La Chine accuse les États-Unis de « prendre en otage » l’ONU au sujet de Hong Kong

Le projet de loi sur la sécurité nationale à Hong Kong a reçu l’aval jeudi à Pékin du parlement national, totalement acquis au Parti communiste chinois.
Photo: NICOLAS ASFOURI Agence France-Presse Le projet de loi sur la sécurité nationale à Hong Kong a reçu l’aval jeudi à Pékin du parlement national, totalement acquis au Parti communiste chinois.

La Chine a accusé vendredi l’administration Trump de « prendre en otage » l’ONU au sujet de la loi controversée sur la sécurité nationale que Pékin veut imposer à Hong Kong, appelant les Occidentaux à ne pas s’en mêler.

Les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie mènent la fronde internationale contre le projet, lequel prévoit de punir les activités séparatistes et « terroristes », la subversion, ou encore l’ingérence étrangère dans le territoire autonome chinois.

Ils estiment qu’il s’agit d’une manière déguisée de museler l’opposition hongkongaise et de rogner les libertés. Ce que dément fermement la Chine.

Ce texte de loi intervient après les manifestations monstres à Hong Kong en 2019 contre l’influence de Pékin, au départ pacifiques mais également marquées par des violences et du vandalisme. Elles ont renforcé un courant pro-indépendance jadis marginal.

En vertu du concept « Un pays, deux systèmes », l’ex-colonie britannique bénéficie depuis sa rétrocession à la Chine en 1997 d’une large autonomie, de la liberté d’expression et d’une justice indépendante.

Le projet de loi sur la sécurité nationale, qui a reçu l’aval jeudi à Pékin du parlement national, totalement acquis au Parti communiste chinois (PCC), remet-il en cause l’autonomie hongkongaise ?

Oui, selon les États-Unis et le Royaume-Uni, qui ont obtenu l’organisation prévue vendredi d’une discussion informelle au Conseil de sécurité de l’ONU, à huis clos et par visioconférence, ont affirmé à l’AFP des sources diplomatiques.

Dans un communiqué commun avec le Canada et l’Australie, les deux pays ont accusé jeudi Pékin d’enfreindre ses obligations vis-à-vis de Hong Kong et de ses 7,5 millions d’habitants.

Ils ont exprimé leur « profonde inquiétude » quant à cette loi qui « limiterait les libertés de la population » et « éroderait […] de manière dramatique l’autonomie et le système qui l’ont rendu si prospère ».

« Prendre en otage »

Pékin a déclaré vendredi avoir protesté officiellement auprès des quatre capitales.

« Nous exhortons ces pays […] à cesser de s’ingérer dans les affaires de Hong Kong et les affaires intérieures chinoises », a déclaré Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Il a dénoncé une approche américaine « totalement déraisonnable « et averti que la Chine ne permettrait pas aux États-Unis » de prendre en otage le Conseil de sécurité pour ses propres intérêts ».

Côté britannique, le chef de la diplomatie, Dominic Raab, a indiqué que si Pékin ne faisait pas marche arrière, Londres modifierait les conditions attachées au « passeport britannique d’outre-mer » délivré aux Hongkongais avant la rétrocession du territoire à la Chine en 1997, afin de les rendre plus favorables.

Actuellement, ce passeport ne permet qu’un séjour de six mois au Royaume-Uni, une limite qui serait supprimée pour permettre à son détenteur de venir chercher du travail ou étudier dans le pays pour « des périodes prolongeables de 12 mois », a-t-il détaillé sur la BBC.

Zhao Lijian a menacé vendredi Londres de représailles.

Dans un contexte de fortes tensions Pékin-Washington (COVID-19, Ouïghours, Taïwan…), le président américain Donald Trump a annoncé qu’il tiendrait vendredi une conférence de presse où il annoncera « ce que nous allons faire vis-à-vis de la Chine ».

Selon son chef de la diplomatie Mike Pompeo, il pourrait s’en prendre au statut des étudiants chinois aux États-Unis.

Anticipant le vote du parlement chinois jeudi, Washington avait déjà révoqué la veille le statut spécial accordé à Hong Kong, ouvrant la voie à la suppression des privilèges commerciaux américains accordés au territoire autonome.

Mike Pompeo a justifié cette décision par le fait, selon lui, que la Chine ne donne plus au territoire son « haut degré d’autonomie » comme promis dans l’accord sino-britannique signé avant la rétrocession.

Londres et Washington exhortent Pékin à réfléchir

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont exhorté vendredi à l'ONU la Chine à réfléchir aux «inquiétudes sérieuses et légitimes» liées à l'autonomie de Hong Kong alors que Pékin jugeait toute interférence dans les affaires internes chinoises «vouée à l'échec».

La législation sécuritaire voulue par la Chine pour Hong Kong «risque de restreindre les libertés que la Chine s'est engagée à respecter en vertu du droit international», a souligné l'ambassadeur britannique en exercice auprès de l'ONU, Jonathan Allen.

«Si elle est appliquée, elle exacerbera les divisions profondes dans la société à Hong Kong», a-t-il ajouté dans un communiqué publié à l'issue d'une visioconférence à huis clos et informelle du Conseil de sécurité demandée par Washington et Londres.

«Nous espérons que le gouvernement chinois fera une pause et réfléchira aux préoccupations sérieuses et légitimes que cette proposition a soulevées à Hong Kong et dans le monde», a déclaré le diplomate britannique.

La Chine, qui avait bloqué mercredi une demande américaine de réunion formelle du Conseil de sécurité sur Hong Kong, a jugé à l'issue de la visioconférence vendredi que la démarche occidentale était vaine.

«Il n'y a pas eu de consensus, pas de discussions formelles au Conseil de sécurité et la démarche des États-Unis et du Royaume-Uni n'a mené à rien», a souligné dans un communiqué l'ambassadeur chinois à l'ONU Zhang Jun. Ces deux pays doivent «arrêter immédiatement d'interférer dans les affaires de Hong Kong», a-t-il ajouté.

«Toute tentative d'utiliser Hong Kong pour interférer dans les affaires internes de la Chine sont vouées à l'échec», a insisté le diplomate chinois.

En vertu du concept «Un pays, deux systèmes», l'ex-colonie britannique bénéficie depuis sa rétrocession à la Chine en 1997 d'une large autonomie, de la liberté d'expression et d'une justice indépendante.