À la fin du siècle, l’Inde en proie à des vagues de chaleur «extrême»

Les vagues de chaleur «extrême» s’abattront sur plus de 70% du territoire indien à la fin du siècle en cours.
Photo: Jewel Samad Agence France-Presse Les vagues de chaleur «extrême» s’abattront sur plus de 70% du territoire indien à la fin du siècle en cours.

Fin mai 2015, des routes de New Delhi, en Inde, fondaient — littéralement. Les températures extrêmes, au-delà de 45 °C, tordaient les lignes blanches tracées sur le bitume.

Les hôpitaux, eux, devaient composer avec des afflux de patients frappés par des coups de chaleur. Les systèmes de distribution électriques flanchaient, exténués par la demande incessante des appareils de climatisation.

 

Vous pensez aux changements climatiques comme une augmentation de la température mondiale de 2 °C ? Le professeur Taha B. M. J. Ouarda, lui, y pense en matière de vagues de chaleur.

« Les impacts sur la santé publique — mortalité et morbidité — vont être phénoménaux », dit M. Ouarda, un climatologue de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) du Québec qui vient de publier un article sur les vagues de chaleur en Inde.

L’analyse du professeur Ouarda confirme que les changements climatiques anthropogéniques ont doublé les risques de vagues de chaleur dans plusieurs régions de l’Inde au XXe siècle.

Par ailleurs, dans son étude publiée fin février dans Scientific Reports, le professeur Ouarda et ses collègues estiment que plus de 70 % du territoire indien sera en proie à des vagues de chaleur « extrême » à la fin du siècle en cours.

L’aggravation des conditions météorologiques extrêmes est un aspect contre-intuitif des changements climatiques. De 1901 à 2015, la température moyenne de l’Inde a augmenté de « seulement » 0,85 °C, mais les vagues de chaleur sont néanmoins beaucoup plus fréquentes et plus intenses.

« La moyenne toute seule n’est pas suffisante pour décrire les dangers auxquels on fait face », explique le professeur Ouarda en entrevue téléphonique. La hausse moyenne de température « aplatit la courbe » des extrêmes, pour recycler une expression covidienne.

La durée, variable importante

 

Pour caractériser les vagues de chaleur, les chercheurs ont utilisé un indice qui rassemble plusieurs paramètres — comme la durée de la vague et son intensité par rapport à la moyenne saisonnière — en un seul nombre.

La durée est une variable importante : les vagues de chaleur font des ravages quand elles s’allongent dans le temps. « Un enfant malade pourrait résister à trois ou quatre jours de chaleur extrême, mais peut-être pas dix jours », donne en exemple M. Ouarda.

De même, les vagues de chaleur sont particulièrement mortelles quand, la nuit, le mercure redescend peu. Cela ne laisse pas l’occasion au corps de récupérer avant d’affronter une nouvelle journée écrasante.

L’humidité multiplie aussi les effets des chaleurs extrêmes. Quand l’air est humide, le corps a plus de difficulté à évacuer son trop-plein de chaleur en transpirant.

Et la fréquence des vagues de chaleur — une seule dans l’été, ou bien six vagues qui se suivent de près — influence aussi la capacité du corps à les encaisser.

Au bout du fil, le professeur Ouarda fulmine contre l’inaction climatique. Même si on arrêtait d’émettre des gaz à effet de serre tout de suite, dit-il, le climat continuerait de se réchauffer pendant trois siècles.

« Mais ça, les politiciens n’en parlent pas, poursuit-il. Parce que les politiciens, ils veulent se faire élire pour les cinq prochaines années, ils s’en foutent de ce qui va arriver dans 300 ans. »

Au moins 2500 personnes ont finalement perdu la vie dans la vague de chaleur qui frappa l’Inde en 2015.

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