Pékin engage la reprise en main de Hong Kong

La police disperse des manifestants dans le district de Mong Kok à Hong Kong, le 27 mai 2020.
Photo: Isaac Lawrence Agence France-Presse La police disperse des manifestants dans le district de Mong Kok à Hong Kong, le 27 mai 2020.

Le Parlement chinois a adopté jeudi, malgré la menace de sanctions américaines, une disposition controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong, en réaction aux manifestations de 2019 dans l’ex-colonie britannique. Sans surprise, les près de 3000 députés de l’Assemblée nationale populaire (ANP) ont adopté cette mesure qui a déjà provoqué un regain d’agitation dans la région autonome du sud de la Chine. Seul un député a voté contre et six se sont abstenus. Le vote a été salué par de longs applaudissements dans le cadre solennel du Palais du peuple à Pékin, en présence du président Xi Jinping.

La Chine a fait de cette loi une priorité après les manifestations monstres de 2019 contre le pouvoir central, qui avaient donné lieu à des violences et alimenté un sentiment indépendantiste. Les opposants démocrates à l’influence de Pékin dans le territoire affirment que la mesure ouvre la voie à une régression sans précédent des libertés dans la métropole financière de sept millions d’habitants.

« C’est la fin de Hong Kong », a résumé pour l’AFP Claudia Mo, députée prodémocratie au Conseil législatif hongkongais. « À partir de maintenant, Hong Kong sera une ville chinoise comme les autres. » Joshua Wong, une des figures de l’opposition, a estimé que la future loi va « tuer les mouvements démocratiques » dans le territoire autonome. Dans le camp pro-Pékin, en revanche, la cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, a salué le vote du Parlement chinois. Comme cela est demandé par le projet de loi, elle a promis « de renforcer l’application de la loi et l’éducation afin de défendre la sécurité nationale ».

Adoption dès août ?

« Cette décision ne portera pas atteinte aux droits et libertés dont jouissent les Hongkongais », a assuré le député pro-Pékin Martin Liao. Alors que l’agitation était retombée ces derniers mois à la faveur des mesures prises contre la pandémie de COVID-19, des milliers de Hongkongais sont à nouveau descendus dans la rue dimanche, avant d’être dispersés par la police, pour protester contre le projet de loi, annoncé seulement trois jours plus tôt.

La disposition donne désormais mandat au Comité permanent de l’ANP pour rédiger un projet de loi qui sera incorporé dans la mini-Constitution de Hong Kong, contournant le Conseil législatif local. Cette loi devra « empêcher, stopper et réprimer toute action qui menace gravement la sécurité nationale, comme le séparatisme, la subversion, la préparation ou la commission d’activités terroristes, ainsi que les activités de forces étrangères qui constituent une ingérence dans les affaires » de Hong Kong, selon le projet soumis à l’ANP.

Le Comité permanent de l’ANP pourrait se saisir du texte dès juin et le projet de loi être adopté fin août, selon le site NPC Observer, spécialiste des arcanes législatives chinoises. Le projet prévoit aussi d’autoriser des organismes relevant du gouvernement central à ouvrir à Hong Kong des antennes compétentes en matière de sécurité nationale.

De l’avis des opposants, le texte signe la fin du principe « Un pays, deux systèmes » qui préside aux relations entre Hong Kong et Pékin depuis la rétrocession du territoire à la Chine en 1997.

Sans attendre le vote du Parlement chinois, le gouvernement de Donald Trump a ouvert la voie à des sanctions économiques contre Hong Kong. Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a annoncé mercredi au Congrès que les États-Unis ne considéraient plus le territoire comme autonome vis-à-vis de Pékin. Concrètement, Washington peut désormais mettre fin au statut commercial préférentiel accordé à l’ex-colonie britannique. Mais il n’a pas encore dit si cette menace sera mise à exécution.