Les suprémacistes blancs en petit nombre à Washington

L’organisateur de l’événement, Jason Kessler, s’adresse aux médias et à une vingtaine de sympathisants de la droite nationaliste.
Photo: Alex Brandon Associated Press L’organisateur de l’événement, Jason Kessler, s’adresse aux médias et à une vingtaine de sympathisants de la droite nationaliste.

Une poignée seulement de militants nationalistes blancs se sont rassemblés dimanche devant la Maison-Blanche, sous surveillance policière renforcée et face à des centaines de contre-manifestants, un an après les incidents meurtriers de Charlottesville.

Ils avaient reçu l’autorisation pour un cortège de 400 personnes, mais seule une vingtaine de suprémacistes blancs sont arrivés dans l’après-midi au square Lafayette, après avoir marché depuis une station de métro du centre de Washington.

Parmi eux figuraient Jason Kessler, organisateur de l’événement et déjà à l’origine du rassemblement de l’an dernier à Charlottesville.

Les manifestants ont été accueillis par au moins 300 militants antiracistes, qui leur ont crié « Honte à vous » et « Partez de ma ville ».

La Ville de Washington avait accordé à l’organisation informelle Unite the Right, à l’origine du rassemblement de Charlottesville (Virginie), un créneau de 17 h 30 à 19 h 30, mais le groupe de manifestants a quitté les lieux aux environs de 18 h.

Pour empêcher tout contact entre manifestants et contre-manifestants, un important dispositif policier a été mis en place, avec plusieurs artères interdites à la circulation.

Riposte importante

Des centaines de contre-manifestants, dont des antifascistes, avaient commencé à se rassembler dès le début de l’après-midi, brandissant notamment des pancartes disant « Non aux nazis, non au Ku Klux Klan, non à une Amérique fasciste ».

Certains « disent que la meilleure stratégie, c’est d’ignorer les suprémacistes blancs, que nous leur accordons trop d’attention. Mais nous pensons vraiment que ce serait une énorme erreur de laisser des fascistes battre le pavé dans la capitale du pays, sans opposition », a dit à l’AFP Kei Pritsker, 22 ans, une volontaire de Answer Coalition, un groupe antiraciste.

Un autre contre-manifestant, un Américain noir qui a seulement donné son prénom, Jim, a dit avoir le sentiment que les États-Unis étaient plus racistes sous Donald Trump.

« Ça a enhardi les mecs blancs. Quand ils marchent sur le trottoir, leur position, c’est « tu as intérêt à bouger de mon chemin » », a-t-il dit à l’AFP. « C’était subtil, ça ne l’est plus, tu le prends en pleine figure. C’est comme l’Allemagne nazie ».

Unite the Right avait conseillé à ses partisans de n’apporter que des drapeaux américains ou confédérés, et de ne pas répondre « avec colère » aux « provocations ».

Les armes à feu avaient été interdites sur les lieux de la manifestation, même pour les personnes ayant des permis.

« Pas les bienvenus »

Initiateur de la manifestation de l’an dernier, Jason Kessler avait demandé à défiler de nouveau à Charlottesville, mais la municipalité a refusé.

La petite cité de Virginie, située à moins de 200 km au sud de Washington, ne voulait pas revivre les événements du 12 août 2017.

Après une manifestation pour protester contre le projet de la municipalité de déboulonner une statue du général confédéré Robert E. Lee, des heurts avaient éclaté entre suprémacistes blancs et contre-manifestants.

Un sympathisant néonazi avait alors foncé en voiture dans une foule de manifestants antiracistes, tuant une jeune femme de 32 ans, Heather Heyer, et faisant 19 blessés.

Dans un entretien à la radio publique NPR diffusé vendredi, Jason Kessler avait exprimé le souhait que l’événement de dimanche soit « apaisé » et pris publiquement ses distances avec la mouvance néonazie.

« Je ne veux pas de néonazis à mon rassemblement », avait-il assuré. « Ils ne sont pas les bienvenus. » Il a néanmoins expliqué vouloir défendre les droits de la population blanche, qu’il estime « sous-représentée ».

Le militant a également repris à son compte la théorie générale de l’auteur américain Charles Murray, pour qui les capacités intellectuelles sont fonction de l’origine ethnique.

La fille du président, Ivanka Trump, a, de son côté, écrit sur Twitter qu’il n’y avait « pas de place pour le suprémacisme blanc, le racisme et le néonazisme dans notre grand pays ».

Elle est ainsi allée plus loin que son père, qui avait dit samedi « condamner tous les types de racisme et actes de violence », mais sans désigner l’extrême droite ou les néonazis.

À Charlottesville, même si aucune manifestation n’a été autorisée, les autorités ont pris d’importantes mesures de sécurité, après avoir été débordées lors des heurts du 12 août 2017.