Joe Biden rompt le silence face à son accusatrice

Le candidat démocrate Joe Biden a répété plusieurs fois que ce que son accusatrice dénonce «n’est jamais arrivé».
Photo: Charlie Neibergall Archives Associated Press Le candidat démocrate Joe Biden a répété plusieurs fois que ce que son accusatrice dénonce «n’est jamais arrivé».

Il espérait s’enlever une épine du pied, faire taire son accusatrice une bonne fois pour toutes, pour mieux poursuivre sa marche vers la Maison-Blanche. Or, la première entrevue accordée par Joe Biden au réseau MSNBC vendredi matin sur les accusations d’agression sexuelle qui minent sa campagne depuis plusieurs jours n’aura visiblement pas réussi à refermer complètement un dossier qui fait très mal paraître l’aspirant président, estiment quelques experts consultés par Le Devoir.

« Nous allons en entendre parler davantage dans les prochaines semaines plutôt que l’inverse, résume le sociologue Cliff Brown, professeur à l’Université du New Hampshire. L’apparition médiatique de Joe Biden pour nier toute agression a davantage attiré les regards sur les allégations, qui vont rester ainsi au centre de l’attention médiatique. Ces adversaires ont d’ailleurs intérêt à ce que cela le soit, pour s’en servir à charge contre lui. »

Pressé par les instances démocrates vendredi matin, l’ex-vice-président américain a rompu pour la première fois le silence en affirmant sur les ondes du réseau américain que les accusations d’agression sexuelle formulées par une ex-collaboratrice, Tara Reade, n’étaient « pas vraies ». « Cela n’est jamais arrivé », a-t-il dit lors de l’émission matinale de MSNBC.

Celui qui tente de prendre la place de Donald Trump à la Maison-Blanche s’est également présenté en acteur de la lutte politique et sociale contre toute forme d’agression sexuelle amorcée aux États-Unis par le mouvement #MeToo. « Je reconnais ma responsabilité comme voix, comme défenseur et leader dans le changement de culture qui a commencé et qui est loin d’être terminé », a-t-il dit.

La campagne électorale de Joe Biden est assombrie par les accusations de Mme Reade, qui affirme que le politicien l’a agressée au printemps 1993 dans le sous-sol du Congrès américain alors qu’il n’était que simple sénateur. Elle travaillait pour lui.

Sans « échange de mots », a-t-elle raconté dans le balado politique de Katie Halper diffusé le 25 mars dernier, « il m’a mise contre le mur », m’a embrassée et « m’a pénétrée avec ses doigts ».

D’anciens collaborateurs de Joe Biden travaillant au Sénat à la même époque qu’elle ont toutefois assuré « sans équivoque qu’elle n’était jamais venue vers eux pour en parler, pour porter plainte ou pour soulever cette question », a précisé le candidat démocrate.

Mme Reade dit avoir déposé une plainte aux services du Sénat après les faits en 1993, mais elle n’a pas pu fournir de copie du document, a révélé le New York Times. Joe Biden, pour sa part, a demandé au Sénat de fouiller dans les Archives nationales, qui répertorient les documents produits et reçus par les institutions du gouvernement américain, afin de prouver l’existence de cette plainte.

« Je n’ai rien à cacher, a affirmé le candidat. Je ne vais pas remettre en cause [les] motivations [de Tara Reade]. Je ne vais pas la mettre en cause ou l’attaquer. Elle a le droit de dire ce qu’elle veut. Et j’ai le droit de dire : regardez les faits, vérifiez. »

Des doutes qui persistent

« Cette entrevue ne devrait pas permettre à Joe Biden de clore ce dossier, a indiqué au Devoir Vincent Raynauld, spécialiste de la communication politique et professeur à l’Emerson College de Boston. À plusieurs reprises, il a donné l’impression que ses réponses ne satisfaisaient pas l’animatrice Mika Brzezinski, particulièrement lorsqu’il a été question de la crédibilité des femmes qui font de telles accusations. Des doutes vont persister chez plusieurs électeurs. »

Pour M. Raynauld, Joe Biden pourrait trouver une occasion de se sortir de cette crise politique avec la sélection de sa colistière. Il a annoncé depuis plusieurs semaines déjà que ce serait une femme. Le choix doit être fait dans le courant du mois de juillet. « Sur le plan symbolique, cela pourrait donner l’impression que Joe Biden respecte les femmes et les encourage à jouer un rôle de premier plan », dit-il. Cette cocandidature d’une femme en ferait, si les démocrates sont élus en novembre prochain, la première femme vice-présidente dans l’histoire du pays. « Cela pourrait l’aider à changer l’ordre du jour et à se présenter différemment aux yeux du public américain », ajoute l’universitaire.

Cette semaine, deux politiciennes dont le nom apparaît régulièrement dans la liste des partenaires potentielles de Joe Biden dans la course électorale en cours ont pris la défense du candidat. « Je connais Joe Biden et je crois qu’il dit la vérité, que cela ne s’est pas produit », a dit Stacey Abrams, aspirante gouverneure de la Géorgie en 2018, à propos des allégations d’agression. Tara Reade « a le droit de raconter son histoire », a reconnu Kamala Harris, sénatrice de la Californie, tout en parlant du « Joe Biden [qu’elle] connaît ». « Il a combattu toute sa vie pour mettre un terme à la violence faite aux femmes. »

Avec l’Agence France-Presse