La mort de George Floyd est requalifiée de «meurtre»

Des gens manifestent pour la fin des violences policières lors d'un rassemblement organisé dans le centre-ville de Charlotte, en Caroline du Nord.
Photo: Logan Cyrus Agence France-Presse Des gens manifestent pour la fin des violences policières lors d'un rassemblement organisé dans le centre-ville de Charlotte, en Caroline du Nord.

Les quatre policiers qui ont interpellé George Floyd à Minneapolis sont dorénavant poursuivis par la justice et sa mort a été requalifiée de « meurtre », comme le réclamaient des centaines de milliers manifestants américains, ont annoncé jeudi les autorités.

Derek Chauvin, le policier qui, il y a plus d’une semaine, s’est agenouillé sur le cou de George Floyd pendant huit minutes, provoquant sa mort, avait dans un premier temps été accusé d’homicide involontaire.

La poursuite le visant a été requalifiée de « meurtre non prémédité », un chef d’accusation plus grave lui faisant risquer 40 ans de prison, selon des documents judiciaires.

Les trois autres agents qui l’accompagnaient, également renvoyés de la police depuis, sont maintenant également poursuivis, pour complicité, selon la plainte qui les vise.

« Nous sommes profondément satisfaits que le procureur général du Minnesota, Keith Ellison, ait agi de manière décisive en arrêtant et accusant tous les agents impliqués dans la mort de George Floyd », a réagi l’avocat de la famille de la victime, Benjamin Crump.

Ces poursuites étaient au cœur des demandes des manifestants qui font entendre leur colère dans le pays depuis près d’une semaine, une vague de contestation inédite ayant parfois tourné aux émeutes depuis des décennies.

Après des scènes de violence qui avaient émaillé la nuit précédente, le président Trump avait même menacé lundi de déployer l’armée « pour régler rapidement le problème », des propos immédiatement dénoncés par l’opposition, qui y avait vu une dérive autocratique.

En désaccord apparent avec Donald Trump, le secrétaire américain à la Défense s’est cependant dit mercredi opposé à l’idée de déployer les soldats dans les grandes villes.

« Je ne suis pas favorable à décréter l’état d’insurrection », qui permettrait au milliardaire républicain de déployer des soldats d’active face à des citoyens américains, et non des réservistes de la Garde nationale comme c’est actuellement le cas, a déclaré Mark Esper.

Ses déclarations sont intervenues alors que le pays se préparait à une nouvelle journée de contestation.

Mattis s'en prend à Trump

Jim Mattis, l’ex-secrétaire à la Défense de Donald Trump qui avait démissionné pour protester contre le retrait des troupes américaines de Syrie, a accusé le président des États-Unis de tenter de « diviser » l’Amérique.

« De mon vivant, Donald Trump est le premier président qui n’essaye pas de rassembler les Américains, qui ne fait même pas semblant d’essayer », écrit-il dans une déclaration mise en ligne mercredi par la revue The Atlantic.

« Au lieu de cela, il tente de nous diviser », ajoute l’ancien général des Marines, très respecté, qui avait jusqu’ici affiché sa réserve sans jamais commenter directement le mandat du milliardaire républicain.

« J’ai observé le déroulement des événements de cette semaine, en colère et consterné », poursuit-il dans ce réquisitoire implacable, soutenant les manifestants qui demandent, selon lui « à raison », l’égalité des droits.

« Nous ne devons pas nous laisser distraire par une poignée de hors-la-loi. Les manifestations, ce sont des dizaines de milliers de personnes de principe qui insistent pour que nous soyons à la hauteur de nos valeurs », estime Jim Mattis.

« Nous devons rejeter et tenir pour responsables ceux qui, au pouvoir, se moqueraient de notre Constitution », ajoute-t-il.

Couvre-feu reconduit

La nuit de mardi à mercredi a toutefois été plus calme, avec seulement des actes de pillages localisés succédant à une journée de grandes marches pacifiques.

À Washington, le couvre-feu a été reconduit à partir de 23 h, contre 19 h les deux jours précédents, les autorités expliquant s’attendre à des rassemblements pacifiques. Un important dispositif policier a cependant été déployé au petit matin pour boucler l’accès à la Maison-Blanche.

En milieu de journée, les manifestants commençaient déjà à converger vers le centre de la capitale américaine.

La veille, des milliers d’entre eux avaient protesté, dans le calme, contre la mort de George Floyd et, plus largement, contre le racisme et les violences policières aux États-Unis.

« Pas de paix sans justice » ou « Mains en l’air ! Ne tirez pas ! », scandaient les manifestants, plutôt jeunes et toutes origines confondues.

Situation plus calme

Beaucoup d’entre eux sont restés après le couvre-feu alors que la situation était beaucoup plus calme que lors des deux derniers jours ; notamment lundi soir quand les abords de la Maison-Blanche ont été évacués manu militari pour permettre à Donald Trump de sortir dans la rue et poser avec un exemplaire de la Bible devant la petite église qui fait face au centre du pouvoir exécutif américain.

Le président a par ailleurs semblé vouloir faire acte de bravoure après les informations de presse selon lesquelles il avait été hâtivement mis à l’abri vendredi soir par les Services secrets dans un bunker sécurisé lors d’une manifestation devant sa résidence officielle.

« C’était une fausse information », a-t-il assuré mercredi matin, expliquant avoir en effet été escorté dans le bunker, mais au cours de la journée, donc avant les manifestations, pour des « inspections ».

À New York, où le couvre-feu a été prolongé jusqu’à dimanche, la situation était également plus calme mardi soir, après des images de violence qui ont fait le tour du monde en tout début de semaine.

Dans le quartier de Brooklyn, plusieurs centaines de personnes ont bravé les ordres intimant de rester chez soi.

Aaron, un étudiant de 20 ans, a expliqué à l’AFP être contre cette mesure. « Pour eux, il ne faut surtout pas que les gens manifestent contre le meurtre d’un gars sur le cou de qui on a mis un genou pendant huit minutes », a-t-il dit.

Au total, la police a procédé ces derniers jours à plus de 9000 arrestations dans tout le pays, selon une estimation reprise par les médias américains. Pour des actes de violences, des dégradations ou pour non-respect du couvre-feu.

À Minneapolis, épicentre des manifestations, la situation se calmait progressivement après de lourdes tensions.

À voir en vidéo