Hong Kong sous le joug de Pékin?

Au terme des célébrations qui ont dégénéré, 300 personnes ont été arrêtées par la police, qui déplore de son côté un agent blessé. Parmi les gens interpellés, neuf l’ont été pour violation présumée de la nouvelle loi sur la sécurité nationale.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Au terme des célébrations qui ont dégénéré, 300 personnes ont été arrêtées par la police, qui déplore de son côté un agent blessé. Parmi les gens interpellés, neuf l’ont été pour violation présumée de la nouvelle loi sur la sécurité nationale.

Des centaines de personnes ont été arrêtées à Hong Kong mercredi, au lendemain d’une nouvelle loi imposée par la Chine jugée liberticide et qui menace plus que jamais de réduire au silence le mouvement pro-démocratie.

« Ce que ce régime autoritaire veut faire, c’est terroriser le peuple et l’empêcher de sortir », s’insurge Chris To. Ce Hongkongais de 49 ans a participé mercredi à un rassemblement de plusieurs milliers de personnes pour souligner le 23e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine.

Le rendez-vous, interdit pour la première fois en 17 ans, a rapidement tourné au vinaigre. La foule a été dispersée par des canons à eau et du gaz lacrymogène. Au final, quelque 370 personnes ont été arrêtées par la police. Dix l’ont été pour violation présumée de la nouvelle loi sur la sécurité nationale promulguée mardi.

La mince zone qui assurait au mouvement pro-démocratie une certaine sécurité et une certaine légitimité vient de tomber à l’eau

Cette loi, qui porte la marque du président chinois Xi Jinping, vise à empêcher toute forme de subversion, de sécession, de terrorisme ou de collusion avec des forces étrangères. Pour les crimes les plus graves, la justice chinoise entre en jeu, et prévoit de lourdes peines pouvant aller jusqu’à la prison à vie. Dans certains cas, il est même question de procès à huis clos, sans jury.

 

Désormais, le soutien à l’indépendance de Hong Kong est illégal. Aucun doute : c’est un « coup de massue » pour le mouvement pro-démocratie que Pékin, échaudé par les manifestations monstres des dernières années, tentait déjà de museler, juge en entrevue Dominique Caouette, professeur au Centre d’études asiatiques de l’Université de Montréal.

« La mince zone qui assurait au mouvement pro-démocratie une certaine sécurité et une certaine légitimité vient de tomber à l’eau », observe de son côté André Laliberté, spécialiste de la Chine et professeur à l’Université d’Ottawa. À ses yeux, le principe « un pays, deux systèmes » ayant présidé à la rétrocession de l’ancienne colonie britannique en 1997 vient de voler en éclat. Et avec lui, l’exception hongkongaise en matière de libertés civiles, dont la liberté d'expression et le droit de manifester.

À voir en vidéo

En vertu d'un accord conclu à l’époque entre Pékin et le Royaume-Uni, Hong Kong jouit sur papier de droits qui n’existent pas dans le reste de la Chine, et ce, jusqu’en 2047. Mais en imposant en quelques semaines seulement cette loi de six chapitres et soixante-six articles, Pékin bafoue sa promesse et assoit sa domination continentale sur l’île semi-autonome.

Le fait de voir le gouvernement chinois ainsi renier ses engagements internationaux devrait d’ailleurs faire réfléchir ses alliés quant à la confiance qu’ils peuvent placer en la Chine, ajoute le professeur Laliberté. Le pays est signataire de plusieurs traités internationaux, notamment sur les droits de la personne et les frontières maritimes, relève-t-il.

« La Chine n’a plus honte d’être la Chine », renchérit Dominique Caouette, relevant au passage un paradoxe. « Le pays veut d’un côté montrer qu’il est un bon citoyen mondial et qu’il veut étendre son pouvoir de persuasion (soft power). Mais de l’autre, il rétrécit le peu d’espace démocratique qu’il lui restait. »

Mains liées

La communauté internationale a rapidement condamné la loi après sa promulgation. Vingt-sept pays du Conseil des droits de la personne des Nations unies — dont le Canada, la France, le Japon et l’Allemagne — ont vertement critiqué le texte.

Le Royaume-Uni a dénoncé mercredi une « violation manifeste de l’autonomie » de Hong Kong. Les États-Unis ont promis quant à eux de ne pas « rester les bras croisés », menaçant la Chine de représailles. Pouvons-nous espérer un front commun de plusieurs pays pour forcer la Chine à faire marche arrière ?

Nombre d’entre eux ont les mains liées, soucieux de préserver de bonnes relations — notamment économiques — avec Pékin, fait remarquer André Laliberté. Sans oublier la pandémie de COVID-19 qui a sérieusement plombé l’économie mondiale et occupe à temps plein les gouvernements. Les États-Unis doivent d’ailleurs composer avec un regain de la propagation sur leur territoire, et un mouvement antiraciste sans précédent ravivé par la mort de George Floyd.

Fait à noter, toutefois : la Chambre des représentants s’est prononcée en faveur de sanctions automatiques contre les responsables chinois qui violent les obligations internationales de la Chine en faveur de l’autonomie de Hong Kong. Le texte, approuvé à l’unanimité, doit maintenant faire l’objet d’un vote au Sénat puis être promulgué par le président américain.

Le Canada a de son côté averti ses ressortissants par rapport au risque plus élevé de « détention arbitraire » et d’une éventuelle extradition vers la Chine continentale. Environ 300 000 Canadiens vivent à Hong Kong.

Avec l'Agence France-Presse