Des foules commémorent Tian’anmen à Hong Kong, malgré l’interdiction

Pour la première fois en 30 ans, la police n’avait pas autorisé le traditionnel hommage aux victimes de Tian'anmen qui se tient chaque année dans le parc Victoria, à Hong Kong.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Pour la première fois en 30 ans, la police n’avait pas autorisé le traditionnel hommage aux victimes de Tian'anmen qui se tient chaque année dans le parc Victoria, à Hong Kong.

Des milliers de Hongkongais ont bravé, jeudi, l’interdiction de rassemblement pour marquer le 31e anniversaire de la sanglante répression de Tian’anmen dans le cadre de veillées dans plusieurs quartiers marquées par des arrestations, sur fond de tensions liées à l’influence de Pékin sur la ville.

Pour la première fois en 30 ans, la police n’avait pas autorisé le traditionnel hommage aux victimes qui se tient chaque année dans le parc Victoria, en invoquant les restrictions liées au coronavirus.

Les policiers ont en outre annoncé avoir procédé à des arrestations en tentant de disperser un rassemblement dans un quartier commerçant de la ville, Mong Kok, où ils ont accusé des « protestataires vêtus de noir » d’avoir bloqué des routes.

Au parc Victoria, quelques manifestants avaient retiré les barrières qui avaient été installées autour de ce grand espace vert de l’île de Hong Kong, ce qui a permis à une foule sans cesse plus nombreuse de venir noircir les terrains de football en scandant des slogans du mouvement prodémocratie.

Beaucoup portaient un t-shirt noir avec l’inscription « Vérité » en blanc. « Debout pour Hong Kong », lançaient les manifestants, quand d’autres agitaient des drapeaux pour l’indépendance.

Déployée aux abords du parc, la police n’est pas intervenue.

Vers 20 h, tous ont allumé des bougies dans le parc Victoria, comme dans de nombreux quartiers d’un territoire qui a connu en 2019 sa pire crise politique depuis sa rétrocession en 1997.

Hong Kong a vécu, de juin à décembre, au rythme de manifestations et d’actions presque quotidiennes, et parfois violentes, pour dénoncer les ingérences grandissantes de la Chine. Nombre d’habitants s’inquiètent désormais d’une reprise en main très ferme par le pouvoir central communiste.

Tensions politiques

Nouvelle illustration des tensions politiques, le Conseil législatif (LegCo), le parlement hongkongais, a finalement adopté jeudi après-midi, dans des conditions houleuses, un texte très controversé criminalisant tout outrage à l’hymne national chinois.

Les élus de l’opposition prodémocratie ont refusé de participer à ce vote perdu d’avance, et l’un d’eux a même déversé un mélange fétide d’engrais liquide dans la chambre pour perturber la séance.

Les adversaires du texte y voient la dernière tentative en date de Pékin pour rogner les libertés locales théoriquement garanties jusqu’en 2047 par l’accord de rétrocession. Le fait qu’elle soit votée le jour anniversaire de Tian’anmen n’a fait qu’accroître leur émoi.

Tian'anmen

La sanglante intervention de l’armée chinoise, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, avait mis fin à sept semaines de manifestations d’étudiants et d’ouvriers contre la corruption et pour la démocratie en Chine. La répression avait fait entre plusieurs centaines et plus d’un millier de morts.

Le sujet est tabou en Chine. Jeudi matin, à Pékin, un photographe de l’AFP a été stoppé par la police, qui l’a obligé à effacer la plupart de ses clichés, alors qu’il circulait près de Tian’anmen.

Voilà 30 ans qu’une veillée attire immanquablement des foules à Hong Kong, seul endroit du pays où l’événement est commémoré, ce qui illustre les libertés uniques dont jouit le territoire autonome, revenu dans le giron chinois en 1997.

Mais pour la première fois en trois décennies, la veillée n’avait pas été autorisée par la police qui avait cité les risques liés à la COVID-19, les rassemblements de plus de huit personnes restant interdits.

En échange, les organisateurs avaient appelé les habitants à allumer des bougies là où ils se trouvaient. Un peu partout dans la ville, des stands avaient été dressés pour distribuer des bougies aux personnes rentrant du travail.

« Je ne crois pas que ce soit à cause de la pandémie. C’est de la répression politique », a déclaré dans la journée à l’AFP Wong, un homme de 53 ans qui a refusé de donner son identité complète, après s’être agenouillé près du parc en hommage. « J’ai bien peur que cette veillée n’ait plus jamais lieu. »

L’an passé, la veillée du 30e anniversaire s’était déjà déroulée dans un contexte politique tendu : l’exécutif hongkongais pro-Pékin tentait d’imposer l’autorisation des extraditions vers la Chine continentale.

Une semaine plus tard allaient débuter sept mois de manifestations presque quotidiennes dans la métropole financière.

En réponse à ce mouvement, Pékin vient d’annoncer son intention d’imposer à Hong Kong une loi sur la sécurité nationale, qui prévoit de punir les activités séparatistes, « terroristes », la subversion, et les ingérences étrangères dans le territoire.

À voir en vidéo