Toujours pas d’enquête en Chine

Chen Xun, ambassadeur chinois auprès des Nations unies à Genève
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Chen Xun, ambassadeur chinois auprès des Nations unies à Genève

La Chine refuse une enquête internationale sur l’origine du nouveau coronavirus tant que la pandémie et les accusations américaines visant Pékin continuent de se propager, a déclaré mercredi l’ambassadeur chinois auprès des Nations unies à Genève.

« La première priorité est de se concentrer sur la lutte contre la pandémie jusqu’à la victoire finale », a déclaré Chen Xu au cours d’une conférence de presse par visioconférence.

Interrogé sur une invitation attendue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour envoyer des experts à Wuhan, berceau de la pandémie, M. Chen a estimé que le contexte diplomatique ne le permettait pas, dénonçant les déclarations de dirigeants américains.

« Nous ne pouvons tolérer que ce genre de virus politique se propage librement […] alors que tous les efforts doivent être portés sur la lutte contre le vrai virus «, a-t-il dit. « Nous ne sommes pas allergiques par principe à toute forme d’enquête ou évaluation », car celles-ci permettent « de préparer les urgences sanitaires à venir » mais « nous n’avons pas de temps à perdre pour sauver des vies », a souligné le diplomate.

Nous n’avons pas de certitude, et il y a des preuves significatives que cela vient du laboratoire, ces déclarations sont toutes les deux vraies

« Quant à savoir si et comment une invitation [à l’OMS] peut intervenir, nous devons pour le moment d’une part définir les bonnes priorités et d’autre part nous avons besoin d’une bonne atmosphère », a-t-il ajouté.

Il a accusé le président américain et son secrétaire d’État, Mike Pompeo, lesquels affirment détenir les preuves que le nouveau coronavirus provient d’un laboratoire de recherche virologique à Wuhan, de « mettre en difficulté la lutte contre la pandémie » en « essayant de détourner l’attention de leur propre responsabilité dans la propagation du virus aux États-Unis ».

Pressé de démentir les allégations américaines, M. Chen a fait valoir qu’il n’était pas en position de se prononcer. « Si le président ou M. Pompeo ont les preuves, qu’ils les présentent au monde entier plutôt que de pointer du doigt […]. Ce sont les scientifiques qui peuvent répondre à ces questions », a-t-il affirmé.

« Pas de certitude »

Les États-Unis disposent de « preuves significatives » que le nouveau coronavirus s’est propagé depuis un laboratoire de Wuhan, en Chine, mais n’ont « pas de certitude », a déclaré mercredi le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo.

Interrogé lors d’une conférence de presse à Washington sur les propos de différents hauts responsables américains, qui divergent sur ce sujet-clé, le secrétaire d’État a assuré qu’il n’y avait aucune incohérence : « Nous n’avons pas de certitude, et il y a des preuves significatives que cela vient du laboratoire, ces déclarations sont toutes les deux vraies. »

« J’ai tenu ces deux types de propos, ainsi que des membres de l’administration. Ils sont tous vrais », a-t-il insisté, visiblement agacé d’être confronté à ces versions divergentes. « Nous cherchons tous la bonne réponse », « c’est totalement normal, les gens étudient les données et aboutissent à des degrés de certitude différents », a-t-il justifié.

 

Le gouvernement américain a multiplié les déclarations contradictoires depuis une semaine. Jeudi dernier, le président avait affirmé avoir des éléments permettant de croire que l’épidémie venait bien du laboratoire, alors qu’au même moment, Mike Pompeo assurait ne pas savoir si c’était le cas. Dimanche, le secrétaire d’État a finalement déclaré qu’il existait « des preuves immenses que c’est de là que c’est parti », sans toutefois les présenter publiquement.

De son côté, le renseignement américain a rapporté ne pas avoir pu établir à ce stade si la pandémie était « le résultat d’un accident de laboratoire à Wuhan ». Et l’épidémiologiste qui conseille la Maison-Blanche, le Dr Anthony Fauci, a clairement estimé que le virus avait « évolué dans la nature » pour ensuite franchir « les barrières des espèces ».

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