Cuba secouée par des manifestations inédites

Ces manifestations sont survenues le
jour où Cuba a enregistré un nouveau
record quotidien de contaminations et
de morts dues au coronavirus, avec
6923 cas recensés (pour 238 491 cas au
total) et 47 morts en 24 heures.
Photo: Adalberto Roque Agence France-Presse Ces manifestations sont survenues le jour où Cuba a enregistré un nouveau record quotidien de contaminations et de morts dues au coronavirus, avec 6923 cas recensés (pour 238 491 cas au total) et 47 morts en 24 heures.

Excédés par la crise économique, des milliers de Cubains ont manifesté dimanche à travers le pays, aux cris de « Liberté ! » et « À bas la dictature ! », le président Miguel Diaz-Canel appelant de son côté ses partisans à répliquer dans la rue. « L’ordre de combattre a été donné, dans la rue, les révolutionnaires ! » a lancé, dans une allocution télévisée, le président, qui a accusé « la mafia cubano-américaine » d’être à l’origine de ce soulèvement.

« Nous appelons tous les révolutionnaires du pays, tous les communistes, à sortir dans les rues où vont se produire ces provocations, dès maintenant et dans les prochains jours. Et à les affronter de manière décidée, ferme et courageuse », a-t-il ajouté. En fin de journée, plusieurs groupes de partisans étaient réunis en différents endroits de la capitale pour se préparer à défiler, a constaté l’AFP.

Largement diffusées sur les réseaux sociaux, les manifestations antigouvernementales ont commencé de façon spontanée dans la matinée, événement rarissime dans ce pays gouverné par le Parti communiste (PCC, unique), où les seuls rassemblements autorisés sont généralement ceux du parti.

« À bas la dictature ! », « Qu’ils s’en aillent ! », ou encore « Patrie et vie ! » (le titre d’une chanson polémique), criaient notamment plusieurs milliers de manifestants à San Antonio de los Baños, une petite ville de 50 000 habitants à une trentaine de kilomètres de La Havane. « Liberté ! », scandaient quelques centaines d’autres à La Havane en différents rassemblements, où des échauffourées ont eu lieu entre manifestants et forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes. D’autres manifestations ont été signalées etdiffusées en direct, sur Facebook ou Twitter, dans le pays.

Moteur d’un nombre croissant de revendications de la population depuis son arrivée à Cuba, l’Internet mobile était coupé dans une grande partie du pays dimanche après-midi.

Miguel Diaz-Canel s’est déplacé à la mi-journée à San Antonio de los Baños, accompagné de militants du parti qui ont défilé aux cris de « Vive Cuba ! » et « Vive Fidel ! », tandis que, sur son parcours, des habitants de la localité continuaient de protester à voix haute contre la crise économique.

Internet coupé

La pandémie de COVID-19 a plongé Cuba dans une grave crise économique. Chaque jour, les Cubains doivent patienter de longues heures dans les files d’attente pour s’approvisionner en nourriture et ils se heurtent à une pénurie de médicaments, ce qui a généré un fort malaise social. Les difficultés économiques ont poussé les autorités à couper l’électricité plusieurs heures par jour sur une grande partie du territoire.

« La situation énergétique semble avoir échauffé certains esprits ici », a reconnu Miguel Diaz-Canel face aux journalistes, accusant les sanctions américaines — imposées par l’ex-président américain Donald Trump et laissées inchangées par son successeur, Joe Biden — d’être responsables de la crise. « Si vous voulez que le peuple aille mieux, levez d’abord l’embargo » imposé depuis 1962, a-t-il ajouté.

« Il y a une mafia cubano-américaine qui paie très bien sur les réseaux sociaux […] Elle a pris le prétexte de la situation de Cuba et a appelé à des manifestations dans toutes les régions du pays », a-t-il affirmé. Le président a toutefois reconnu que « des gens sont venus manifester leur insatisfaction », parlant de « révolutionnaires désorientés ». Mais « nous sommes beaucoup, et moi le premier, à être prêts à donner la vie pour cette révolution », a-t-il lancé.

#SOSCuba

Ces manifestations sont survenues le jour où Cuba a enregistré un nouveau record quotidien de contaminations et de morts dues au coronavirus, avec 6923 cas recensés (pour 238 491 cas au total) et 47 morts en 24 heures (pour 1537 décès au total).

Sous les mots-clés #SOSCuba ou #SOSMatanzas (du nom de la province la plus touchée), les appels au secours se multiplient sur les réseaux sociaux, tout comme les appels au gouvernement pour qu’il facilite l’envoi de dons de l’étranger. Samedi, un groupe d’opposants a demandé l’instauration d’un « couloir humanitaire », une initiative que le gouvernement a écartée, dénonçant « une campagne » qui cherche à « présenter une image de chaos total dans le pays qui ne correspond pas à la situation actuelle ».

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