Il y a un an tombait Lehman Brothers - Un discours d'Obama pour l'anniversaire de la crise financière

Le président américain, Barack Obama, prononcera ce midi un important discours sur la crise financière, tout juste un an après que la prestigieuse banque d'affaires Lehman Brothers eut surpris le monde entier en annonçant sa faillite.

C'est à deux pas de Wall Street que le président marquera l'anniversaire symbolique de la crise financière en expliquant comment il compte empêcher que les États-Unis ne se retrouvent de nouveau au bord de la catastrophe. Le lundi 15 septembre 2008, l'effondrement de l'établissement vieux de 158 ans entraînait la chute du système financier mondial, laissant le secteur pétrifié sous la mainmise de l'État.

M. Obama défendra les actions qu'il a menées depuis qu'il a pris la présidence d'un pays «au bord du précipice», alors que les interventions de renflouement de l'industrie et de la finance lui valent la fureur de ses adversaires.

«L'hiver dernier, ce pays faisait face à sa pire crise économique depuis la Grande Dépression», a-t-il rappelé la semaine dernière. «Nous perdions en moyenne 700 000 emplois par mois. Le crédit était gelé. Et notre système financier était près de s'effondrer.» «Grâce à l'action audacieuse et déterminée menée depuis janvier, je peux me tenir ici et dire avec confiance que nous nous sommes éloignés du gouffre, économiquement», a-t-il ajouté à la tribune du Congrès.

Mais M. Obama indiquera aujourd'hui que l'heure est à la «transition», des politiques de «sauvetage» à celles du retour à la «croissance soutenue», explique Lawrence Summers, un haut conseiller économique du président. Le président devrait s'exprimer sur le désengagement de l'État. Maintenant que les États-Unis tentent de sortir de la pire récession qu'ils aient connue depuis la terrible Grande Dépression des années 30, il expliquera aussi comment il entend réformer cette économie encore fragile, pour assurer une croissance durable.

Et, dix jours avant de réunir à Pittsburgh les dirigeants des pays avancés et des grandes économies émergentes à l'occasion du sommet du G20, il fera connaître ses intentions pour mettre fin aux excès de la finance et édicter des «règles de conduite» pour éviter une répétition de la crise. Il évoquera aussi ses ambitieux projets pour transformer l'économie américaine et la rendre moins tributaire des «bulles» économiques qui ont assuré son expansion.

Pour autant, les Américains ne renoueront pas avec une économie tournant à plein régime avant plusieurs mois, a-t-il prévenu. Depuis Lehman, plus de cent banques américaines ont mis la clef sous la porte.

Anniversaire d'une crise

Il y aura un an demain que Lehman Brothers a déposé son sombre bilan. Au petit matin du lundi 15 septembre l'an dernier, la vénérable banque d'investissement américaine annonçait sa faillite après une fin de semaine d'ultimes tractations avec Timothy Geithner, alors patron de la Réserve fédérale de New York, les principaux banquiers de la place, les patrons du Trésor et le régulateur boursier américain.

Lehman Brothers a été acculée à la faillite après avoir été «lâchée» par les autorités américaines, réticentes à intervenir dans le système bancaire après le précédent Bear Stearns: cette autre banque d'affaires avait au printemps été sauvée de la faillite grâce à son rachat par JPMorgan, piloté par Washington. Rappelons que c'est l'appétit démesuré de la finance américaine pour des placements adossés à des créances immobilières à risques qui a débouché sur la débâcle du secteur, une fois le marché immobilier effondré.

L'annonce de la chute de Lehman Brothers a provoqué une onde de choc sur l'ampleur de la crise financière. «C'est peu dire que le pessimisme avait touché tout le monde», raconte Hugh Johnson, analyste chez Johnson Illington Advisors. «Le sentiment était que la crise financière n'avait pas de solution et que nous nous dirigions vers une seconde Grande Dépression», comme celle de 1929.

«Mais après avoir laissé tomber Lehman, les pouvoirs publics n'ont plus fait la même erreur», souligne Cary Leahey, économiste chez Decision Economics.

Ainsi, le lendemain du dépôt de bilan de Lehman, AIG, numéro un mondial de l'assurance, était nationalisé afin de protéger son réseau tentaculaire de plus de 100 000 clients institutionnels dans le monde. Des dizaines de milliards étaient injectés dans le groupe, qui engloutira au total 180 milliards de deniers publics.

Quelques jours plus tard, les deux dernières banques d'affaires américaines, Goldman Sachs et Morgan Stanley, renonçaient à leur statut pour adopter celui de simple holding bancaire, afin de pouvoir accéder aux financements publics.

Dans la foulée, la grande banque généraliste Washington Mutual était à son tour avalée par JPMorgan Chase, qui devait émerger comme l'un des principaux gagnants de la consolidation éclair du secteur.

Ce dernier rachat a fait un grand perdant: Citigroup qui, après avoir dominé la banque mondiale pendant une décennie, va connaître des recapitalisations successives par l'État, lequel va aussi garantir 300 milliards de dollars de ses actifs toxiques en échange d'une majorité de contrôle de 36 %.

La faillite de Lehman Brothers a aussi exposé les défauts du système de régulation et de surveillance bancaire américain, qui reste toujours lacunaire un an plus tard, malgré le projet de réforme voulu par le gouvernement de Barack Obama.

Le président américain a donné en juin les détails de ce plan. Faire adopter cette réforme par le Congrès s'annonce comme l'une de ses prochaines tâches, alors que sa grande priorité du moment, la réforme de la santé, se heurte à de sérieuses résistances parlementaires.

«Nous pensons qu'il est très important que la réforme des règles financières soit adoptée cette année», dit M. Summers, qui veut croire que le Congrès est capable de mener les deux réformes de front.

Pour cela, M. Obama a besoin de tout son capital politique. Et si le secrétaire au Trésor Timothy Geithner discerne «les premiers signes de la croissance» aux États-Unis, les responsables américains reconnaissent que, par effet d'inertie, le chômage devrait continuer à augmenter et pourrait dépasser 10 % d'ici à la fin de l'année.