Les relations sino-taiwanaises au «plus sombre depuis 40 ans»

Le gouvernement taiwanais a rappelé que l’île souhaitait une coexistence pacifique avec la Chine, mais que «si sa démocratie et son mode de vie [étaient] menacés, Taiwan fera tout ce qu’il faut pour se défendre».
Photo: Sam Yeh Agence France-Presse Le gouvernement taiwanais a rappelé que l’île souhaitait une coexistence pacifique avec la Chine, mais que «si sa démocratie et son mode de vie [étaient] menacés, Taiwan fera tout ce qu’il faut pour se défendre».

La tension monte entre la Chine et Taiwan, après une incursion record de près de 150 avions de l’armée chinoise en quatre jours, dont 56 uniquement lundi, dans la zone d’identification de défense aérienne (ADIZ) de l’État insulaire asiatique.

Mercredi, le ministre taiwanais de la Défense, Chiu Kuo-cheng, un militaire de carrière, a indiqué aux parlementaires du pays que, « pour l’armée, la situation actuelle est la plus sombre depuis 40 ans », tout en prévenant qu’une « légère imprudence » de la part de Pékin ou une « erreur de calcul » pourrait déclencher « une crise » dans le détroit de Taiwan.

État souverain et démocratique de plus de 23 millions d’habitants, Taiwan voit sa relation s’envenimer depuis plusieurs années avec la République populaire de Chine dirigée par Xi Jinping qui ne reconnaît pas son indépendance et estime que ce territoire constitue dans les faits sa 23e province.

Si loin, mais également si proche, l’accentuation de l’attitude belliqueuse de la Chine face à Taiwan conduit l’ensemble des démocraties de la planète sur un chemin dangereux, estime la présidente du pays, Tsai Ing-wen, qui a mis en garde mardi contre les « conséquences catastrophiques » de la chute du Taiwan sous le joug chinois. « Cela indiquerait que dans la concurrence mondiale des valeurs d’aujourd’hui, l’autoritarisme aura eu le dessus sur la démocratie », a-t-elle écrit dans les pages du magazine Foreign Affairs.

« Le destin de la région indo-pacifique, région à la croissance la plus rapide au monde, va façonner à bien des égards le cours du XXIe siècle, ajoute-t-elle. Son émergence offre une myriade d’opportunités (dans les domaines du commerce, de la production, de la recherche, de l’éducation), mais s’accompagne aussi de nouvelles tensions et contradictions systémiques qui, si elles ne sont pas gérées judicieusement, pourraient avoir des effets dévastateurs sur la sécurité internationale et l’économie mondiale. »

Cela indiquerait que dans la concurrence mondiale des valeurs d’aujour d’hui, l’autoritarisme aura eu le dessus sur la démocratie

 

« L’un des principaux moteurs de ces tensions est la montée d’un autoritarisme plus affirmé et sûr de lui [en provenance de la Chine], qui remet en cause l’ordre démocratique libéral qui a défini les relations internationales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », ajoute-t-elle.

Opérations conjointes

Depuis le début de l’année, la Chine a envoyé près de 600 avions, dont des bombardiers H-6 à capacité nucléaire, dans la zone de défense aérienne de Taipei. C’est 220 de plus qu’en 2020.

Cette semaine, Washington a qualifié de « risqué » et de « déstabilisant » les dernières provocations aériennes de la Chine au-dessus du territoire taiwanais, des termes retournés par Pékin contre les États-Unis pour commenter la vente d’armes américaines à l’État insulaire, tout comme les opérations militaires en cours dans le détroit de Taiwan.

En vertu d’un accord datant de 1979 entre Pékin et Washington, les États-Unis fournissent à Taiwan du matériel militaire pour se défendre, et ce, dans le cadre d’une relation non officielle et non diplomatique. Mardi, le président Joe Biden a indiqué avoir parlé de cet accord avec son homologue chinois le mois dernier. « Nous respecterons l’accord sur Taiwan. C’est là où nous en sommes et nous avons dit clairement que je ne pense pas [que la Chine] devrait faire autre chose que de respecter l’accord », a-t-il résumé.

600
C’est le nombre d’avions que la Chine a envoyés dans la zone de défense aérienne de Taipei depuis le début de l’année. C’est 220 de plus qu’en 2020. Parmi ces avions, on compte notamment des bombardiers H-6 à capacité nucléaire.

Actuellement, quatorze navires et trois porte-avions de six armées différentes, dont celle du Canada, des États-Unis, de la Grande-Bretagne et du Japon, sont impliqués dans des manœuvres conjointes au large de l’île japonaise d’Okinawa, au nord-est de Taiwan. Ces opérations militaires cherchent à exprimer l’engagement de ces pays dans la défense d’une région « indo-pacifique libre et ouverte ».

« Nous assistons à la lente émergence d’une coalition de démocraties qui tentent de s’unir face au comportement chinois [belliqueux] dans la région », a commenté J. Michael Cole, membre du Global Taiwan Institute de Washington, basé à Taipei, cité par l’Associated Press.

« Actions provocatrices »

En mars dernier, la Chine a mis fin au régime démocratique de Hong Kong, même si la particularité d’« un pays, deux systèmes » convenue dans le cadre de la rétrocession de ce territoire par le Royaume-Uni en 1997 aurait dû être garantie jusqu’en 2047.

Le gouvernement taiwanais a rappelé que l’île souhaitait une coexistence pacifique avec la Chine, mais que « si sa démocratie et son mode de vie [étaient] menacés, Taiwan fera tout ce qu’il faut pour se défendre ». Il a appelé également Pékin à cesser « immédiatement [ses] actions provocatrices non pacifiques et irresponsables », la présidente, Tsai Ing-wen, parlant mercredi d’actions qui « ont sérieusement endommagé la paix et la stabilité dans la région ».

Avec l’Agence France-Presse

À voir en vidéo