Donald Trump fustige les «prophètes de malheur» à Davos

Le président américain donnait un discours très attendu devant l’élite politique et économique mondiale.
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Le président américain donnait un discours très attendu devant l’élite politique et économique mondiale.

La passe d’armes était annoncée et elle a eu lieu, au moins par discours interposés : le président américain, Donald Trump, a fustigé mardi à Davos les « prophètes de malheur » du climat tandis que la militante Greta Thunberg a répété qu’il était temps de « paniquer ».

« Nous devons rejeter les éternels prophètes de malheur et leurs prédictions d’apocalypse », a déclaré Donald Trump devant l’élite économique et politique du globe, réunie dans la douillette station de ski du canton des Grisons (Suisse) au premier jour du 50e Forum économique mondial (WEF).

Devant le président américain ouvertement climatosceptique se trouvait un auditoire de grands patrons et de responsables politiques, mais aussi la jeune militante suédoise, invitée pour une seconde année consécutive à Davos.

Greta Thunberg avait, peu avant que le président américain ne parle, déjà regretté lors d’une table ronde que « rien n’ait été fait », à part de grands discours, pour enrayer les changements climatiques. Et elle a repris la parole peu après le discours de Donald Trump pour une session au titre sans équivoque : « Éviter l’apocalypse climatique ».

Photo: Agence France-Presse La militante Greta Thunberg

Reprenant les expressions qui avaient impressionné Davos l’an dernier, elle a déclaré : « Notre maison brûle toujours. Votre inaction alimente les flammes heure par heure. Nous vous disons à nouveau qu’il faut paniquer et agir pour l’amour de vos enfants. »

Plus concrètement, Greta Thunberg a appelé à « cesser immédiatement tous les investissements dans l’exploration et l’extraction d’énergies fossiles », à « cesser immédiatement toutes les subventions aux énergies fossiles », « pas en 2050, pas en 2030 ou même en 2021 », mais « maintenant ».

« Farce »

Donald Trump, quant à lui, dans un discours clairement destiné à son électorat, a vanté l’abondante production d’hydrocarbures et l’indépendance énergétique des États-Unis, assurant qu’il ne laissera pas « des socialistes radicaux » s’attaquer à ce secteur lucratif. Il s’est gardé d’évoquer les énergies renouvelables.

En campagne pour sa réélection en novembre et à quelques heures de l’ouverture de son procès en destitution à Washington, qu’il a qualifié de « farce »,M. Trump a déroulé à Davos, sur un ton plutôt monocorde, ses performances en matière de croissance économique et de créations d’emploi aux États-Unis, à grands coups de statistiques.

Comme lors de sa première venue à Davos en 2018, l’hôte de la Maison-Blanche a réaffirmé sa politique de l’«America first ».

« Le temps du scepticisme est terminé, les entreprises affluent de nouveau aux États-Unis […] Le rêve américain est de retour, plus fort que jamais », a-t-il assuré, évoquant une « prospérité […] sans précédent ».

Donald Trump est « incroyablement susceptible, il n’apprécie pas d’être montré du doigt par une jeune adolescente, il lui a renvoyé la balle », a estimé pour sa part Robin Niblett, président du centre de réflexions Chatham House.

Le président américain « s’est concentré sur le commerce et l’économie », une attitude qui est « une anomalie en ce temps d’urgence climatique. Il a dû échapper au président qu’on ne peut pas faire d’argent sur une planète morte », a commenté dans un communiqué Jennifer Morgan, directrice exécutive de l’ONG Greenpeace.

Sur l’un de ses sujets favoris, le commerce, Donald Trump a indiqué depuis Davos qu’il menait des discussions pour un « accord commercial » avec l’Union européenne, en marge de sa rencontre bilatérale avec la cheffe de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen.

Photo: Agence France-Presse Jennifer Morgan, de Greenpeace

« Nous allons discuter d’un bon accord commercial » avec les Européens, a-t-il déclaré à des journalistes, indiquant avoir entendu dire que la présidente de la Commission européenne était « dure en négociations ».

Mme von der Leyen s’est dite « convaincue » de pouvoir fixer avec les autorités américaines « un agenda positif sur le commerce, ainsi que sur la technologie, l’énergie et d’autres sujets ».

Donald Trump a profité de sa venue en Suisse pour se féliciter une nouvelle fois de la trêve commerciale récemment conclue avec la Chine, mettant fin à une surenchère de surtaxes douanières. « Nous nous aimons », a-t-il même dit à propos de son homologue chinois, Xi Jinping.

Le vice-premier ministre chinois, Han Zheng, a pour sa part salué en Suisse un accord « bon pour la Chine, bon pour les États-Unis, bon pour le monde ».

Planter des arbres n’est pas une panacée, préviennent les écologistes

Planter des arbres pour compenser les émissions de CO2, voilà une idée qui trouve beaucoup d’écho à Davos. Jusqu’à Donald Trump qui a promis mardi de rejoindre l’initiative « 1000 milliards d’arbres » (à planter ou à sauver) lancée par les organisateurs du Forum économique mondial. Cet engouement est vu avec une certaine réserve par les militants de l’environnement, à commencer par la jeune Suédoise Greta Thunberg, invitée de marque à Davos cette année. « Nous ne vous disons pas de « compenser vos émissions » simplement en payant quelqu’un d’autre pour planter des arbres dans des endroits comme l’Afrique, alors que dans le même temps des forêts comme l’Amazonie sont massacrées à une bien plus grande vitesse », a-t-elle déclaré. « Planter des arbres est une bonne chose, bien sûr, mais c’est très loin de ce qu’il faudrait faire », a dit la militante suédoise, pour qui il faut réduire de toute urgence les émissions de CO2, et non seulement les compenser. Certains experts appellent toutefois à la prudence, à cause de l’éventuelle concurrence avec des cultures vivrières ou de l’utilisation d’essences à croissance rapide, eucalyptus ou pins, susceptibles de perturber les écosystèmes locaux.