Les États-Unis reconnaissent officiellement le génocide des Rohingyas au Myanmar

Un réfugié rohingya avec son fils qui se sont enfuis au Bangladesh en 2019.
Photo: Munir Uz Zaman Agence France-Press Un réfugié rohingya avec son fils qui se sont enfuis au Bangladesh en 2019.

Les États-Unis ont pour la première fois lundi déclaré officiellement que des Rohingyas avaient été victimes d’un « génocide » perpétré par l’armée myanmaraise, disant détenir des preuves d’une volonté de « détruire » cette minorité musulmane en 2016 et en 2017.

« J’ai établi que des membres de l’armée myanmaraise ont commis un génocide et des crimes contre l’humanité contre les Rohingyas en 2016 et 2017 », a déclaré à Washington le secrétaire d’État américain, Antony Blinken. Une série de preuves issues « de sources indépendantes et impartiales », notamment d’ONG, « en plus de notre propre recherche » montrent que « les intentions de l’armée allaient au-delà du nettoyage ethnique, jusqu’à une véritable destruction » de cette minorité, a estimé M. Blinken.

Il a notamment cité un rapport de la diplomatie américaine axé sur deux périodes débutant en octobre 2016 et en août 2017. En septembre 2017, par exemple, les soldats myanmarais « rasaient des villages, tuaient, torturaient, violaient hommes, femmes et enfants », a-t-il énuméré.

Il a estimé que les attaques de 2016 « ont forcé environ 100 000 » membres de cette minorité musulmane à fuir le Myanmar pour le Bangladesh, et que celles de 2017 « ont tué plus de 9000 Rohingyas et forcé plus de 740 000 d’entre eux à trouver refuge » dans ce pays voisin. « Les attaques contre les Rohingyas étaient généralisées et systématiques, ce qui est essentiel pour qualifier des crimes contre l’humanité », a expliqué M. Blinken.

Le chef de la diplomatie américaine n’a toutefois pas accompagné cette reconnaissance de nouvelles sanctions contre les dirigeants myanmarais. Les États-Unis en ont déjà imposé une série et, à l’instar d’autres pays occidentaux, restreignent depuis longtemps leurs exportations d’armes.

Le secrétaire d’État s’exprimait lors d’une visite au musée de l’Holocauste à Washington, qui présente une exposition intitulée Burma’s Path to Genocide (Le chemin du Myanmar vers le génocide).

« Une lumière »

Cette reconnaissance « aurait dû être faite depuis longtemps, toutefois je pense que la décision américaine va aider le processus devant la Cour internationale de justice pour les Rohingyas », a estimé un réfugié dans l’un des camps où vivent les personnes déplacées par la crise, près de Sittwe, capitale de l’État Rakhine.

Environ 850 000 Rohingyas se trouvent dans des camps au Bangladesh et 600 000 autres sont demeurés dans l’État Rakhine, au Myanmar.

Thin Thin Hlaing, une militante pour les droits des Rohingyas, a également salué la décision américaine. « J’ai le sentiment de vivre dans un black-out, mais à présent nous voyons une lumière parce qu’ils reconnaissent notre souffrance », a-t-elle déclaré à l’Agence France-Presse.

« Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité sont commis chaque jour, impunément, par la junte militaire », a déclaré de son côté Tom Andrews, le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de la personne au Myanmar, devant le Conseil des droits de l’homme à Genève.

Il a accusé l’organisation internationale de ne pas assez agir pour aider les Rohingyas, au regard du soutien massif de nombreux pays du monde pour l’Ukraine face à l’invasion russe. « Le peuple myanmarais ne voit que l’expression sans fin d’inquiétudes émanant de la communauté internationale, de vagues déclarations appelant à faire quelque chose, et l’attente pénible et interminable d’un consensus pour agir », a-t-il regretté.

L’ONG Human Rights Watch (HRW) a, elle, appelé les États-Unis à faire passer une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU et à un embargo sur les armes au niveau des Nations unies.

HRW appelle également à de nouvelles sanctions contre les importations d’hydrocarbures, de bois ou de minerais, estimant que le régime utilise ces revenus notamment pour « d’importants achats d’armes et d’appareils d’attaque à la Russie, à la Chine et à d’autres pays ».

À voir en vidéo