Les États-Unis sont entrés dans une semaine noire

Dimanche, Jerome Adams, médecin en chef des États-Unis, a qualifié la semaine à venir d’un autre «Pearl Harbor».
Photo: Kena Betancur Getty Images via Agence France-Presse Dimanche, Jerome Adams, médecin en chef des États-Unis, a qualifié la semaine à venir d’un autre «Pearl Harbor».

Les États-Unis sont entrés lundi dans une des pires semaines de la pandémie en franchissant au début de l’après-midi la barre des 10 000 décès liés à la COVID-19, dont près de la moitié enregistrés dans la seule ville de New York, selon les données de la Johns Hopkins University, qui tient les comptes de cette crise sanitaire et sociale à l’échelle mondiale.

« Cela va être la semaine du pic des hospitalisations, du pic des admissions aux soins intensifs et, malheureusement, du pic des décès », a indiqué en matinée Brett Giroir, membre du groupe chargé de gérer la crise du coronavirus à la Maison-Blanche, sur les ondes d’ABC. Dimanche, Jerome Adams, médecin en chef des États-Unis, a qualifié la semaine à venir d’un autre « Pearl Harbor ».

En tête de peloton des pays les plus touchés par cette maladie, avec 347 000 cas détectés, soit presque autant que l’addition des cas recensés en Espagne, en Italie et en Allemagne, les États-Unis sont par ailleurs toujours placés devant une grave pénurie de matériel médical, indique un rapport du gouvernement publié lundi.

En plus du manque « de thermomètres, de désinfectant, de matériel de protection pour le personnel, de draps et de nourriture, […] les hôpitaux ont signalé un approvisionnement incertain en ventilateurs et, dans certains cas, ont utilisé des solutions de rechange pour maintenir des patients en vie, notamment en adaptant des appareils d’anesthésie et en utilisant des ventilateurs de transport d’urgence à usage unique », résume Christi Grimm, inspectrice au Département américain de la santé et des services sociaux dans son rapport produit au terme d’entrevues réalisées auprès des gestionnaires de 320 hôpitaux entre le 23 et 27 mars.

« Les hôpitaux prévoyaient que les pénuries de ventilateurs les placeraient devant des décisions difficiles quant à l’attribution » de ces appareils aux patients, ajoute-t-elle.

 

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Ce portrait de la situation entre en contradiction avec les propos du président Donald Trump qui, dimanche, affirmait que les États disposaient de toutes les ressources suffisantes pour faire face à la pandémie. « Chaque fois que des pénuries locales sont signalées, nous demandons aux États de combler les déficits. Et nous stockons de grandes quantités dans différents domaines », a-t-il affirmé.

Lundi, la sénatrice républicaine Shelley Moore Capito a d’ailleurs invité le président à laisser plus de place aux responsables de la santé publique, lors de ses conférences de presse quotidiennes, qu’il utilise souvent pour attaquer les médias, ses opposants politiques ou pour contredire les experts qui le conseillent. Sur Twitter, Trump a affirmé, plus tôt dans la journée, que ses apparitions quotidiennes étaient « vitales » pour les gens « qui ne se font pas dire la vérité » par les grands réseaux américains.

La mort sur un plateau

Alors que la pandémie poursuit sa course sur l’ensemble du territoire américain, le nombre de décès semble, lui, commencer à se stabiliser dans l’État de New York, épicentre de la contagion depuis le début de la crise. Dans les 24  heures, 599 décès y ont été enregistrés, soit presque autant que la veille. Vendredi, le nombre de victimes avait atteint un sommet, avec 630 morts.

« Rien de tout ça ne doit être considéré encore comme une bonne nouvelle, a toutefois commenté le gouverneur de l’État, Andrew Cuomo, lors de son point de presse quotidien, mais l’aplatissement possible de la courbe est une meilleure chose que sa croissance. Si nous sommes en train d’atteindre un plateau, nous sommes aussi en train de le faire à un niveau élevé. » Il a rappelé que rien n’était encore joué et que le déclin des contaminations reposait toujours sur « ce que nous allons continuer à faire. »

Le nombre d’hospitalisations, d’intubations et d’admissions aux soins intensifs est également en train de diminuer, a indiqué M. Cuomo, ce qui est « un bon signe ». Mais il a rappelé, pour justifier le maintien des mesures en place : « C’est un ennemi que nous avons sous-estimé depuis le premier jour et nous en payons chèrement le prix. »

À ce jour, 4700 personnes sont mortes de la COVID-19 dans l’État de New York. Et lundi, le président du comité municipal de la santé publique, Mark Levine, a laissé entendre qu’un plan était désormais à l’étude pour transformer un parc de la métropole en cimetière temporaire, et ce, pour répondre à un débordement possible des morgues sur le territoire de la ville. La semaine dernière, 45 remorques réfrigérées ont été envoyées dans les hôpitaux de la ville par le Bureau du coroner afin d’accueillir les corps que les morgues des institutions médicales ne peuvent plus recevoir.

C’est un ennemi que nous avons sous-estimé depuis le premier jour et nous en payons chèrement le prix.

 

Ailleurs au pays, la Cour suprême du Wisconsin a annulé en fin de journée l’ordre du gouverneur démocrate de l’État de reporter au 9 juin la série de scrutins électoraux, dont les primaires démocrates, qui doivent se tenir dans cet État mardi. La majorité républicaine au Sénat et à l’Assemblée du Wisconsin s’opposait à ce changement de date, forcé par l’appel à l’autoconfinement de la population.

«J’ai l’obligation de protéger les gens et c’est pour cela que j’ai signé ce décret aujourd’hui», a écrit le gouverneur Tony Evers pour justifier sa décision. Plusieurs villes avaient prévenu dans les derniers jours qu’elles n’auraient pas le personnel nécessaire pour organiser le vote sur le terrain. Selon le plus haut tribunal de l’État, le gouverneur a outrepassé ses pouvoirs en ordonnant ce report dans le contexte de la crise sanitaire.