Les républicains se font les gardiens de la loi et l’ordre

«Nous traversons une époque éprouvante», a admis le vice-président Mike Pence, seule grosse figure de cette avant-dernière soirée de convention.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse «Nous traversons une époque éprouvante», a admis le vice-président Mike Pence, seule grosse figure de cette avant-dernière soirée de convention.

Au lendemain des manifestations dénonçant la violence policière envers les Afro-Américains au Wisconsin, les républicains se sont posés en gardien de la loi et de l’ordre au troisième jour de leur convention nationale et ont consacré les forces policières en héros de la nation. Un discours troublé toutefois par l’arrestation d’un sympathisant de Donald Trump mercredi, dans la ville de Kenosha où les manifestations ont tourné à l’émeute dans la nuit de mardi à mercredi. Il est accusé d’avoir assassiné de sang-froid deux manifestants la nuit précédente, en les qualifiant de « voyous maléfiques ».

« Nous traversons une époque éprouvante, a admis le vice-président Mike Pence, seule grosse figure de cette avant-dernière soirée de convention. Au milieu de cette pandémie, juste au moment où notre nation avait commencé à se remettre, nous avons vu la violence et le chaos s’emparer des rues de nos grandes villes ».

En juin dernier, l’assassinat de George Floyd par la police de Minneapolis a déclenché une vague d’indignation à travers le pays et fait sortir des millions de personnes dans les rues pour dénoncer le racisme policier. Kenosha, petite ville du Wisconsin, est venu nourrir ce mouvement après qu’un policier de la ville ait déchargé son arme dans le dos d’un jeune Afro-Américain de 29 ans, le 23 août dernier. Jacob Blake, c’est son nom, devrait être paralysé à vie par cette énième bavure policière, a indiqué mardi son père.

Les républicains accusent depuis des mois les démocrates d’encourager les manifestations violentes à des fins électoralistes. Ce que plusieurs conférenciers sont venus dénoncer d’ailleurs durant la convention républicaine.

« De Seattle à Portland en passant par Washington et New York, les villes dirigées par les démocrates à travers le pays sont envahies par des foules violentes », a dit la gouverneure du Dakota du Sud Kristi Noem, une pro-Trump qui embrasse également les idées du président sur l’inutilité du masque durant la pandémie et sur le retour rapide à la vie normale partout au pays. « La violence est endémique. Il y a le pillage, le chaos, la destruction et le meurtre. Les personnes qui peuvent se permettre de fuir ont fui. Mais les gens qui ne peuvent pas — de bons Américains qui travaillent dur — sont livrés à eux-mêmes ».

Notons que la ville de Miami, non mentionnée par l’élue, et où des émeutes violentes se sont produites depuis juin, est dirigée par Francis Suarez, un maire républicain.

« Ils veulent couper les vivres à la police, a dit Marsha Blackburn, sénatrice du Tennessee. Pour nous enlever les outils qui nous protègent ». Ils ? Ce sont les démocrates. « Ils ferment nos églises, mais laissent les magasins d’alcool et les cliniques d’avortement ouverts. Joe Biden et Kamala Harris [les candidats du camp démocrate], avec leurs amis radicaux, veulent détruire nos héros. Car sans héros pour nous inspirer, le gouvernement peut mieux nous contrôler. »

Pour sa part, Lara Trump, la belle-fille de Donald Trump, est venue vanter « le président de la loi et l’ordre : de nos frontières à nos cours arrière, a-t-elle dit. Il va préserver la sécurité des États-Unis. Il va préserver la prospérité. Il va préserver l’Amérique telle qu’elle est ».

Mercredi, les autorités judiciaires du Wisconsin ont annoncé l’arrestation de Kyle Rittenhouse, originaire de l’Illinois, l’État voisin, pour avoir fait tourner les manifestations de Kenosha à la tuerie. Adorateur d’arme à feu, il est également impliqué dans le mouvement Blue Lives Matter, contre-mouvement au Black Lives Matter, qui appelle au respect des vies des policiers. Le bleu fait référence à la couleur de l’uniforme. Le jeune homme de 17 ans est également un partisan de Donald Trump.

En soirée, Michael McHale, président de la National Association of Police Organization avait pris la parole à la convention républicaine pour remercier le président américain pour son programme politique mis au service de la loi et de l’ordre. « La violence que nous constatons dans les villes ne se produit pas par hasard, a-t-il dit. C’est le résultat direct du refus des élus locaux de permettre aux forces de l’ordre de protéger nos communautés. »

Depuis mardi, des vidéos de manifestants à Kenosha montrent les membres de la milice armée improvisée, dont le tueur faisait partie, sympathiser avec la police de la ville. « On vous apprécie beaucoup les gars », leur dit d’ailleurs un policier.

« Nous appuyons le droit aux manifestations pacifiques, a professé Mike Pence. Mais la violence doit s’arrêter. À Minneapolis, Portland ou Kenosha. Nous allons offrir la loi et l’ordre dans chaque rue de ce pays, pour chaque Américain, peu importe sa race, sa croyance et sa couleur ».

Il a aussi encensé « les hommes et les femmes en uniformes [qui] sont les meilleurs de nous tous, a-t-il dit. Chaque jour, lorsqu’ils sortent de chez eux, ils considèrent nos vies plus importantes que la leur. »

Le vice-président a également mis en garde les Américains qu’ils ne vivraient pas « en sécurité dans une Amérique dirigée par Joe Biden ».

La convention nationale républicaine arrive à sa conclusion jeudi avec le discours d’acceptation de sa nomination par Donald Trump, qui s’est contenté aujourd’hui d’une visite surprise à la fin du discours de Mike Pence. Une nomination qui pourrait être occulté autant par les émeutes de Kenosha que par la destruction anticipée des côtes du Texas et de la Louisiane par l’ouragan Laura qui devait frapper la terre dans la nuit de mercredi à jeudi.

Ce reportage a été financé grâce au soutien financier du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

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