Les Afro-Américains frappés plus durement par le coronavirus

Des laveurs de pare-brises, protégés par un masque, attendaient des clients au coin d’une rue de Los Angeles, mardi.
Photo: Mario Tama Getty Images Agence France-Presse Des laveurs de pare-brises, protégés par un masque, attendaient des clients au coin d’une rue de Los Angeles, mardi.

C’est l’autre mathématique de la pandémie aux États-Unis.

En Louisiane, 70 % des 582 victimes de la COVID-19 étaient Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 30 % de la population de cet État.

À Milwaukee, dans le Wisconsin, 73 % des 45 morts recensés au début de la semaine appartenaient également à cette communauté qui ne compose pourtant que 28 % de la population de la ville, confirmant ainsi ce que de nouvelles données sont en train de faire apparaître au pays de Donald Trump : les communautés noires et même latinos sont davantage touchées que les autres par la crise sanitaire en cours.

« Les disparités dans l’accès aux soins de santé selon la race et l’origine ethnique sont très importantes aux États-Unis, dit Rebecca Myerson, professeure en santé publique à l’Université du Wisconsin, jointe à Madison par Le Devoir. Et il est très triste, mais également pas très surprenant, que cette disparité se traduise par un accès inégal aux soins nécessaires pour faire face aux conséquences du coronavirus. »

Être noir en Amérique, c’est en premier lieu avoir malheureusement un statut social plus faible, ce qui rend plus difficile la distanciation sociale

 

Mardi, le médecin en chef des États-Unis, Jerome Adams, a souligné que des données émergentes sur l’appartenance raciale des victimes de la COVID-19 désormais compilées dans quelques rares États américains faisaient apparaître que les Afro-Américains sont beaucoup plus à risque que les autres devant la pandémie.

« Être noir en Amérique, c’est en premier lieu avoir malheureusement un statut social plus faible, ce qui rend plus difficile la distanciation sociale », a-t-il expliqué sur les ondes de CBS. Famille nombreuse et multigénérationnelle explique en partie cette difficulté.

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Il a également évoqué les nombreux problèmes de santé, comme l’obésité, le diabète, les maladies cardiaques ou pulmonaires, qui affectent cette communauté de manière plus criante que dans d’autres strates de la société.

« Ces prédispositions accentuent la tendance de manière alarmante, dit Mme Myerson, car les personnes atteintes de maladies chroniques semblent présenter un risque plus élevé de complications graves ou de décès après une exposition au coronavirus. »

Les latinos également

Au Michigan et en Illinois, premiers États à avoir commencé à tenir compte de la dimension raciale dans leurs statistiques sur la pandémie, les Afro-Américains représentent un tiers des cas de contamination au coronavirus détectés et 40 % des décès, alors qu’ils ne constituent que 14 et 15 % de la population.

Le président du caucus hispanique au Congrès et représentant du Texas, Joaquim Castro, souligne également que les communautés latinos semblent plus touchées par le virus.

« Localement, nous constatons que les communautés ethniques, y compris les communautés d’immigrants, ont des taux plus élevés de cas de coronavirus, même si les tests ne sont toujours pas largement disponibles », a-t-il indiqué au quotidien spécialisé The Hill.

« Les communautés latino-américaines sont particulièrement vulnérables, car elles sont plus susceptibles d’être sans assurance ou sous-assurées et ont un accès difficile aux services de santé. Qui plus est, moins d’un travailleur latino-américain sur cinq peut travailler à la maison. »

« Cette pandémie expose les conséquences dévastatrices des inégalités dans tout le pays, a indiqué la sénatrice Elizabeth Warren dans les pages du Washington Post la semaine dernière. Ces inégalités ont toujours été là, mais le coronavirus nous force à les regarder en face. »

L’ex-candidate à l’investiture démocrate a d’ailleurs interpellé le gouvernement fédéral par lettre pour le forcer à mettre cette donnée raciale en lumière dans ses bilans officiels, et ce, afin d’orienter convenablement les ressources vers les groupes communautaires qui en ont le plus besoin.

À peine neuf États tiennent pour le moment compte des données raciales et ethniques dans leurs statistiques, les autres, dont les plus populeux, comme le Texas et la Californie, mais également le Center for Disease Control and Prevention (CDC) et le département américain de la Santé et des Services sociaux, n’ont pas changé leur façon de faire afin d’appréhender cette disparité.

Triste record à New York

À New York, l’épicentre de l’épidémie aux États-Unis, où cette ventilation statistique n’existe toujours pas, la journée de mardi a été vécue loin de l’optimisme de la veille avec l’établissement d’un nouveau record de morts enregistrées en une seule journée. 731 personnes sont tombées sous l’effet du coronavirus, minimisant ainsi les propos du gouverneur, Andrew Cuomo, qui lundi annonçait la possible atteinte d’un plateau avec 590 décès dans son État gravement touché par la COVID-19.

Au moment où le pays dépassait en après-midi le cap des 12 000 décès, Donald Trump, lui, depuis la Maison-Blanche, continuait de s’en prendre à l’auteure d’un rapport du département de la Santé qui mettait en lumière lundi les pénuries importantes de matériel médical dans la majorité des hôpitaux américains, un portrait en décalage avec les affirmations quotidiennes du président sur la capacité du pays à faire face à la crise.

« Un autre faux dossier », a-t-il écrit sur Twitter, en accusant Christi A. Grimm de partisanerie.