Un défilé à huis clos, ou presque, pour les 70 ans du régime communiste chinois

Le président Xi Jinping a de nouveau évoqué le «rêve chinois de la grande renaissance de la nation», qui cherche à incarner la revanche d’un pays moderne et respecté à l’horizon 2050 face à l’Occident.
Photo: Greg Baker Agence France-Presse Le président Xi Jinping a de nouveau évoqué le «rêve chinois de la grande renaissance de la nation», qui cherche à incarner la revanche d’un pays moderne et respecté à l’horizon 2050 face à l’Occident.

Accès étroitement contrôlés, centre-ville bouclé : l’immense majorité des Pékinois n’ont eu d’autre choix mardi que de suivre à la télévision ou sur leur téléphone le défilé à la gloire des 70 ans du régime communiste.

Sans invitation et papiers d’identité, les citoyens ordinaires sont soigneusement tenus à l’écart des festivités. Et de larges zones du centre de Pékin sont verrouillées pour permettre aux troupes, chars et missiles de se rendre sans encombre sur la place Tian’anmen.

Aux abords du Musée militaire, distant de sept kilomètres environ de la plus grande place du monde, des enfants arborant des drapeaux rouges et des grand-mères, qui espéraient apercevoir un bout de défilé, sont invités par des agents de sécurité à s’éloigner, constate l’AFP.

Les autorités repoussent également des curieux rassemblés près de l’avenue Chang’an (« Paix éternelle »), l’immense artère où a lieu le défilé. Beaucoup ont collé sur leurs joues de petits drapeaux rouges avec l’inscription « J’aime la Chine ».

Photo: Greg Baker Agence France-Presse De larges zones du centre de Pékin ont été verrouillées pour permettre aux troupes, chars et missiles de se rendre sans encombre sur la place Tian’anmen.

Même l’accès à des salles de cinéma qui retransmettent l’événement est restreint.

« J’espère que cette journée me laissera de beaux et profonds souvenirs », s’enthousiasme Chu Zuoyan, en attendant le début du spectacle devant une salle.

Originaire de la province du Sichuan, dans le sud-ouest du pays, le trentenaire s’est mis en tête de rallier des sites « révolutionnaires », depuis la place Tian’anmen jusqu’à Linyi, dans l’est de la Chine, où le Parti communiste a triomphé des nationalistes pendant la guerre civile.

Mais malheureusement pour M. Chu, faute de résider à Pékin et d’avoir été présélectionné par les autorités locales, l’entrée à la salle de cinéma lui est tout bonnement refusée.

Maigre consolation, certains à Pékin ont quand même pu apercevoir les chars et d’autres équipements militaires regagnant leurs bases à la fin du défilé — sous étroite surveillance policière.

À la télé

Le gouvernement chinois s’est toutefois assuré que la plupart des habitants de la République populaire puissent suivre les festivités à la télévision.

En amont de l’anniversaire, plus de 620 000 foyers de régions pauvres ont reçu de la part du Parti communiste chinois (PCC) ou d’administrations des téléviseurs, selon l’agence de presse Chine nouvelle.

Dans les villes, de grandes bannières de propagande ont fleuri ces dernières semaines : « Dirigeons-nous avec bravoure vers une nouvelle ère », « Le bonheur s’obtient par la lutte », proclament-elles en lettres blanches sur fond rouge.

Photo: Wang Zhao Agence France-Presse Le gouvernement chinois s’est assuré que la plupart des habitants de la République populaire puissent suivre les festivités à la télévision.

Le défilé de mardi matin a réuni 15 000 militaires, défilant aux côtés de tanks, missiles nucléaires, ou encore d’un drone supersonique — soulignant l’essor de la Chine, nation jadis pauvre devenue puissance mondiale.

Le président Xi Jinping a de nouveau évoqué le « rêve chinois de la grande renaissance de la nation », qui cherche à incarner la revanche d’un pays moderne et respecté à l’horizon 2050 face à l’Occident.

« Peu importe qu’on regarde le défilé ou non », déclare à l’AFP M. Wang, un homme de 60 ans qui n’a pas souhaité donner son prénom.

« Mais la diaspora chinoise doit absolument le suivre », car beaucoup « ne comprennent tout simplement pas le peuple chinois », ajoute-t-il.

D’autres Pékinois, comme Fang Changping, 80 ans, confient n’avoir nulle intention de suivre la retransmission en direct.

« J’en ai déjà vu plein de ces cérémonies. Je ne me laisse plus avoir par tout ce cinéma », explique ce pratiquant de tai-chi.

Il explique avoir participé au défilé de la Fête nationale en 1956. Mais les célébrations d’aujourd’hui lui semblent « moins authentiques ».