Inde: les plus grandes élections jamais organisées s’ouvrent jeudi

Mercredi, des agents des élections indiennes préparaient du matériel à Noida, tout près de New Delhi.
Photo: Money Sharma Agence France-Presse Mercredi, des agents des élections indiennes préparaient du matériel à Noida, tout près de New Delhi.

Avec 900 millions d’électeurs appelés aux urnes, soit près d’un être humain sur huit, les législatives indiennes qui s’ouvrent jeudi sont les plus grandes élections jamais organisées. Des montagnes enneigées de l’Himalaya aux côtes tropicales, 3000 kilomètres plus au sud, l’organisation de ce scrutin aux dimensions gigantesques représente un défi logistique considérable.

Tous les Indiens âgés de 18 ans ou plus au 1er janvier 2019 ont le droit de voter, ce qui représente près de 900 millions de personnes sur les 1,3 milliard d’habitants du pays, d’après la commission électorale. Quelque 84 millions de jeunes électeurs ont été ajoutés au registre électoral depuis les précédentes législatives en 2014 et pourront donc voter pour la première fois à un scrutin national. Un peu moins de la moitié des électeurs sont des femmes et 300 millions sont analphabètes. Environ 39 000 électeurs sont enregistrés comme transgenres. Depuis 2010, les Indiens résidant à l’étranger ont aussi le droit de voter.

Près de 2300 partis politiques sont enregistrés en Inde, mais seuls 7 sont reconnus au niveau national, et 59 à l’échelle des États. Concernant les députés, 543 sièges sont pourvus au scrutin uninominal majoritaire à un tour. Les deux députés restants, représentant la communauté anglo-indienne, sont directement nommés par le président indien sur proposition du gouvernement. Le Bharatiya Janata Party (BJP) du premier ministre Narendra Modi et le Parti du Congrès de Rahul Gandhi sont les deux grands partis nationaux. Mais des formations plus petites peuvent jouer un rôle crucial en cas de formation d’une coalition parlementaire pour atteindre la barre de la majorité absolue, établie à 273 sièges.

Près de 10 millions d’officiels seront mobilisés pour assurer le déroulement des élections, sous la supervision de la Commission électorale, dont le siège est à New Delhi. Cet organe indépendant a des pouvoirs extrêmement étendus en période électorale.

L’élection se déroule sur près de six semaines, les régions votant à tour de rôle pour des raisons logistiques. Cette année, le scrutin est découpé en sept phases différentes, dont la dernière aura lieu le 19 mai. Il est stipulé dans le code électoral indien qu’aucun électeur ne doit avoir à parcourir plus de deux kilomètres pour voter. Cette règle entraîne parfois des scènes insolites. Dans l’État d’Arunachal Pradesh (nord-est), une vingtaine de responsables électoraux et de policiers doivent parcourir à pied six kilomètres à travers la jungle pour installer un bureau de vote… pour un seul électeur.

Rahul Gandhi, l’héritier

Nouveau porte-flambeau de la célèbre dynastie politique des Nehru-Gandhi, dont le destin glorieux et tragique se mêle à celui de l’Inde, Rahul Gandhi espère écrire une nouvelle page de l’Histoire en ramenant au pouvoir le vieux Parti du Congrès. Fils, petit-fils et arrière-petit-fils de premiers ministres indiens, l’héritier de 48 ans affronte la redoutable machine politique des nationalistes hindous du premier ministre sortant, Narendra Modi. Celui qui était perçu comme un dilettante a mis longtemps à éclore. Après un patient apprentissage dans l’ombre de sa mère Sonia, il a fini par prendre la direction du Congrès, fin 2017, et s’est jeté corps et âme dans l’arène politique indienne. Les temps où il comparait le pouvoir à un « poison » semblent loin désormais.

Né et élevé en vue de gouverner, Rahul Gandhi a donné bien du fil à retordre ces derniers mois aux nationalistes hindous du BJP, qui avaient infligé au Congrès une série d’humiliantes défaites. Il les a d’abord empêchés de prendre le contrôle du Karnataka, un grand État du sud où ils étaient pourtant arrivés en tête à une élection régionale. Il leur a également ravi les régions du Rajasthan, du Madhya Pradesh et du Chhattisgarh, trois États-clés du nord hindiphone où le BJP avait fait le plein de voix aux législatives de 2014. Pendant plus d’un an, il a entretenu une virulente polémique sur l’achat de 36 avions Rafale à la France en septembre 2016. Sa formation accusait notamment le premier ministre Modi d’avoir privilégié le conglomérat privé d’un magnat indien, dont il est considéré comme proche, au détriment d’une entreprise publique, en tant que partenaire du constructeur français Dassault. Si cette controverse n’a pas eu de suites judiciaires, elle a toutefois contribué à brouiller l’image du chef du gouvernement, présenté comme l’allié des riches et des puissants. On ignore encore si cette stratégie s’avérera électoralement payante, dans un scrutin où les votes sont souvent déterminés par des enjeux locaux et communautaires.

En matière d’attaques frontales, le BJP n’est pas en reste. Le parti au pouvoir se plaît à pourfendre le « prince » Gandhi, issu d’une des plus grandes familles du pays et éduqué dans une bulle dorée, par opposition aux origines populaires de Narendra Modi. Ses détracteurs lui ont même collé le surnom péjoratif de « pappu », un terme familier désignant un idiot.