Pérou: l’ex-président qui s’est suicidé rejette les accusations de corruption dans une lettre d’adieu

La lettre d'adieu d'Alan Garcia a été lue par une de ses filles lors ses obsèques à Lima. Le gouvernement avait décrété trois jours de deuil national, du 17 au 19 avril, et ordonné la mise en berne du drapeau national sur les institutions publiques.
Photo: cris bouroncle Agence France-Presse La lettre d'adieu d'Alan Garcia a été lue par une de ses filles lors ses obsèques à Lima. Le gouvernement avait décrété trois jours de deuil national, du 17 au 19 avril, et ordonné la mise en berne du drapeau national sur les institutions publiques.

« Ni pot-de-vin, ni enrichissement » personnel : l’ex-président péruvien Alan Garcia, qui s’est suicidé mercredi, rejette dans une lettre d’adieu rendue publique vendredi les accusations de corruption pesant contre lui. « J’en ai vu d’autres défiler menottés, témoins de leur misérable existence, mais Alan Garcia n’aura pas à subir ces injustices et ce cirque », a écrit l’ancien chef de l’État dans une missive d’adieu destinée à ses six enfants et lue par une de ses filles lors ses obsèques à Lima.

« Il n’y avait pas et il n’y aura pas de compte [illicite], de pot-de-vin, d’enrichissement. L’histoire a plus de valeur qu’une quelconque richesse matérielle », poursuit l’ex-président qui s’est suicidé mercredi au moment où la police venait l’arrêter à son domicile dans le cadre d’une enquête pour corruption. « Ayant accompli mon devoir en politique et dans les actions en faveur du peuple, ayant atteint des objectifs que d’autres peuples ou gouvernements n’ont pas atteints, je n’ai pas à accepter les humiliations », écrit M. Garcia, qui fut président du Pérou de 1985 à 1990 puis de 2006 à 2011.

« Je laisse à mes enfants la dignité de mes décisions, à mes compagnons un signe de fierté et mon cadavre comme signe de mon mépris envers mes adversaires, parce que j’ai déjà accompli la mission que je m’étais donnée », ajoute-t-il.

M. Garcia, 69 ans, s’est donné la mort alors que la police venait l’arrêter pour le placer en détention provisoire pour dix jours à la demande de la justice dans une affaire de blanchiment d’argent présumé liée au scandale Odebrecht.

Outre Alan Garcia, trois autres anciens présidents péruviens — Alejandro Toledo (2001-2006), Ollanta Humala (2011-2016) et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) — sont dans le collimateur de la justice dans cette affaire.

M. Kuczynski, 80 ans, a été hospitalisé d’urgence mercredi pour un problème de tension. Il se trouvait alors en détention provisoire pour dix jours depuis le 10 avril.

Odebrecht, géant brésilien du bâtiment, a distribué pendant plus d’une décennie un total de 788 millions de dollars dans une dizaine de pays d’Amérique latine pour remporter des contrats, selon le ministère américain de la Justice. L’entreprise a reconnu avoir versé 29 millions de dollars de pots-de-vin au Pérou entre 2005 et 2014.