Un Canadien parmi les missionnaires enlevés par une bande criminelle à Haïti

Le gang appelé a détourné plusieurs véhicules des axes routiers qu’ils contrôlent, enlevant des citoyens américains et haïtiens.
Photo: Joseph Odelyn Associated Press Le gang appelé a détourné plusieurs véhicules des axes routiers qu’ils contrôlent, enlevant des citoyens américains et haïtiens.

L’organisme américain Christian Aid Ministries confirme qu’un Canadien figure parmi les 17 missionnaires enlevés samedi par une bande criminelle à Haïti.

Selon l’organisation, au moins cinq enfants feraient aussi partie du groupe de victimes kidnappées, qui compterait une majorité d’Américains. Ces missionnaires ont été pris au piège pendant un déplacement pour visiter un orphelinat.

Les policiers haïtiens ont fait savoir dimanche qu’une bande criminelle appelée « 400 Mawozo » serait responsable de l’enlèvement. Ils ont également souligné qu’un enfant de deux ans ferait partie des otages.

Ces mêmes « 400 Mawozo », que l’on pourrait traduire par « hommes rustres », auraient kidnappé cinq prêtres et deux religieuses plus tôt cette année.

Maintenant, ils s’en sont pris à un organisme américain établi à Ganthier, une commune à l’est de Port-au-Prince.

La bande criminelle contrôlerait les activités illicites dans la région de Croix-des-Bouquets. Ils y commettent toutes sortes d’actes criminels, dont des enlèvements, des vols de voitures et de l’extorsion contre des commerçants, selon les forces de l’ordre.

C’est un enregistrement d’une minute annonçant l’enlèvement du groupe de missionnaires qui a sonné l’alerte lorsqu’il a été envoyé à diverses organisations religieuses, invitant leurs fidèles à la prière pour leurs amis.

« Ceci est une alerte. Priez pour que les membres des gangs impliqués se repentissent », annonce notamment le message d’un groupe chrétien de l’État américain de l’Ohio, Christian Aid Ministries. Le directeur des opérations de la mission en Haïti et un autre homme ont pu échapper à l’enlèvement puisqu’ils n’étaient pas avec le groupe.

Par ailleurs, le directeur de l’organisation serait en communication avec l’ambassade américaine. Un porte-parole du gouvernement américain a reconnu qu’ils étaient au courant des informations au sujet d’un tel enlèvement en Haïti.

« La sécurité et le bien-être de nos ressortissants à l’étranger sont de grandes priorités pour le Département d’État des États-Unis », a affirmé le porte-parole, refusant toutefois de commenter davantage le sujet.

Criminalité en hausse

Haïti observe à nouveau une recrudescence d’enlèvements par des groupes organisés. Le phénomène avait diminué après l’assassinat du président Jovenel Moïse à sa résidence le 7 juillet dernier ainsi que dans les jours qui avaient suivi le tremblement de terre de magnitude 7,2 qui a fait plus de 2200 morts dans le sud-ouest du pays en août dernier.

Les ravisseurs exigent des rançons variant entre quelques centaines de dollars et un million de dollars, selon les autorités.

Le mois dernier, un diacre a été tué devant une église de la capitale haïtienne et son épouse a été enlevée. Elle figure parmi les victimes de dizaines d’enlèvements dans les derniers mois dans ce pays des Caraïbes.

Au moins 328 personnes ont ainsi été prises en otage durant les huit premiers mois de 2021, selon les données de la police nationale haïtienne en comparaison avec l’enlèvement de 234 personnes en 2020, indique un rapport publié le mois dernier par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH).

Des gangs ont été accusés d’avoir enlevé des écoliers, des médecins, des policiers, des passagers d’autobus et d’autres personnes.

« L’instabilité politique, la montée du nombre de gangs de plus en plus violents et les conditions socio-économiques qui se détériorent — dont l’insécurité alimentaire et la malnutrition — contribuent à aggraver cette crise humanitaire », indique le rapport du BINUH.

« Des forces policières débordées et sous-financées ne peuvent pas venir à bout seules des problèmes de sécurité en Haïti », précise le document.

Vendredi, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté à l’unanimité pour prolonger le mandat du BINUH jusqu’au 15 juillet 2022.

L’enlèvement des missionnaires américains survient quelques jours à peine après la visite de hauts fonctionnaires américains en Haïti où ils ont promis plus de ressources pour venir en aide à la Police nationale d’Haïti, dont 15 millions de dollars supplémentaires pour lutter contre les groupes violents. Ces derniers seraient responsables du déplacement de milliers d’Haïtiens vers des refuges temporaires où les conditions d’hygiène se détériorent.

Parmi ceux qui ont rencontré le chef de la Police nationale, il y avait la diplomate Uzra Zeya.

« Le démantèlement des gangs violents est primordial pour la stabilité d’Haïti et pour la sécurité du peuple », a-t-elle écrit sur Twitter.

Une manifestation est prévue lundi pour dénoncer le manque de sécurité dans le pays.

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