Au Congrès américain, la réponse de Macron à «l’Amérique d’abord»

Suivant la tradition, les ovations ont émaillé le discours du président français, Emmanuel Macron.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Suivant la tradition, les ovations ont émaillé le discours du président français, Emmanuel Macron.

Le président français, Emmanuel Macron, a lancé mercredi un vibrant appel aux parlementaires américains pour le multilatéralisme et le maintien des États-Unis sur la scène internationale, dans un discours au Congrès en forme de critique de « l’Amérique d’abord » de Donald Trump.

Le chef de l’État français, dans un discours en anglais de trois quarts d’heure, a plaidé contre la tentation nationaliste.

« Nous pouvons choisir l’isolationnisme, le retrait et le nationalisme. Ce n’est pas une option. Ce peut être un remède tentant à nos peurs. Mais fermer la porte au monde n’arrêtera pas l’évolution du monde », a-t-il déclaré, après une introduction appuyée sur l’ancienne amitié franco-américaine, dans la lignée des autres dignitaires français ayant reçu les honneurs du Capitole depuis le premier d’entre eux, le marquis de Lafayette en 1824.

Son entrée s’est d’ailleurs faite sur une ovation de trois minutes des représentants et sénateurs, dont plusieurs centaines étaient présents.

Face à ce Congrès contrôlé par les républicains, il a défendu l’utilité des institutions internationales fondées depuis la Seconde Guerre mondiale avec le soutien des États-Unis, jouant sur les sensibilités républicaines en insistant sur la lutte contre le terrorisme… et plus encore sur celles des élus démocrates lors de passages sur la défense de la science et du climat — répétant, au grand plaisir de ces derniers, qu’il n’y avait pas de « planète B ».

« Je suis certain qu’un jour les États-Unis reviendront dans l’Accord de Paris » sur le climat, a-t-il aussi dit, faisant bondir de joie les démocrates, dont certains criaient « Vive la France »… tandis que les républicains restaient les bras croisés, non sans un sourire face aux légères impertinences de leur hôte.

Ententes et mésententes

Suivant la tradition, les ovations ont émaillé le discours, bien que certains parlementaires aient dû tendre l’oreille pour déchiffrer l’accent du chef de l’État, qui s’est entièrement exprimé en anglais, à l’exception de sa conclusion : « Vive la République, vive la France, vive notre amitié. »

M. Macron a longuement plaidé pour le nouvel accord plus large sur l’Iran et la question nucléaire, dont il a ébauché les contours la veille avec son homologue américain, mais dont Moscou et Téhéran ont déjà rejeté le principe.

« Quant à l’Iran, notre objectif est clair. L’Iran ne devra jamais posséder l’arme nucléaire. Pas maintenant. Pas dans cinq ans. Pas dans dix ans. Jamais », a ensuite souligné Emmanuel Macron, une phrase qui a cette fois suscité des applaudissements de l’ensemble des élus américains.

Sur le commerce, il a redit qu’il était favorable à un « commerce juste et équitable », mais rejeté comme pas « cohérente » toute guerre commerciale entre alliés, allusion aux taxes sur l’acier et l’aluminium envisagées par Donald Trump contre l’Union européenne.

Comme de Gaulle, Mitterrand ou Sarkozy avant lui, le président français a retracé le fil de l’« indestructible » amitié franco-américaine, la qualifiant même de « relation spéciale », un terme habituellement réservé au Royaume-Uni.

Aucun autre pays n’aura vu autant de dignitaires reçus ainsi au Congrès américain.

« Je ne m’attendais pas à une opposition aussi directe au président », a dit ensuite à l’AFP l’élu démocrate Adam Schiff. À la fin du discours, nombre de démocrates se sont attardés pour serrer la main du dirigeant.

À l’inverse, l’élu républicain ultraconservateur Thomas Massie a qualifié le président français de « socialiste militariste globaliste alarmiste sur la science ».


Nucléaire : fin de non-recevoir à Téhéran et à Moscou

Téhéran — L’Iran et la Russie ont catégoriquement rejeté mercredi tout nouvel accord sur le nucléaire iranien, fustigeant le projet des présidents américain, Donald Trump, et français, Emmanuel Macron, de travailler ensemble sur un nouveau texte. « De quel droit ? » a rétorqué le président iranien, Hassan Rohani. « Avec cet accord, nous avons fait tomber les accusations et prouvé que les États-Unis et Israël mentent à propos de l’Iran depuis des décennies », a-t-il asséné. M. Rohani s’en est pris à M. Trump : « Vous n’avez aucune expertise en politique ni en matière de droit ou d’accords internationaux. Un commercial, un homme d’affaires, un bâtisseur de tours, comment pourrait-il émettre un jugement sur les affaires internationales ? » La Russie s’est également montrée inflexible sur une renégociation du texte. Cet accord est « sans solution de rechange », a dit le Kremlin. Berlin, Londres et l’Union européenne se sont montrées réservées, redisant leur attachement à l’accord de 2015, qui prévoit une levée progressive des sanctions contre l’Iran en échange de la garantie que ce pays ne se dotera pas de l’arme atomique.