Le G7 aura permis à Trump de rencontrer la mondialisation en personne

Le président américain, Donald Trump, s’est vanté samedi d’être capable de juger en cinq secondes de la valeur d’une personne.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Le président américain, Donald Trump, s’est vanté samedi d’être capable de juger en cinq secondes de la valeur d’une personne.

La plupart des problèmes importants ne se régleront qu’avec la coopération d’un grand nombre de pays. Que cela plaise au président américain ou pas.

Au moment de se sauver du sommet du G7 à La Malbaie avant même qu’il soit terminé, Donald Trump s’est vanté samedi d’être capable de juger en 5 secondes de la valeur d’une personne et de savoir en une minute si une entente est possible avec elle ou non. Il parlait alors de sa prochaine rencontre historique avec le leader de la Corée du Nord, Kim Jong-un, mais on peut présumer qu’il avait aussi utilisé ses super pouvoirs lors de ses rencontres avec ses six autres homologues. Il a dû se rendre compte alors qu’en dépit de toutes leurs politesses et ronds de jambe, ils ne partageaient pas vraiment ses points de vue sur un vaste ensemble d’enjeux, notamment sur le commerce international, les changements climatiques et le nucléaire iranien.

La mésentente n’avait rien de nouveau et s’étalait devant nos yeux depuis plusieurs semaines déjà. Le ton de plus en plus acrimonieux de certains échanges à l’approche du sommet, tout de suite remplacé par des blagues et de grandes tapes dans le dos une fois arrivé à La Malbaie, tenait plus du théâtre politique que de revirements sur le fond. Il aurait été très étonnant, dans ce contexte, et hautement suspect, qu’on annonce, au terme de seulement quelques heures passées ensemble, une entente sur les questions litigieuses.

Des gens seront prompts à y voir la preuve de l’inutilité de ce genre d’exercice, peut-être Donald Trump lui-même. Le président américain ne manque jamais une occasion d’exprimer le peu de valeur qu’il accorde à ces discussions à plus de deux acteurs et sa conviction que l’intérêt général ne sera jamais mieux servi que lorsque chaque pays défendra au maximum de son influence ses intérêts particuliers.

La coopération ne se commande pas
Le problème avec cette approche est que, n’en déplaise au chef de la Maison-Blanche, plusieurs des enjeux qui lui tiennent à cœur (comme les pratiques commerciales déloyales du géant chinois, la gestion des flots migratoires et le terrorisme) ou qui devraient l’intéresser (comme les paradis fiscaux, la place des travailleurs ordinaires à l’ère des nouvelles technologies et les changements climatiques) nécessitent une approche concertée d’une masse critique de pays. L’autre problème est que cette coopération internationale ne se commande pas, même quand on demeure la plus grande puissance économique et militaire au monde, mais se gagne patiemment à force d’influence, de compromis et d’alliances basées sur la confiance.

C’est parce que ce genre de progrès sont si lents et si difficiles à obtenir que les autres membres du G7 faisaient la tête à Donald Trump en fin de semaine après qu’il eut rayé le nom de son pays de l’Accord de Paris sur le climat obtenu de haute lutte, tourné le dos à l’entente à huit sur le nucléaire iranien et choisi de  « bulldozer » les règles commerciales internationales dans l’espoir d’arracher des concessions aux uns et aux autres. Le président américain pourrait se défendre en disant qu’il ne fait qu’appliquer le programme politique qui l’a fait élire par la population américaine, ce à quoi les autres lui rétorqueront qu’eux aussi ont des comptes à rendre à leurs citoyens, et que le devoir des élus est de savoir écouter, mais aussi de convaincre leurs populations.

Donald Trump et d’autres en concluront peut-être que le G7 est décidément un forum qui a perdu de sa pertinence. Le président américain a notamment déclaré cette semaine qu’il ne comprenait pas pourquoi la Russie en avait été exclue. Ce qu’on entend plus souvent dire, c’est qu’une réunion internationale sans des géants comme la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et le Nigéria, mais aussi le Mexique, l’Indonésie ou des pays du golfe Persique, ne peut pas prétendre s’attaquer sérieusement aux principaux enjeux. C’est juste, mais ce qui est vrai aussi, c’est que l’un n’empêche pas l’autre et que, si l’on a déjà du mal à s’entendre au sein du G7, ce ne sera pas plus facile au sein du G20 avec des régimes qui ne croient ni à la démocratie ni au libre marché.

L’éducation de Donald
Pour l’organisateur de la fête cette année, Justin Trudeau, le sommet du G7 aura permis de réaliser quelques avancées sur des questions importantes — comme l’éducation des filles pauvres, la réduction de la pollution plastique et l’adoption d’une position commune contre l’interférence des forces étrangères (Russie) dans leurs processus démocratiques — qui seront loin de satisfaire tout le monde. Son principal accomplissement aura peut-être été de parvenir à rassembler tout le monde autour de la table, ne serait-ce que pendant quelques heures, et de faire vivre le projet d’un forum où les chefs peuvent se parler franchement des vraies affaires.

Pour Donald Trump, le sommet de La Malbaie aura été une (rare) occasion d’être exposé personnellement à des gens influents qui ne partagent pas ses opinions, qui n’hésitent pas à corriger ses contrevérités et qui n’ont pas peur de lui résister. Cette expérience, sans doute extrêmement contrariante, est une façon comme une autre de faire son éducation sur la complexité de la réalité mondiale et l’impossibilité de s’y attaquer seul.