Washington s’inquiète des troupes chinoises rassemblées à la frontière hongkongaise

Des hommes en treillis étaient massés jeudi dans un stade de Shenzhen, la métropole chinoise située aux portes de l’ex-colonie britannique. Des camions et des blindés de transport de troupes étaient également visibles.
Photo: STR / Agence France-Presse Des hommes en treillis étaient massés jeudi dans un stade de Shenzhen, la métropole chinoise située aux portes de l’ex-colonie britannique. Des camions et des blindés de transport de troupes étaient également visibles.

Un conseiller de la Maison-Blanche a évoqué jeudi le spectre de Tian’anmen en commentant les forces massées par Pékin près de la frontière de Hong Kong, l’ambassadeur de Chine à Londres adressant de son côté un ferme avertissement aux manifestants de l’ex-colonie britannique.

« Les Chinois doivent faire très attention aux mesures qu’ils prennent, parce que les Américains se souviennent de la place Tian’anmen », a déclaré dans un entretien à Voice of America diffusé jeudi John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche. La répression du mouvement prodémocratie de la place Tian’anmen, il y a 30 ans à Pékin, avait été sanglante. « Ce serait une grosse erreur de créer de nouveaux souvenirs comme ceux-là à Hong Kong. »

Interrogé sur les risques de répression violente, Donald Trump s’est dit « très inquiet » et a annoncé qu’il devait en parler « bientôt » avec son homologue chinois Xi Jinping. « Je voudrais vraiment voir la Chine résoudre humainement le problème à Hong Kong », a dit le président des États-Unis à des journalistes.

Le milliardaire républicain souffle le chaud et le froid depuis le début de la contestation, prenant soin de ménager son homologue chinois, avec lequel il est engagé dans de laborieuses négociations commerciales. Il a lui-même fait pour la première fois le lien entre les deux dossiers mercredi, en appelant la Chine à gérer « humainement » la crise hongkongaise avant de conclure un accord commercial.

« J’ai vraiment pleine confiance dans le président Xi, je sais que s’il décidait de s’asseoir avec des représentants » des manifestants, « il pourrait résoudre le problème rapidement », « en quinze minutes », a-t-il réaffirmé jeudi soir, reprenant une idée déjà émise plus tôt sur Twitter. « Je sais qu’il n’a pas l’habitude de faire ce genre de choses, mais je pense que ce serait pas mal. »

Mise en garde de Pékin

« Pékin ne restera pas les bras croisés » si la situation devient « incontrôlable », a cependant mis en garde jeudi l’ambassadeur de Chine à Londres, Liu Xiaoming.

Après deux mois d’agitation dans l’ancienne colonie britannique contre l’exécutif pro-Pékin, des hommes en treillis étaient massés jeudi dans un stade de Shenzhen, la métropole située aux portes du territoire autonome, a constaté un journaliste de l’AFP. Il a aperçu également des camions ainsi que des blindés de transport de troupes. Les hommes, appartenant apparemment à la police militaire, défilaient en rangs serrés, brandissant des drapeaux rouges, ou s’entraînaient à la course à pied, alors que d’autres circulaient à moto à l’extérieur du stade, situé à moins de 7 km de la frontière.

Je voudrais vraiment voir la Chine résoudre humainement le problème à Hong Kong

Pékin a laissé planer ces derniers jours la menace d’une intervention pour rétablir l’ordre, en diffusant sur les médias officiels des vidéos montrant des convois militaires se dirigeant vers Shenzhen.

La police militaire, chargée notamment du maintien de l’ordre, dépend de la Commission militaire centrale (CMC), un organe dirigé par le président Xi Jinping en personne.

Washington se montre plus clair

Le gouvernement Trump, engagé depuis des mois dans une confrontation directe avec la Chine sur le commerce, la compétition diplomatico-militaire en Asie-Pacifique ou encore les droits de la personne, s’est longtemps montré très discret sur la crise. Le président septuagénaire avait estimé, début juillet, que les manifestants étaient « en quête de démocratie » et que le sujet relevait d’une affaire interne à la Chine, une tiédeur qui lui a été reprochée par ses opposants.

Mais le reste du gouvernement a lancé ces derniers jours des avertissements clairs à la Chine. Un porte-parole de la diplomatie américaine avait appelé mercredi Pékin à « respecter le haut degré d’autonomie » de l’ex-colonie britannique. « Les États-Unis exhortent fermement à Pékin de respecter ses engagements contenus dans la déclaration commune sino-britannique afin de permettre à Hong Kong d’exercer un haut degré d’autonomie », a-t-il indiqué dans une déclaration transmise à l’AFP, premier avertissement net et détaillé à Pékin. La déclaration sino-britannique de 1984 encadre la rétrocession de Hong Kong intervenue en 1997. Elle stipule que la région bénéficie « d’un haut degré d’autonomie, hormis en matière d’affaires étrangères et de défense » et de son propre système judiciaire, législatif et exécutif.

« Je tiens à répéter que Hong Kong fait partie de la Chine. Aucun pays étranger ne doit s’ingérer […]. Nous demandons aux puissances étrangères de respecter la souveraineté chinoise », a répliqué jeudi l’ambassadeur Liu Xiaoming.

Concessions non avouées ?

Le secrétaire aux Finances hongkongais, Paul Chan, a de son côté annoncé jeudi une série de mesures, dont des exemptions fiscales pour les petites entreprises, des aides plus généreuses pour les étudiants ainsi que pour les ménages à bas revenus. Ces gestes budgétaires en faveur du pouvoir d’achat semblent destinés à gagner la sympathie d’une partie des Hongkongais excédés par la paralysie de la ville-État. « En raison des dernières évolutions sur le territoire », Paul Chan a également annoncé la révision à la baisse, entre 0 et 1 %, des prévisions de croissance pour l’année en cours, qui montaient jusqu’ici entre 2 et 3 %. Il a toutefois nié tout lien avec le mouvement de contestation, affirmant que ces mesures visaient à « faire face aux difficultés économiques que nous traversons ».

La semaine dernière, la chef de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, avait exclu toute concession aux manifestants prodémocratie, tout en mettant en garde contre la grave crise économique engendrée par le mouvement de protestation. Après une réunion avec les milieux d’affaires, la dirigeante hongkongaise avait averti que l’impact économique pourrait être pire que celui de l’épidémie du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003. « Le ralentissement est intervenu très rapidement cette fois. Certains l’ont comparé à un tsunami », a-t-elle dit. Le conflit commercial entre la Chine et les États-Unis ainsi que le mouvement de protestation qui paralyse Hong Kong depuis plus de deux mois ont plongé ce « hub » financier du sud de la Chine dans la pire crise depuis sa rétrocession par Londres en 1997.

Le mouvement prodémocratie, qui a vu des millions de personnes descendre dans les rues, est parti début juin du rejet d’un projet de loi hongkongais autorisant les extraditions vers la Chine. Il a depuis considérablement élargi ses revendications pour dénoncer le recul des libertés et les ingérences du régime communiste.