Le regain du virus force de nouvelles restrictions

Une flottille de bateaux lourdement décorés de slogans en soutien au président Trump paradait le week-end dernier sur la côte est de la Floride.
Photo: Malcolm Denemark Florida Today Via Associated Press Une flottille de bateaux lourdement décorés de slogans en soutien au président Trump paradait le week-end dernier sur la côte est de la Floride.

Les États-Unis ont battu leur record de nouveaux cas de COVID-19 détectés en une semaine. Quoi qu’en dise la Maison-Blanche, décrivant la situation comme moins dramatique qu’au printemps, le sud et l’ouest du pays préoccupent grandement la Santé publique.

Au cours des sept derniers jours, les États-Unis ont enregistré 225 000 nouveaux cas de contamination au coronavirus, selon des chiffres compilés vendredi par l’AFP. Une hausse de la contagion a été observée dans 30 des 50 États américains, surtout en Californie, au Texas, en Floride et dans l’Arizona.

À tel point que les responsables locaux et fédéraux envisagent de nouvelles mesures pour endiguer la propagation de l’épidémie, après deux mois d’un déconfinement jugé trop permissif. Les bars du Texas et de la Floride sont déjà visés par de nouvelles restrictions.

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Le vice-président Mike Pence a tout de même tenté de rassurer les Américains vendredi. « Nous sommes dans une bien meilleure position [qu’en mars]. La vérité est que nous avons ralenti les transmissions, nous avons aplati la courbe », a-t-il fait valoir en point de presse, prenant la parole au nom du président américain. Il a ajouté que les foyers d’éclosion se limitent à une poignée de grandes agglomérations et les contagions touchent désormais largement chez les jeunes, moins vulnérables.

Mais aux yeux du Dr Anthony Fauci, le plus haut expert en maladies infectieuses du gouvernement américain, il y a matière à s’inquiéter. « Nous avons un problème grave dans certaines zones », a-t-il lancé derrière son masque lors de la même conférence de presse, sonnant ainsi l’alarme.

Il a appelé les jeunes en particulier à la responsabilité individuelle, soulignant qu’ils vivaient dans une société « interconnectée » où un virus ne peut rester cantonné ni à une classe d’âge, ni aux frontières d’une ville. « Si vous êtes infectés, vous infecterez quelqu’un d’autre, qui infectera quelqu’un d’autre », a-t-il exposé.

Retour en arrière

Selon le Dr Fauci, un « changement de modèle » doit être engagé pour réaliser beaucoup plus de tests de dépistage et repérer les cas asymptomatiques dans des quartiers ou des villes ciblés. « Tôt ou tard, même les régions qui vont bien deviendront vulnérables », a-t-il précisé.

Au Texas, l’un des premiers États américains à avoir relancé son économie, les autorités ont suspendu vendredi le déconfinement amorcé début mai et ordonné la fermeture de tous les bars. Ceux-ci restent autorisés à effectuer des livraisons et de la vente à emporter.

En date de jeudi, le Texas rapportait tout près de 6000 nouveaux cas, un record pour cet État de 29 millions de personnes. « Il est clair que l’augmentation du nombre de cas est largement due à certains types d’activités, notamment aux Texans qui se rassemblent dans les bars », a jugé le gouverneur du Texas, Greg Abbott.

Celui-ci a pressé les citoyens de porter un masque et de respecter les mesures de distanciation physique. Mais surtout, de rester à la maison le plus possible et d’éviter tous les déplacements non essentiels.

Les bars texans avaient été autorisés à rouvrir dès le 22 mai. Vendredi, cinq semaines plus tard, le gouverneur Abbott a ordonné leur fermeture face à l’épidémie galopante et à l’afflux de malades dans les hôpitaux.

De plus, les restaurants, qui pouvaient ouvrir à 75 % de leur capacité maximale depuis le 12 juin, doivent désormais se limiter à 50 %. Le décret de Greg Abbott donne également le pouvoir aux gouvernements locaux d’autoriser — ou non — les rassemblements de 100 personnes ou plus.

Les jeunes touchés

Du côté de la Floride, 9000 cas ont été rapportés vendredi, éclipsant le précédent record de 5500 cas établi deux jours plus tôt. Cette flambée de contagion a conduit les autorités locales à décréter une fermeture quasi complète des bars, qui ne peuvent plus servir d’alcool sur place jusqu’à nouvel ordre.

Dans cet État normalement prisé des Québécois, le nombre d’infections a explosé en juin après la fin du confinement. Et ce sont surtout les jeunes qui sont touchés par la maladie, l’âge moyen des gens infectés étant actuellement de 33 ans. Il y a deux mois, il était de 65 ans.

« Les gens voulaient revenir à la normale, mais il faut rester vigilant. Surtout les porteurs qui sont plus jeunes », a plaidé le gouverneur de la Floride, Ron DeSantis.

La Californie observe elle aussi une recrudescence des cas de COVID-19, notamment chez les jeunes. Selon le gouverneur Gavin Newsom, le nombre de patients hospitalisés a bondi de 32 % au cours des deux dernières semaines, pour atteindre 4240 personnes. À ce jour, près de 200 000 cas au total ont été recensés en Californie, avec plus de 5700 morts.

Il nous faut reconnaître que ce sont nos comportements qui aboutissent à ces chiffres [en hausse] et que nous mettons des vies en danger

 

Les causes probables de cette recrudescence sont difficiles à identifier, mais tous les regards convergent vers un relâchement des comportements, en particulier chez les plus jeunes. « Nous ne pouvons pas continuer comme nous l’avons fait ces dernières semaines », a averti le gouverneur Newsom, qui a rendu le port du masque obligatoire dans tout l’État la semaine dernière.

Officiellement, les consignes interdisent toujours aux membres de différents foyers de se retrouver dans un même espace clos. Mais avec la réouverture progressive de l’économie, restaurants et salles de sports inclus, les Californiens ont depuis longtemps recommencé à se retrouver pour des anniversaires, des barbecues ou des sorties à la plage.

« Je ne suis pas naïf, les gens se mélangent et cela accroît la propagation de ce virus », a lancé Gavin Newsom. « Il nous faut reconnaître que ce sont nos comportements qui aboutissent à ces chiffres [en hausse] et que nous mettons des vies en danger », a-t-il insisté.

Pour autant, l’élu n’a pas l’intention pour le moment de faire marche arrière ou d’imposer des confinements ciblés.

Vendredi soir, les États-Unis avaient recensé plus de 2,5 millions de cas d’infection et quelque 127 600 décès liés à la maladie. Ce bilan est le plus lourd au monde.

Trump reste à Washington pour faire régner «l’ordre»

Donald Trump a annulé vendredi son départ pour le New Jersey, où il devait passer le week-end, pour s’assurer que « l’ordre » règne à Washington. Son déplacement avait fait sourciller, en plein regain de pandémie aux États-Unis. « Je voulais rester à Washington pour m’assurer que la LOI ET L’ORDRE sont appliqués. Les pyromanes, les anarchistes, les pilleurs et les agitateurs ont été largement arrêtés… », a-t-il écrit sur Twitter. Le pays est secoué par des manifestations antiracistes et plusieurs statues ont été prises pour cible. M. Trump a ainsi signé vendredi un arrêté « protégeant » les monuments et « combattant la violence criminelle », s’est-il félicité. « De longues peines de prison pour les actes hors la loi contre notre grand pays! » Le texte du décret n’a pas été dévoilé.