Entre mensonge et suspicion

Il est arrivé trois heures en avance au croisement de la route Butler Bridge et de la 280 menant à l’aéroport régional d’Asheville, où Marine One, l’hélicoptère présidentiel, devait se poser en après-midi. Terry Stepp, 65 ans, avait le sourire généreux et le drapeau américain bien en main, assis dans la remorque de sa camionnette, prêt à accueillir Donald Trump. Le candidat républicain était attendu dans la petite ville rurale de Mills Rivers, en Caroline du Nord, pour y parler d’agriculture, dans un terreau qui lui est favorable.

« C’est mon homme, a laissé tomber l’officier de l’armée de l’air à la retraite. C’est une grande journée pour Mills River. » Au même moment, les délégués du Parti républicain réunis en convention à Charlotte officialisaient la candidature de Donald Trump et de son vice-président, Mike Pence, en vue du scrutin de novembre prochain.

« Son bilan est extraordinaire. Les démocrates sont en état de détresse. Ça se voit. Ils ne savent plus quoi inventer pour ternir notre candidat. Moi, j’ai combattu le communisme pendant mes années à l’armée. C’est mon devoir de résister, maintenant qu’il menace de contaminer notre pays. »

Lundi, les républicains ont donné le coup d’envoi de leur campagne et de leur convention nationale, dont le président, chose inhabituelle, se prépare à être la figure centrale chaque jour. En début d’après-midi, le milliardaire s’est d’ailleurs présenté devant les délégués de son parti, dans le centre de convention de Charlotte, pour livrer une allocution surprise au cours de la laquelle il a attaqué sans relâche son adversaire démocrate, dont le plan serait de « tuer le rêve américain », selon lui.

Trump a également semé une fois de plus le doute, comme il le fait depuis plusieurs semaines, sur le vote par la poste que la pandémie devrait amplifier cette année. Un vote qui ouvrirait grand la porte à la fraude, affirme-t-il. Des accusations qu’aucune étude ni aucun fait ne permet pourtant d’appuyer.

« Ce qu’ils essayent de faire, c’est d’utiliser la COVID pour voler les élections, a dit Trump en parlant des démocrates. Ils utilisent la COVID pour arnaquer les Américains, tous nos gens, pour les priver d’une élection libre et équitable. »

Dimanche, la Maison-Blanche a d’ailleurs mis son veto sur un projet de loi adopté la veille par la Chambre des représentants pour injecter 25 milliards de dollars dans le service postal des États-Unis afin de soutenir la pression qu’exercerait un vote massif par la poste. L’acte législatif vise aussi à mettre un terme aux réformes amorcées depuis plusieurs semaines par les dirigeants de cette agence indépendante, de manière télécommandée par Washington, selon les démocrates, pour délibérément affaiblir ce service à l’approche du scrutin.

Un pari risqué

« Le service postal américain est une institution très respectée aux États-Unis. Il est particulièrement important pour les personnes âgées et les personnes vivant dans les communautés rurales. S’y attaquer est donc un pari risqué pour Donald Trump, explique en entrevue au Devoir Gibbs Knotts, doyen de l’École des sciences humaines et sociales du Collège de Charleston, en Caroline du Sud. La majorité des Américains font également confiance aux médecins, de sorte que les attaques continues de Trump contre la science pourraient se retourner contre lui. Ces stratégies peuvent l’aider à rejoindre sa base, oui, mais il doit gagner le soutien des modérés et des indépendants pour être réélu. »

Au commencement de cette campagne, Joe Biden est toujours en avance dans les sondages, de 10 points environ, sur son adversaire républicain. Le président doit également composer avec un nombre croissant d’élus ou d’anciens républicains appelant désormais à voter pour le ticket démocrate, tout en qualifiant, en substance, le président de « menace » pour les institutions démocratiques du pays.

Dimanche soir, le président américain a perdu sa fidèle alliée et conseillère Kellyanne Conway, qui a annoncé son départ de la Maison-Blanche à la fin du mois pour mieux se concentrer sur sa famille. Elle souhaite « plus de mama, et moins de drama », a-t-elle dit pour justifier sa décision.

Contrairement à ce que l’on a pu voir lors de la convention démocrate, les grands noms du parti brillent également par leur absence durant cette grand-messe politique républicaine, qui fait une large place aux membres de la famille du président, au risque d’afficher un peu moins d’unité, chose que les démocrates n’ont pas manqué de démontrer une semaine plus tôt à Milwaukee.

Photo: Andrew Harnik Associated Press Le président républicain Donald Trump et le vice-président Mike Pence lors de l'ouverture de la convention nationale républicaine.

Au-delà de l’unification du parti, « la chose la plus importante que le président doit faire cette semaine, c’est surtout convaincre les Américains qu’il a fait un bon travail dans la gestion de la pandémie et qu’il a également un plan pour revenir à la normale, résume le stratège républicain Mike DuHaime, joint au New Jersey, où il a été responsable de la campagne de l’ex-gouverneur Chris Christie en 2009. Une fois qu’il va avoir fait ça, les électeurs vont être plus aptes à l’écouter sur ses autres plans pour le futur. »

Un pessimisme contagieux

L’objectif est de taille puisque 28 millions de personnes sont désormais dépendantes des programmes de soutien au revenu. Le taux de chômage est encore à des sommets, à 10,2 %, en baisse par rapport au 14,7 % d’avril dernier, certes, mais encore très loin du 3,5 % de l’époque prépandémique.

Pis, près de 20 millions d’Américains font face à une possible éviction de leur logement en septembre prochain, avec l’arrivée à terme, fin août dans plusieurs États, des programmes de protection des locataires. Les travailleurs de la restauration et de l’industrie du divertissement sont particulièrement touchés par cette crise sociale et économique, la plus dure depuis la Grande Dépression.

Par ailleurs, les États-Unis restent le pays le plus sévèrement touché par la COVID-19 dans le monde, avec plus de 177 000 décès enregistrés à ce jour, dans un pays où le pessimisme se répand lui aussi de manière épidémique. Les deux tiers des Américains estiment que le gouvernement n’en fait pas assez pour aider les citoyens, les entreprises et les écoles publiques durant la pandémie, indique un récent sondage du NORC Center for Public Affairs Research pour le compte de l’Associated Press. Son leadership n’est appuyé que par 31 % de la population, contre 44 % en mars dernier.

« Nous sommes sur le point de battre des records historiques en bourse », a claironné Donald Trump à Charlotte, en guise de réconfort, tout en promettant de « créer 10 millions d’emplois en 10 mois s’il était réélu ». Des promesses auxquelles s’accroche Alice Krebs, la soixantaine, venue elle aussi, avec son mari, attendre l’arrivée de son président à Mills River, lundi midi. « On lui fait porter le blâme pour la COVID-19. Mais le virus vient de Chine, a-t-elle dit. Il fait le mieux qu’il peut, mais il a tellement d’opposition. Imaginer tout ce qu’il pourrait faire de plus sans cette opposition. » Puis, elle s’est mise à sangloter. « Le climat politique est terrible. Les gens sont sournois et pleins de haine. Ils veulent que l’on s’enfonce dans la gauche radicale. Alors, on doit se tenir ensemble et prier Dieu pour qu’il nous aide, car c’est la seule personne qui peut nous sortir de ce marasme. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien financier du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

Un fils de Trump devra témoigner sous serment à New York

​La procureure de l’État de New York a demandé à un juge d’obliger l’un des fils de Donald Trump, Eric Trump, à témoigner sous serment dans le cadre d’une enquête sur les propriétés immobilières de l’entreprise familiale, a-t-elle indiqué lundi dans un communiqué. Eric Trump, qui a repris les rênes de la Trump Organization avec son frère Donald Junior après le départ du magnat new-yorkais pour la Maison-Blanche, début 2017, devait être interrogé par ses services sous serment en juillet, selon la procureure Letitia James. Mais « après avoir initialement accepté cet entretien, il refuse désormais de venir », affirme la démocrate. Plus généralement, même si la Trump Organization dit vouloir « coopérer » dans l’enquête, l’entreprise « refuse de fournir les documents [demandés], invoquant des motifs non valables », a-t-elle ajouté. Cette enquête a été ouverte en 2019, après que l’ex-avocat personnel de Donald Trump, Michael Cohen — condamné depuis — eut témoigné devant le Congrès américain que le magnat avait surévalué ou sous-évalué certains de ses biens immobiliers pour obtenir prêts ou réductions d’impôts.

Agence France-Presse

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