«Bongbong», l’artisan du retour au pouvoir du clan Marcos aux Philippines

Ferdinand Marcos Jr e été élu nouveau président des Philippines.
Mikhael Flores Agence France-Presse Ferdinand Marcos Jr e été élu nouveau président des Philippines.

Après plusieurs décennies consacrées à redorer l’image de sa famille, Ferdinand « Bongbong » Marcos Jr, élu mardi nouveau président des Philippines, parachève le spectaculaire retour en grâce de son clan, passé en moins d’une génération de la disgrâce politique totale au pouvoir suprême.

À la faveur d’une campagne sur les réseaux sociaux destinée à dépeindre les deux décennies de dictature de Marcos Senior (1965-1986) comme une période de paix et de prospérité, Marcos Junior l’a emporté avec deux fois plus de voix que sa principale rivale, Leni Robredo.

Son élection va permettre à son clan familial d’emménager à nouveau dans le palais présidentiel de Malacanang, à Manille, 36 ans après le soulèvement populaire qui avait conduit au renversement de la dictature de son père et à l’exil de la famille aux États-Unis.

« Bongbong » avait perdu de peu la vice-présidence lors de l’élection de 2016 face à Leni Robredo. À 64 ans, il va maintenant succéder au président autoritaire Rodrigo Duterte, au pouvoir depuis 2016. La fille aînée de ce dernier, Sara Duterte, le soutient et semble bien placée pour devenir sa vice-présidente.

Promettant d’unifier le pays, Marcos Junior entend lutter contre le chômage et l’inflation, la pandémie de Covid-19 ayant porté un sérieux coup à l’économie de l’archipel.

« L’unité (nationale) est ma cause parce que j’ai la ferme conviction que c’est la première étape vers une sortie de crise », avait déclaré Marcos Jr lors du coup d’envoi de sa campagne électorale en février.

Désinformation

 

Enfant, il se rêvait astronaute. Mais il a fini par suivre le même destin que son père et entrer en politique.

« Bongbong » était en pension en Grande-Bretagne lorsque son père avait décrété la loi martiale en 1972.

Il défend aujourd’hui le régime de Marcos Senior, dont il loue le « génie politique », en s’appuyant sur la forte croissance économique du début et les dépenses publiques sous la loi martiale, occultant la corruption et la mauvaise gestion qui ont ensuite appauvri la nation.

Après la mort du dictateur déchu à Hawaï (États-Unis) en 1989, les Marcos sont rentrés au pays et ont commencé leur remarquable renaissance, exploitant les allégeances locales pour se faire élire à une série de postes élevés.

Marcos Jr a ainsi été vice-gouverneur à deux reprises de la province d’Ilocos Norte, le fief familial, et a également été élu à la Chambre des représentants et au Sénat.

Les liens de M. Marcos avec son père, auteur d’une répression sanglante pendant les années de loi martiale, font de lui l’un des politiciens les plus clivants du pays.

Mais il a su tirer profit des réseaux sociaux pour mener une vaste campagne de désinformation à destination des jeunes, qui n’ont connu ni l’oppression, ni la corruption à grande échelle qui ont marqué les 20 années de règne de son père.

Il a nié avoir eu recours à une armée de trolls.

Le retour sur la scène politique des Marcos a bénéficié des accusations de corruption qui ont visé les gouvernements ayant suivi les années de dictature, et de la colère causée par l’inégale répartition des richesses.

Voulant éviter de répéter ses erreurs de la campagne de 2016, qui l’avait vu assailli de questions sur le passé de sa famille, Marcos Jr a boudé les débats et n’a accordé que de rares interviews, dans lesquelles il est apparu assez mal à l’aise.

Ses opposants ont tenté de le faire disqualifier de la course à la présidence, invoquant une condamnation antérieure pour défaut de déclaration de revenus, l’accusant d’avoir menti sur ses diplômes et d’avoir près de 4 milliards de dollars de droits de succession impayés.

Même s’il l’a qualifié de « faible », le président sortant Rodrigo Duterte a soutenu sa candidature. Certains y ont vu une tentative du président sortant, qui fait l’objet d’une enquête internationale pour sa guerre meurtrière contre la drogue, d’obtenir la garantie qu’il ne sera pas poursuivi après son mandat.

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