Une intimidation en direct du président

L'ancienne ambassdrice des États-Unis en Ukraine, Marie Yovanovitch
Photo: Andrew Harrer Associated Press L'ancienne ambassdrice des États-Unis en Ukraine, Marie Yovanovitch

Après le tweet, la rafale de critiques. Donald Trump a été soupçonné de tentative d’intimidation de témoin vendredi après avoir cherché à discréditer publiquement Marie Yovanovitch, ancienne ambassadrice des États-Unis en Ukraine, alors qu’elle était en train de témoigner publiquement dans le cadre de la procédure en cours pour la destitution du président américain.

Le geste a été vertement dénoncé par les élus démocrates, mais également par Mme Yovanovitch, troisième témoin invité à documenter les agissements de la Maison-Blanche dans ses rapports intéressés avec l’Ukraine, lors de cette deuxième journée d’audiences publiques à Washington, vendredi. « Je ne peux pas vous dire ce que le président essaye de faire, mais je trouve que l’effet est très intimidant », a-t-elle indiqué au président du comité du renseignement de la Chambre des représentants, Adam Schiff, qui lui a lu les commentaires à son endroit, formulés par Donald Trump une heure à peine après le début de ces audiences.

L’homme a par ailleurs rappelé que plusieurs membres du comité prenaient la question de l’intimidation des témoins « très, très au sérieux », le geste pouvant accabler davantage Donald Trump et nourrir les justifications pour son éventuelle destitution.

« Partout où Marie Yovanovitch est passée, les choses ont mal tourné », a déclaré sur Twitter le président américain qui, en mai dernier, a démis l’ambassadrice de ses fonctions de manière brutale et en défendant son « droit absolu » de choisir ses ambassadeurs à travers le monde. « Elle a débuté en Somalie, et regardez comment ça s’est terminé », a-t-il ajouté, en faisant référence à ce pays africain qui, depuis 1991, s’enlise dans les crises politiques et sociales successives, sur fond de terrorisme. L’ex-ambassadrice à Kiev a rétorqué qu’elle n’avait pas « de tels pouvoirs » d’influence sur le cours des choses, « ni à Mogadiscio, en Somalie, ni ailleurs ».

Un « manque de jugement »

Sur les ondes de Fox News, Kenneth Starr, le procureur qui a piloté les procédures en destitution de Bill Clinton en 1998, a qualifié de « manque de jugement extraordinaire » le comportement de Donald Trump qui, de toute évidence selon lui, n’a pas eu de conseil avant d’envoyer ce tweet. La candidate à l’investiture démocrate Kamala Harris a pour sa part résumé l’intervention du président américain en six mots : « L’intimidation de témoin est un crime ».

Partout où Marie Yovanovitch est passée, ça a mal tourné. Elle a commencé en Somalie. Comment ça s’est passé ? Puis […] l’Ukraine, où le nouveau président ukrainien a parlé défavorablement d’elle au cours de mon deuxième appel téléphonique avec lui. Le président américain a le droit absolu de nommer des ambassadeurs.

Devant les élus américains, la diplomate américaine est revenue sur la campagne de dénigrement dont elle a été victime, campagne orchestrée par l’avocat personnel de Donald Trump, Rudolph Giuliani, qui a précédé son départ de Kiev, en mai dernier. La Maison-Blanche cherchait alors à rendre conditionnelle une aide militaire de 400 millions de dollars à la collaboration du nouveau président Volodymyr Zelensky dans une enquête sur la famille Biden, opposant politique de Trump.

La mécanique de ce marchandage a été largement décrite mercredi par les deux premiers témoins entendus lors de ces audiences publiques historiques en vue de la destitution d’un président. L’ancien ambassadeur américain en Ukraine, William Taylor, y a souligné que Trump était plus préoccupé par cette recherche d’informations que par le sort de l’Ukraine, qui faisait alors face chaque jour à des attaques de la Russie sur son propre territoire. George Kent, haut fonctionnaire spécialiste de cette région a expliqué que Washington a mis en place un réseau diplomatique irrégulier dans ce pays, sous la houlette de M. Giuliani, qui n’a pas de fonction officielle dans le gouvernement Trump.

La première journée d’audiences publiques cette semaine a été suivie par 14 millions d’Américains, selon le groupe Nielsen. Donald Trump est le quatrième président américain à faire face à une procédure de destitution, mais le premier à l’être pour des gestes portant directement atteinte à la sécurité des États-Unis, cherchant à impliquer un pays étranger dans le processus électoral des États-Unis.

Condamnation d’un proche de Trump

L’extravagant Roger Stone, ancien conseiller de Donald Trump, a été reconnu coupable vendredi de mensonge au Congrès et de subornation de témoin dans le cadre de l’enquête sur l’ingérence russe dans l’élection américaine de 2016.

Le consultant politique avait été arrêté en Floride en janvier et libéré sous caution. Plaidant non coupable, il avait été inculpé dans le cadre de cette tentaculaire enquête menée par le procureur spécial Robert Mueller.

Roger Stone, 67 ans, a été reconnu coupable par un jury des sept chefs d’accusation qui pesaient contre lui. Il était jugé en raison de son faux témoignage en 2017 devant les parlementaires qui enquêtaient sur les efforts du Kremlin pour nuire à la candidature de l’adversaire démocrate de Donald Trump, Hillary Clinton. Il a été reconnu coupable d’avoir menti au Congrès sur ses contacts avec l’organisation WikiLeaks au sujet de courriels démocrates piratés lors de la présidentielle de 2016.

Ce fidèle du président américain est parmi les six membres de l’entourage, plus ou moins proche, de Donald Trump à avoir été inculpé ou condamné dans le sillage de l’enquête de M. Mueller.

M. Stone connaîtra sa peine le 6 février prochain et risque 20 ans de prison.

Le locataire de la Maison-Blanche n’a d’ailleurs pas tardé à réagir à cette décision de justice, Donald Trump dénonçant un système de « deux poids, deux mesures comme l’histoire de notre pays n’en a jamais vu ».

M. Stone a argumenté le fait que les charges portées à son encontre l’avaient été à des fins politiques, mais les procureurs ont démontré qu’il avait menti et intimidé des témoins pour protéger Donald Trump de l’embarras.

Dans son rapport, le procureur Mueller a estimé ne pas avoir trouvé de preuve d’une quelconque entente entre l’équipe Trump et Moscou, mais il a détaillé une série de pressions troublantes exercées sur ses investigations par le président républicain.