Un bilan financier à l'aube d'un triste anniversaire - Les organisations humanitaires planifient leurs interventions sur 10 ans

Vision mondiale internationale a amassé 194 millions pour venir en aide à Haïti<br />
Photo: Source Vision mondiale Vision mondiale internationale a amassé 194 millions pour venir en aide à Haïti

Avec 76 % de sa population qui vit avec moins de 2 $ par jour, Haïti est le pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental. Déjà, bien avant que le séisme ne frappe le 12 janvier dernier, le pays était lourdement affecté par une crise alimentaire. Et, outre les problèmes de violence et de criminalité qui sévissent depuis, un autre bémol s'est ajouté au rang des malchances: l'épidémie de choléra. Une bataille de plus pour les Haïtiens et les organisations caritatives qui travaillent à leur redonner espoir. Histoire de parler finances, Le Devoir s'est entretenu avec trois organisations non gouvernementales (ONG) qui appuient Haïti depuis des décennies.

Développement et paix a reçu 20 millions de dollars des Canadiens pour reconstruire Haïti. En 2010, l'organisation a déboursé 5 millions pour ainsi appuyer les projets de 25 partenaires sur le terrain. D'abord par son appui au réseau Caritas en phase d'urgence, une confédération qui renferme 165 organismes internationaux et dont elle est membre, qui a fourni une assistance à près de 2,5 millions d'Haïtiens pendant les quatre premiers mois ayant suivi la catastrophe. Notamment avec la distribution d'eau potable, de tentes, de nourriture et de trousses d'hygiène et par la création de cliniques mobiles.

La majorité des partenaires de Développement et paix ont été affectés par le séisme, raconte Jasmine Fortin, directrice du service de la promotion. Comme ils sont essentiels à la reconstruction d'Haïti et pour faire entendre la voix de ses habitants, Développement et paix a attribué 900 000 $ à la relance des activités d'une dizaine d'organisations de la société civile et de base en Haïti.

En plus d'avoir appuyé le retour des enfants à l'école et contribué à l'intégration d'enfants déplacés, l'organisation leur a apporté un appui psychosocial, financé des cantines scolaires et fourni du matériel didactique. La sécurité alimentaire étant une autre priorité, Développement et paix a aussi distribué des semences à plus de 20 500 familles paysannes.

L'organisation envisage ainsi un programme de reconstruction qui s'étale sur cinq ans. L'enveloppe se divise donc comme suit: 10 millions pour les trois prochaines années, alors qu'on prévoit 5 millions pour absorber les contraintes, mais si, par exemple, l'an prochain le pays était frappé par des ouragans, on devrait considérer une nouvelle intervention.

Oxfam Québec intervient

De son côté, Oxfam Québec, au 31 mars 2011, aura investi 13,5 millions en Haïti, soit l'objectif visé pour les fonds d'urgence, raconte le directeur principal du développement et des relations publiques. Sur les 13,5 millions amassés, 4 millions proviendraient de dons des Québécois.

Au lendemain du séisme, l'organisation québécoise s'était donné pour mandat d'intervenir dans quatre secteurs. L'approvisionnement en eau et l'assainissement (chloration et distribution d'eau — 18 millions de litres distribués à ce jour — construction de douches et de latrines, gestion des déchets dans les camps, etc.), la distribution de trousses de première nécessité (couvertures, casseroles, savons, etc.), l'aide psychosociale et, le dernier mais non le moindre, la sécurité alimentaire et la relance agricole.

«La reconstruction d'Haïti ne sera pas terminée en un an, a lancé M. Verret lors de la conférence de presse tenue à Montréal dans les jours qui ont suivi le 12 janvier. Il faut aussi considérer Haïti avant le séisme», un pays déjà fragilisé. Dès lors, on prévoyait un investissement d'une portée de dix ans.

De concert avec ses filiales internationales (Oxfam États-Unis, Belgique, Espagne et Grande-Bretagne), Oxfam Québec travaille présentement sur un horizon de cinq ans. Pour 2011-2012, on prévoit investir 20 millions seulement avec le volet québécois.

Pour le moyen et long terme, cette fois, l'organisation a projeté trois axes d'intervention. D'abord, comme il est jugé essentiel, l'axe de l'eau et de l'assainissement demeure. «Aussi, on veut renforcer les moyens de subsistance en ajoutant à cela la relance de l'activité économique», précise celui qui, peu avant le séisme, s'était déplacé dans le pays en pleine crise alimentaire pour visiter des agriculteurs et ainsi se rendre compte qu'il fallait absolument encourager l'agriculture familiale pour favoriser leur économie.

Et, enfin, la gouvernance et la décentralisation. «Tout ne se traite pas à Port-au-Prince. Il faut renforcer les pouvoirs locaux et redonner du pouvoir aux régions en s'assurant que les compétences soient là.»

Vision mondiale est là


Vision mondiale oeuvre en Haïti, surtout par le biais de programmes de développement durable, dans des collectivités affectées par une catastrophe autres que Port-au-Prince. Au même titre que les deux organismes susmentionnés, Vision mondiale met en place des interventions d'urgence et de reconstruction en partenariat avec la population locale, les autres ONG et le gouvernement.

En tout, Vision mondiale internationale a amassé 194 millions pour venir en aide à Haïti. Après soustraction de 13 millions pour les frais administratifs, 181 millions seront consacrés aux différents programmes. À ce jour, on confirme avoir dépensé 107 millions.

Plus concrètement, 40,6 millions ont été amassés par le pendant canadien de l'organisation. Ce montant est divisé comme suit: 26,6 millions proviennent des activités de financement Hockey pour Haïti et du téléthon Canada pour Haïti, de quatre allocations du gouvernement fédéral totalisant 10,5 millions (y compris 1,3 million pour des interventions anticholéra), en plus de la contribution de fournitures médicales et de secours d'urgence au montant de 3,5 millions. Des 40,6 millions, 2 039 374 $ sont issus de la générosité des Québécois.

«Nous estimons que notre travail après le séisme durera encore au moins cinq ans», indique Tanis McKnight, coordonnatrice des programmes pour l'organisation, qui admet toutefois qu'il fut impossible de mettre la main sur le détail du budget pour les prochaines années. Mais, à long terme, Vision mondiale travaillera à répondre aux besoins des gens vivant encore dans les camps, de ceux qui retourneront dans leurs quartiers ou encore qui recommenceront leur vie dans de nouvelles communautés.»

Ainsi, 350 448 personnes ont reçu une aide d'urgence pour des fournitures de base (papier hygiénique, savon, dentifrice, draps et couvertures, filets à moustiques, matelas, etc.), 229 763 ménages ont reçu une aide alimentaire au cours des trois premiers mois qui ont suivi le séisme, cinq cliniques fixes et quatre cliniques mobiles ont desservi 11 camps à Port-au-Prince et deux cliniques mobiles ont desservi trois camps à la frontière et même 113 409 bâches et tentes ont été fournies à 7497 familles.

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Collaboratrice du Devoir