Le ton monte après l’occupation du parlement de Hong Kong

Joshua Wong, une figure de proue de l’immense mouvement pour la démocratie de l’automne 2014, récemment sorti de prison, a déclaré que les derniers événements étaient une réaction à «la tyrannie et au règne impérial de Pékin et du gouvernement hongkongais».
Photo: Vivek Prakash Agence France-Presse Joshua Wong, une figure de proue de l’immense mouvement pour la démocratie de l’automne 2014, récemment sorti de prison, a déclaré que les derniers événements étaient une réaction à «la tyrannie et au règne impérial de Pékin et du gouvernement hongkongais».

La chef du gouvernement de Hong Kong a condamné mardi les violences « extrêmes » des manifestants qui ont occupé le parlement de cette ex-colonie britannique, Pékin réclamant une enquête pénale sur ce défi sans précédent à son autorité.

La crise qui secoue ce territoire semi-autonome depuis des semaines du fait d’un projet de loi controversé autorisant les extraditions vers la Chine a franchi un nouveau palier lundi, le jour anniversaire de sa rétrocession à la Chine en 1997.

La colère des contestataires les plus radicaux a pris un tour jamais vu quand des groupes de manifestants, pour la plupart des jeunes gens, ont fait irruption dans le Conseil législatif (LegCo), le Parlement de la mégapole.

Dans l’hémicycle, ils ont déployé le drapeau de l’ère coloniale britannique, ont arraché les portraits des dirigeants de Hong Kong et mis le bâtiment à sac, maculant les murs de graffitis.

« Il n’y a pas d’émeutiers violents, juste de la tyrannie », pouvait-on lire sur une banderole, « La Chine n’est pas Hong Kong », était-il écrit sur un message.

La police antiémeute a repris le contrôle du LegCo peu après minuit.

Photo: Vivek Prakash Agence France-Presse Les manifestants de lundi ont notamment couvert de notes les murs de l'édifice du Conseil législatif (LegCo), le parlement de Hong Kong.

Ces événements constituent un défi sans précédent au président chinois Xi Jinping. Le gouvernement central a d’ailleurs réagi sans tarder, appelant les autorités hongkongaises à établir les « responsabilités pénales » des auteurs de violences décrites comme « des actes graves et illégaux ».

La chef de l’exécutif hongkongais Carrie Lam a, quant à elle, dénoncé l’invasion « extrêmement violente » du Parlement. « C’est quelque chose que nous devons sérieusement condamner, car rien n’est plus important que l’État de droit à Hong Kong », a-t-elle dit.

Le chef de la police Stephen Lo a jugé que ces actes avaient « de loin dépassé la limite de l’expression pacifique de revendications ».

« Un pays, deux systèmes »

Depuis des mois, une bonne partie des sept millions de Hongkongais sont vent debout contre le texte sur les extraditions. Le projet de loi a bien été suspendu, mais la colère s’est étendue à la dénonciation du gouvernement hongkongais dans son ensemble, accusé de laisser Pékin rogner les libertés.

Aux termes de l’accord de rétrocession, le territoire bénéficie de libertés inconnues dans le reste de la Chine, en théorie jusqu’en 2047, en vertu du principe « un pays, deux systèmes ».

Les manifestants exigent le retrait définitif du projet de loi, la démission de Carrie Lam ainsi que l’abandon des poursuites contre les contestataires arrêtés. Certains d’entre eux ont expliqué qu’ils avaient recouru à la violence parce que le gouvernement restait sourd à leurs revendications.

C’est quelque chose que nous devons sérieusement condamner, car rien n’est plus important que l’État de droit à Hong Kong

« Nous savons que nous violons la loi, mais nous n’avons pas le choix », lance Cheung, une publicitaire de 24 ans.

« On a manifesté, on a fait des sit-in. Mais le gouvernement reste inébranlable », se lamente Joey, 26 ans.

Le LegCo était fermé mardi. Des policiers inspectaient les lieux et des ouvriers balayaient les alentours, ramassant verre brisé, parapluies cassés et casques de chantier.

Selon le député démocrate Eddie Chu, empêché par les membres des forces de l’ordre de regagner son bureau, la police considère les lieux comme « une scène de crime ».

Joshua Wong, une figure de proue de l’immense mouvement pour la démocratie de l’automne 2014, récemment sorti de prison, a déclaré que les derniers événements étaient une réaction à « la tyrannie et au règne impérial de Pékin et du gouvernement hongkongais ».

Soutiens internationaux

Les manifestants ont reçu le soutien de Donald Trump. Ils « sont en quête de démocratie », a déclaré le président américain. « Malheureusement, certains gouvernements ne veulent pas de la démocratie », a-t-il dit, une pique apparemment destinée à Pékin.

« Ingérence flagrante », a déploré la Chine, exhortant Washington à « cesser d’intervenir dans les affaires intérieures de Hong Kong ».

Le chef de la diplomatie britannique, Jeremy Hunt, a exprimé son « soutien indéfectible » à ce territoire et à « ses libertés », mais appelé les manifestants à la retenue.

Les méthodes de plus en plus radicales de certains contestataires leur aliènent une partie de la population et des dizaines de milliers de Hongkongais sont descendus dimanche dans la rue pour soutenir la police.

Chris Cheung, cadre dans une maison de courtage, a déclaré à l’AFP que l’assaut du Parlement n’était « ni sage ni nécessaire ».

Devant le LegCo, Blue Wong, qui s’est portée volontaire pour le nettoyage, s’est dit « en colère contre le gouvernement pour avoir poussé les jeunes générations dans de tels retranchements ».

« Je ne vais pas critiquer ou juger les jeunes pour ce qu’ils ont fait », a-t-elle dit. « Même si leurs actions sont violentes, leurs coeurs sont doux. Ils luttent pour un Hong Kong meilleur. »