En rangs serrés derrière Joe Biden

«Mes amis, le prix de l’échec est tout simplement trop élevé pour être imaginé», a déclaré Bernie Sanders dans son message vidéo diffusé lundi soir.
Photo: Convention nationale démocrate via Associated Press «Mes amis, le prix de l’échec est tout simplement trop élevé pour être imaginé», a déclaré Bernie Sanders dans son message vidéo diffusé lundi soir.

Il a perdu l’investiture. Mais il veut que son parti remporte le scrutin présidentiel de novembre prochain. Lundi soir, à l’ouverture de la convention nationale démocrate, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, a lancé un vibrant appel à l’unité afin de défaire « l’un des présidents les plus dangereux de l’histoire des États-Unis », comme il le dépeint depuis plusieurs mois.

La grand-messe démocrate, livrée de manière virtuelle pour la première fois dans l’histoire des élections américaines, a réuni plus d’une vingtaine d’invités sur le thème « Nous, le peuple », et ce, pendant plus de deux heures, dans une sorte d’infopublicité politique à la facture très hollywoodienne diffusée en ligne et sur les grands réseaux de télévision du pays.

L’événement uniquement médiatique, pour raison de pandémie, a également mis l’accent sur trois grands enjeux de la campagne électorale — la crise sanitaire en cours, la lutte contre le racisme systémique et la relance de l’économie lourdement frappée par le coronavirus —, tout en attaquant la figure chaotique et socialement délétère de Donald Trump.

« Cette élection est la plus importante de l’histoire moderne de ce pays, a dit Bernie Sanders. Nous sommes aux prises avec des crises sans précédent et nous avons besoin d’une réponse sans précédent : un mouvement, comme jamais auparavant, de personnes qui sont prêtes à se lever et à se battre pour la démocratie et pour la décence, mais également contre la cupidité, l’oligarchie et l’autoritarisme. »

Le politicien déçu lors des primaires démocrates a exhorté « tous ceux qui ont soutenu d’autres candidats [que Joe Biden] à cette primaire et ceux qui ont peut-être voté pour Donald Trump lors des dernières élections » à penser à « l’avenir de notre démocratie », qui selon lui « est en jeu ».

« L’avenir de notre planète est en jeu, a-t-il ajouté. Nous devons nous rassembler, vaincre Donald Trump et élire Joe Biden et Kamala Harris comme prochains président et vice-présidente. » Et il a ajouté : « Mes amis, le prix de l’échec est tout simplement trop élevé pour être imaginé. »

Éviter le pire

L’ex-première dame des États-Unis Michelle Obama en a rajouté en fin de soirée en qualifiant de « carrément exaspérants » les « temps difficiles » que traverse son pays, frappé autant par la pandémie que par la persistance de la discrimination raciale. « Chaque fois que nous nous tournons vers cette Maison-Blanche pour du leadership, de la consolation ou un semblant de stabilité, ce que nous trouvons à la place, c’est le chaos, la division et un manque total et absolu d’empathie, a-t-elle dit. Donald Trump n’est pas le bon président pour notre pays. Il a eu plus qu’assez de temps pour prouver qu’il peut faire le travail, mais il est totalement dépassé. Il ne peut pas faire face en ce moment. Il ne peut tout simplement pas être celui dont nous avons besoin. »

Photo: Convention nationale démocrate via Associated Press Michelle Obama

Mme Obama a également mis en garde les électeurs. « Si vous pensez que les choses ne peuvent pas empirer, croyez-moi, elles le peuvent, et elles le feront si nous ne changeons pas les choses lors de cette élection. Si nous voulons mettre fin à ce chaos, nous devons voter pour Joe Biden. Nos vies en dépendent. »

Des républicains dans les rangs

Cette ouverture de convention a été l’occasion pour les démocrates de se poser en gardiens de l’unité nationale face à l’actuel occupant de la Maison-Blanche qui, selon eux, contribue aux divisions et à la haine de l’autre dans le pays. Un discours soutenu d’ailleurs par une multitude de républicains, des connus comme de simples électeurs, qui, toute la soirée, sont venus défendre un vote pour Joe Biden et ont appelé à un « retour à la normale » dans un pays où l’indécence, le mensonge et la vulgarité sont tristement entrés dans la norme.

« En temps normal, une chose comme ça ne se produirait pas, a dit l’ex-gouverneur de l’Ohio, le républicain John Kasich, pour parler de sa présence dans une convention démocrate. Mais ce ne sont pas des temps normaux. […] Oui, il y a des sujets sur lesquels Joe et moi sommes absolument en désaccord. Mais c’est OK, parce que c’est l’Amérique. Peu importent nos différences, nous nous respectons les uns les autres. Nous pouvons tous voir ce qui se passe dans notre pays aujourd’hui. Aucun parti n’a toutes les réponses aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Mais ce que nous savons, c’est que nous pouvons faire mieux que ce que nous avons vu aujourd’hui, c’est sûr. Et je sais que Joe Biden, avec son expérience, sa sagesse et sa décence, peut nous rassembler pour nous aider à trouver cette meilleure voie. »

Lundi, lors d’un discours organisé de manière provocante, à la veille de l’ouverture de la convention démocrate, devant ses partisans dans le bastion républicain d’Oshkosh, ville située à plus d’une heure au nord de Milwaukee, Donald Trump a prétendu que la seule raison pour laquelle il perdrait les élections serait une « fraude électorale » induite par un vote massif par la poste. Le politicien attaque depuis des semaines cette option que la pandémie pourrait rendre plus populaire en novembre prochain.

Or, lors de la convention, plusieurs invités lui ont répondu, en rappelant le caractère sensé et sécuritaire de ce vote, alors que le pays reste le plus touché par la pandémie de COVID-19. « Le président américain peut ne pas aimer les bureaux de poste, a dit la sénatrice du Minnesota, Amy Klobuchar, candidate à l’investiture démocrate. Mais il va devoir y passer pour faire son changement d’adresse en janvier prochain. »

Le spectre de la pandémie

La pandémie a occupé une place centrale de ce coup d’envoi de la convention nationale, avec la présence de citoyens frappés de plein fouet par la maladie. « Je suis frustré et je ne comprends pas comment nous avons pu en arriver là », a dit Scott, petit entrepreneur en alimentation de la Pennsylvanie, joint par vidéoconférence au début de l’événement chez lui par l’animatrice de la soirée, l’actrice Eva Longoria. Son commerce a perdu 40 % de ses revenus. Il a dit ne plus savoir quoi faire pour garder la tête hors de l’eau. « Nous sommes le plus grand pays du monde. C’est en étant unis que nous allons nous en sortir. »

« Dans les dernières années, le corps politique américain a été affaibli. Les divisions sociales se sont approfondies. L’actuel gouvernement fédéral s’est montré dysfonctionnel et incompétent » face à la crise, a dit le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, dont l’État a été l’épicentre de la crise du coronavirus. « Il ne pouvait pas combattre le virus. En fait, il ne l’a même pas vu venir. Aujourd’hui, six mois après le début de la crise, le pays n’est toujours pas préparé. » Selon lui, des leçons devraient avoir été tirées sur « notre vulnérabilité quand nous sommes divisés, et sur le nombre de vies que l’on peut perdre quand notre gouvernement est incompétent ». M. Cuomo a précisé que « Donald Trump n’a pas créé la division initiale. La division a créé Trump. Il n’a fait qu’empirer les choses. »

La convention démocrate se poursuit mardi avec le vote par appel nominal des 57 États et territoires qui doit confirmer le choix de Joe Biden comme candidat démocrate et par les discours en soirée de quelques figures influentes du parti. Bill Clinton, John Kerry et la jeune députée Alexandria Ocasio-Cortez vont en faire partie.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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