Elizabeth Warren sous les feux croisés au débat démocrate

Face à l’avalanche de tacles, signe de son nouveau statut de grande favorite, Elizabeth Warren s’est montrée stoïque, s’en tenant à son programme mais sans faire d’étincelles.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Face à l’avalanche de tacles, signe de son nouveau statut de grande favorite, Elizabeth Warren s’est montrée stoïque, s’en tenant à son programme mais sans faire d’étincelles.

Le vent en poupe, Elizabeth Warren a reçu pour la première fois le feu croisé de ses rivaux démocrates pour la présidentielle américaine de 2020, les candidats, Joe Biden en tête, présentant toutefois un front uni contre le président américain Donald Trump menacé de destitution.

Mesures «vagues» ou «punitives»: Sur la santé, l’impôt sur les grandes fortunes et la politique étrangère, la sénatrice progressiste a été mardi soir assaillie de critiques de la part de rivaux soucieux de freiner son ascension.

Les candidats centristes ont été particulièrement virulents, en reprochant des propositions peu réalistes à celle qui se targue d’avoir un programme ultra-détaillé.

Parmi eux, le jeune maire Pete Buttigieg, quatrième dans les sondages, est parvenu à s’imposer à plusieurs reprises sur le plateau après trois premiers débats en retrait.

Très attendu après avoir subi une crise cardiaque, le sénateur indépendant Bernie Sanders, 78 ans, a retrouvé son ton combatif, se risquant même à à plaisanter sur sa «pleine forme».

La terre a tremblé pour la politique américaine depuis le précédent débat démocrate en septembre, avec l’ouverture il y a trois semaines au Congrès d’une enquête initiant une procédure de destitution à l’encontre du président républicain Donald Trump dans l’affaire ukrainienne.

«Ce président est le plus corrompu de l’Histoire moderne», a lancé Joe Biden, avant de se défendre de tout acte répréhensible face au président qui l’accuse sans preuve, ainsi que son fils Hunter, d’être «corrompus».

«Mon fils n’a rien fait de mal. Je n’ai rien fait de mal», a martelé l’ancien vice-président de Barack Obama et l’un des grands favoris démocrates pour affronter Donald Trump lors de la présidentielle de novembre 2020.

C’est parce qu’il a demandé à Kiev d’enquêter sur les Biden que Donald Trump est aujourd’hui soupçonné par les démocrates d’abus de pouvoir et d’avoir réclamé l’ingérence d’une puissance étrangère pour son bénéfice politique.

Un candidat pour battre Trump

Le scandale a éclaté alors même que Joe Biden, 76 ans, était déjà rattrapé au sommet des sondages par la progressiste Elizabeth Warren, 70 ans (29,4% pour lui, contre 23,4% selon la dernière moyenne établie par RealClearPolitics).

Ancienne professeure en droit à Harvard, pourfendeuse de Wall Street, elle a largement dépassé cet été le socialiste Bernie Sanders dans les sondages (15,6%).

Face à l’avalanche de tacles, signe de son nouveau statut de grande favorite, Elizabeth Warren s’est montrée stoïque, s’en tenant à son programme mais sans faire d’étincelles.

Sa capacité à réagir aux attaques pourrait être un point essentiel aux yeux des électeurs démocrates qui veulent avant tout s’assurer qu’ils choisiront le candidat capable de battre Donald Trump, connu pour ses critiques acérées.

Après l’annonce par Donald Trump du retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, les candidats ont eu des sorties passionnées contre la politique étrangère du républicain, dénonçant un acte «honteux» de la part d’un président «instable et fou».

Les deux seuls démocrates sur le plateau à avoir servi dans l’armée ont toutefois croisé le fer sur le sujet.

Si «Donald Trump a le sang des Kurdes sur les mains, de nombreux élus» américains de tous bords aussi, car ils ont soutenu une guerre visant à «changer le régime» syrien, a dénoncé l’élue de la Chambre des représentants, Tulsi Gabbard, 38 ans.

«Vous avez totalement tort», lui a rétorqué froidement Pete Buttigieg, 37 ans, affirmant que le «massacre en Syrie n’est pas la conséquence de la présence américaine, c’est une conséquence du retrait et de la trahison par ce président d’alliés des Américains».

La santé de Sanders inquiète

Bernie Sanders signait sur le plateau son grand retour dans la campagne après son infarctus du 1er octobre.

Interrogé sur cet accident de santé, il a assuré qu’il livrerait une «campagne vigoureuse à travers le pays. C’est comme ça que je pense rassurer les Américains».

Il a annoncé qu’un «invité spécial» se rendrait au grand meeting qu’il prévoit samedi à New York. Il pourrait s’agir de la médiatique élue de la Chambre Alexandria Ocasio-Cortez qui lui apporterait à cette occasion son soutien, d’après des médias américains.

Les doutes demeurent néanmoins sur sa capacité à tenir la longueur d’une campagne présidentielle exténuante. Et sa crise cardiaque a attiré l’attention sur l’âge des septuagénaires occupant le trio de tête.

Joe Biden, 76 ans, a rétorqué que son «âge et expérience» faisait partie de ses atouts dans la présidentielle.