Le Canada soutient qu’il rapatriera ses ordures des Philippines d’ici juillet

Au moins 103 conteneurs d’ordures ménagères, dont des bouteilles et des sacs en plastique, des journaux et des couches, ont été expédiés du Canada aux Philippines de 2013 à 2014.
Photo: Aaron Favila Associated Press Au moins 103 conteneurs d’ordures ménagères, dont des bouteilles et des sacs en plastique, des journaux et des couches, ont été expédiés du Canada aux Philippines de 2013 à 2014.

La ministre fédérale de l’Environnement soutient que les déchets canadiens qui pourrissent aux Philippines depuis près de six ans seront de retour en sol canadien avant la fin du mois de juin.

Au moins 103 conteneurs d’ordures ménagères, dont des bouteilles et des sacs en plastique, des journaux et des couches, ont été expédiés du Canada aux Philippines de 2013 à 2014; ces conteneurs étaient faussement étiquetés comme des plastiques à recycler. La plupart des conteneurs restent dans deux ports de Manille et de Subic, ce qui a provoqué des manifestations de militants écologistes.

Catherine McKenna a indiqué mercredi qu’Ottawa avait octroyé un contrat à une entreprise de transport, Bolloré Logistics Canada, qui devrait rapatrier 69 conteneurs remplis d’ordures ménagères et de déchets électroniques. Ces 69 conteneurs sont ce qui reste des 103 conteneurs expédiés par une entreprise canadienne aux Philippines en 2013 et 2014: les 34 autres conteneurs ont déjà été éliminés aux Philippines, malgré les objections de responsables locaux et de groupes écologistes.

La ministre McKenna précise qu’avant de pouvoir être réexpédiés, les déchets doivent être « traités avec soin » afin de répondre aux exigences canadiennes en matière de santé et sécurité. Elle prévoit que tous les conteneurs seront rapatriés au Canada d’ici la fin du mois de juin, puis correctement éliminés avant la fin de l’été. La ministre n’a pas indiqué quel sera le coût de toute cette opération.

« Le Canada accorde une grande importance à la relation profonde et de longue date qu’il entretient avec les Philippines, et il a collaboré étroitement avec les autorités philippines afin de trouver une solution mutuellement acceptable », a indiqué Mme McKenna dans un communiqué.

Cette annonce intervient quelques heures après que le président philippin, Rodrigo Duterte, a ordonné à son gouvernement de trouver une entreprise qui récupérerait les déchets et les laisserait ensuite en eaux canadiennes. Le porte-parole de la présidence, Salvador Panelo, a tenu une conférence de presse pour annoncer que le président Duterte avait ordonné à des responsables de rechercher une société de transport maritime privée chargée de transporter les déchets jusqu’en territoire canadien. Les Philippines devaient assumer le coût de l’expédition de déchets, a déclaré M. Panelo.

« Si le Canada n’accepte pas ses déchets, nous les laisserons dans ses eaux territoriales ou à une distance de 12 milles nautiques des rivages, a déclaré M. Panelo. La position intransigeante du président en est une de principe: les Philippines, en tant que pays souverain indépendant, ne doivent pas être traitées comme des ordures par d’autres pays. »

M. Panelo a expliqué que le président Duterte était mécontent « du retard démesuré du Canada dans le rapatriement de ses conteneurs d’ordures ».

« De toute évidence, le Canada ne prend pas au sérieux cette question ni notre pays, a-t-il dit. Les Philippins sont profondément insultés par le fait que le Canada considère ce pays comme un dépotoir. »

Un autre irritant Ces ordures ont provoqué un irritant diplomatique entre les deux pays. Les conteneurs étaient arrivés pendant le mandat de l’ancien gouvernement conservateur, qui avait demandé aux responsables des affaires étrangères de négocier un accord avec Manille pour se débarrasser sur place de toutes les ordures, ou alors trouver un autre pays asiatique disposé à les prendre. Mais les Philippines ont refusé de s’en débarrasser et aucun autre pays n’a accepté d’accueillir les déchets.

Le premier ministre Justin Trudeau a été interrogé à ce sujet lors de visites à Manille en 2015 et 2017. Il a soutenu d’abord qu’il ne pouvait rien y faire car il s’agissait d’une transaction commerciale privée, puis il a affirmé que le Canada modifiait la loi pour empêcher de telles expéditions et qu’il était théoriquement possible que le Canada récupère ses déchets.

Malgré tout, Ottawa a tenté de convaincre Manille de se débarrasser de ces déchets là-bas, en dépit d’une ordonnance du tribunal philippin rendue en 2016. L’automne dernier, un groupe de travail composé de représentants des deux pays avait été mis sur pied pour tenter de résoudre le litige — le principal enjeu étant de savoir qui en assumerait les coûts.

En avril, le président Duterte a soulevé à nouveau la question, menaçant de « déclarer la guerre » au Canada et annonçant qu’il renverrait les déchets si rien n’était fait avant le 15 mai — mercredi dernier. Le Canada a alors accepté de payer la note et a commencé à chercher une entreprise pour rapatrier les conteneurs à Vancouver. Mais la date limite du 15 mai n’a pas été respectée et les Philippines ont rappelé leur ambassadeur et leurs consuls du Canada la semaine dernière.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, s’est entretenue vendredi dernier au téléphone avec son homologue philippin, Teodoro Locsin. Le Canada assumera le coût de l’expédition, mais Ottawa pourrait bien tenter de poursuivre l’entreprise canadienne qui avait expédié les conteneurs — une entreprise qui a cessé ses activités depuis.

Cette affaire s’ajoute à un autre irritant dans les relations des Philippines avec le Canada sous l’administration Duterte. L’année dernière, le président a ordonné l’annulation d’un contrat de plusieurs millions de dollars visant l’achat au Canada de 16 hélicoptères, lorsqu’Ottawa a décidé de revoir l’accord, craignant que l’armée philippine n’utilise ces appareils pour mater l’opposition.
 

Les Philippines, en tant que nation souveraine indépendante, ne doivent pas être traitées comme des ordures par d’autres nations étrangères.