L’inaction de la police fait monter la colère à Hong kong

Soupçonnés d’appartenir à des triades criminelles, les agresseurs, armés de bâtons de bambou et de barres de fer, s’en sont pris à des manifestants prodémocratie, des passants et des journalistes.
Photo: Philip Fong Agence France-Presse Soupçonnés d’appartenir à des triades criminelles, les agresseurs, armés de bâtons de bambou et de barres de fer, s’en sont pris à des manifestants prodémocratie, des passants et des journalistes.

Des scènes d’une violence inouïe. Dimanche soir, l’ancienne colonie britannique a de nouveau été secouée par des heurts d’une extrême brutalité. Alors que la marche pacifique, ayant réuni 430 000 personnes selon les organisateurs, touchait à sa fin, des dizaines d’hommes vêtus de t-shirts blancs ont attaqué des manifestants prodémocratie à Yuen Long, une station de métro située au nord de Hong Kong. Soupçonnés d’appartenir à des triades criminelles, les agresseurs — armés de bâtons de bambou et de barres de fer — s’en sont également pris à des passants et à des journalistes.

Au lendemain de ces attaques, les autorités hospitalières ont recensé 45 blessés. La réaction policière est vivement critiquée. Les forces de l’ordre sont accusées d’avoir délibérément tardé à arriver sur les lieux et d’avoir fermé les yeux sur ces agissements. Car elles n’ont, pour l’heure, procédé à aucune arrestation. Lundi matin en conférence de presse, la controversée chef du gouvernement hongkongais, Carrie Lam, a jugé « choquante » l’attaque survenue à Yuen Long. La police nie toute collusion avec la triade. Témoins ou victimes, trois étudiants, joints au téléphone par Libération lundi, racontent ce qu’ils ont vu.

Ho, étudiant de 20 ans

« Dimanche, je n’ai pas participé à la manifestation. Je rentrais juste chez moi, car j’habite à Yuen Long. Lorsque je suis sorti du métro [situé au premier étage de la gare], aux alentours de 21 h, j’ai vu une trentaine d’hommes en t-shirts blancs courir et frapper des gens au visage avec des bâtons en bois. Deux policiers étaient présents, mais ont fait mine de ne rien voir. Avec d’autres passants, je suis parti les aider. Un peu plus tard, les “t-shirts blancs” sont revenus à la charge. Je suis persuadé qu’ils ont été payés pour faire ça. Ils étaient près d’une centaine et ont escaladé les portiques de sécurité pour venir nous attaquer. Ils étaient fous. Nous nous sommes réfugiés dans le métro en nous protégeant avec des parapluies. Mais une fois à l’intérieur, les portes du métro sont restées ouvertes 15 minutes, ce qui est vraiment bizarre. J’ai reçu des coups, mais je ne suis pas blessé. Nous avons essayé d’appeler la police plusieurs fois, elle n’a pas décroché. Je suis parti vers 23 h, mais c’était encore le chaos. »

Ling, étudiante de 20 ans

« J’étais dans le quartier de l’Amirauté pour la protestation. Puis j’ai pris le métro pour rentrer chez moi. J’ai vu sur Telegram [messagerie cryptée] qu’il y avait du monde à Yuen Long. J’ai décidé de m’y arrêter. Et là, l’horreur. Des dizaines d’hommes habillés en blanc en train de hurler et de frapper sur tout ce qui bouge. Certaines personnes criaient : “Courez, courez, courez !” J’ai donc couru et je me suis retranchée dans un magasin. J’ai ensuite appelé un ami pour qu’il me raccompagne chez moi. Lorsque je suis montée dans sa voiture, j’ai aperçu des “t-shirts blancs” pourchasser violemment des jeunes habillés en noir [les manifestants prodémocratie sont vêtus de noir lors des rassemblements] à qui nous avons proposé de venir se réfugier [dans le véhicule]. Tout à coup, une dizaine de “t-shirts blancs” se sont rués sur la voiture en tapant à coups de bâtons. Nous avons vite pris la fuite. Une centaine de mètres plus loin, [nous avons croisé] une voiture des forces de l’ordre. L’un des policiers nous a dit : “S’habiller en noir est à vos risques et périls.” Les gangsters qui nous ont attaqués ont de toute évidence le soutien de la police. »

Et là, l’horreur. Des dizaines d’hommes en blanc en train de hurler et de frapper sur tout ce qui bouge. 

Hung, étudiante de 21 ans

« Je suis restée à la station de Yuen Long de 22 h à minuit environ. La première chose que j’ai vue lorsque je suis descendue dans le hall de la station de métro : une femme en train de courir. Un petit gang d’hommes en t-shirts blancs l’a poursuivie pour ensuite la frapper. Des passants sont venus à son secours. Elle était en sang. Au début, les “t-shirts blancs” étaient peu nombreux. Puis, ils ont débarqué par dizaines, avant d’être une centaine. J’ai vu une journaliste en train de se faire frapper au sol alors qu’elle filmait. Nous avons tenté de fuir en haut, là où passe le métro. Lorsque nous sommes entrés dans le train pour échapper à ces gangsters, les portes sont restées ouvertes entre 10 et 15 minutes. Dans le haut-parleur, les agents de la station nous ont même demandé d’évacuer la rame. Alors même que les assaillants se trouvaient juste en face de nous. Nous avons essayé d’appeler la police pendant des heures. En vain. Nous étions pris au piège, c’était horrible. »