Les talibans stoppent les évacuations

Les familles souhaitant quitter l’Afghanistan à l’avenir devront avoir une «excuse» valable pour le faire, selon le porte-parole des talibans.  
Photo: Abdul Basit Agence France-Presse Les familles souhaitant quitter l’Afghanistan à l’avenir devront avoir une «excuse» valable pour le faire, selon le porte-parole des talibans.  

Les talibans n’autoriseront plus d’évacuations d’Afghans souhaitant quitter leur pays jusqu’à l’amélioration de la situation de ceux déjà évacués à l’étranger, a annoncé dimanche leur porte-parole.

Au 31 août dernier, plus de 120 000 Afghans et binationaux avaient été évacués à la suite du départ précipité d’Afghanistan des derniers soldats américains, deux semaines après la prise de Kaboul par les fondamentalistes islamistes.

Des centaines d’autres ont ensuite été autorisés à quitter le pays par avion, mais la dernière évacuation officielle par voie aérienne a eu lieu le 1er décembre.

Le porte-parole du gouvernement, Zabihullah Mujahid, a indiqué que les talibans avaient reçu des informations faisant état de milliers d’Afghans « vivant dans de très mauvaises conditions » au Qatar et en Turquie.

« Le gouvernement a la responsabilité de protéger les gens, donc [les évacuations d’Afghans] seront arrêtées jusqu’à ce que nous ayons l’assurance que leur vie n’est pas mise en danger » dans les pays où ils sont évacués, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Il répondait à une question au sujet d’informations circulant sur les réseaux sociaux selon lesquelles les autorités talibanes aux frontières avaient eu pour consigne de ne plus autoriser l’évacuation des personnes, que ce soit par air ou par route.

Après avoir pris le pouvoir, les talibans ont promis que les Afghans seraient libres d’aller et venir à leur guise, à condition de disposer de passeports et de visas valides selon leurs destinations.

« Excuse valable »

Ils ont également autorisé des milliers d’Afghans sans document de voyage à quitter le pays, principalement des familles de personnes ayant travaillé pour la coalition conduite par les États-Unis, pour des ambassades ou d’autres organisations internationales, lors des vingt dernières années.

Des milliers de personnes qui se trouvent dans cette dernière catégorie sont toujours en Afghanistan et souhaitent quitter le pays à tout prix, craignant d’être ciblées par les talibans en tant que « collaborateurs ».

Si des représailles généralisées n’ont jusqu’à présent pas été rapportées, un rapport de l’ONU a cependant affirmé que plus d’une centaine de membres de l’ancien régime, particulièrement des forces de sécurité, ont été tués par les talibans depuis août.

Selon le porte-parole des talibans, le nouveau gouvernement n’a jamais promis que les évacuations pourraient se dérouler indéfiniment.

« Au départ, nous avions dit que les Américains […] pouvaient prendre des personnes pour lesquelles ils avaient des inquiétudes », a déclaré Zabihullah Mujahid.

« Mais ce n’était pas une promesse destinée à durer », a-t-il dit.

Les familles souhaitant quitter l’Afghanistan à l’avenir devront avoir une « excuse » valable pour le faire, selon le porte-parole.

Femmes avec chaperon

 

Il a également déclaré que les femmes ne seraient pas autorisées à voyager à l’étranger à moins d’être accompagnées par un chaperon mâle.

« C’est l’ordre de la charia », a-t-il justifié, ajoutant que les autorités examinaient les moyens pour que cela n’affecte pas les femmes qui bénéficieraient de bourses d’études à l’étranger et qui devront voyager.

Les femmes désirant se déplacer sur de longues distances dans le pays ont déjà l’obligation d’être accompagnées par un homme de leur famille proche.

Après avoir pris le pouvoir, les fondamentalistes ont promis une version plus souple de l’interprétation dure de la loi islamique qui a caractérisé leur précédent règne de 1996 à 2001, quand ils avaient largement piétiné les droits de la personne.

Si le nouveau régime — qu’aucun pays n’a reconnu jusque-là — a veillé à ne pas édicter de règles trop sévères à l’échelon national, les autorités provinciales ont pris le relais pour mettre en place des restrictions, notamment concernant les femmes.

Des milliers de personnes tentent encore quotidiennement de rejoindre l’Iran voisin, à la recherche de travail ou dans le but d’atteindre l’Europe pour y trouver asile.

Le pays est en pleine urgence humanitaire à la suite de l’effondrement de l’économie, provoqué par le gel de milliards d’avoirs détenus à l’étranger et l’arrêt brutal de l’aide internationale qui portait le pays à bout de bras depuis 20 ans, et qui revient désormais au compte-gouttes.

Selon l’ONU, plus de la moitié des 38 millions d’Afghans sont menacés par l’insécurité alimentaire.

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