistes, les agitateurs, les pilleurs et les soi-disant "manifestants pacifiques" lors de leur convention », a-t-il tweeté quelques heures avant de monter à la tribune. »

Depuis plusieurs jours, la petite ville de Kenosha (Wisconsin), où un jeune Afro-Américain, Jacob Blake, a été grièvement blessé par des policiers, est le théâtre de manifestations et de violences.

Le candidat démocrate Joe Biden a par avance dénoncé ce qu’il estime être une exploitation cynique d’événements tragiques de la part du président.

« Il voit cela à travers le prisme des bénéfices politiques qu’il peut en retirer », a-t-il affirmé sur MSNBC. « Il espère plus de violence, pas moins. Il met de l’huile sur le feu ».

En début de soirée, quelques centaines de manifestants « Black Lives Matter » s’étaient rassemblés devant la Maison Blanche pour crier leur colère et exiger le départ de Donald Trump.

Cette nouvelle mobilisation contre les violences policières et le racisme soulève cependant des questions délicates pour l’ancien sénateur.

Il devra trouver le ton juste, sur fond de pressions contradictoires venues de sa droite et de sa gauche au sein de son propre parti.

S’il a condamné les « violences inutiles », il a aussi exprimé sa solidarité avec les manifestants et dénoncé une nouvelle fois le « racisme généralisé » qui mine la société américaine.

180 000 morts du COVID-19

Largement devancé dans les sondages nationaux, donné battu dans de nombreux États clés, Donald Trump répète que les enquêtes d’opinion ne reflètent pas l’état d’esprit de l’Amérique et se dit convaincu qu’il créera la surprise, comme en 2016.

La façon dont il abordera la pandémie du coronavirus dans son allocution sera scrutée avec une attention particulière.

Mardi soir, Melania Trump a fait preuve d’une empathie qui tranchait avec ses déclarations et a marqué les esprits.

« Depuis mars, nos vies ont radicalement changé », a-t-elle affirmé, prenant acte d’un choc que le président cherche en permanence à minimiser. « Je sais que beaucoup de gens sont inquiets, je veux que vous sachiez que vous n’êtes pas seuls », a-t-elle ajouté.

Mais, sur les trois jours écoulés, la grand-messe républicaine a largement passé sous silence cette pandémie qui a fait plus de 180 000 morts aux États-Unis.

Or les Américains n’apprécient guère la façon dont Donald Trump gère cette crise sanitaire sans précédent.

Selon la moyenne des sondages établie par le site FiveThirtyEight, 58,2 % désapprouvent sa réponse face à la pandémie (38,7 % approuvent).

Pas de distanciation sociale, peu d’invités portant le masque : tout avait été fait, lors cette grand-messe républicaine dans les jardins de la Maison Blanche pour renforcer l’idée, à rebours du consensus scientifique, que la pandémie appartient déjà largement au passé.