Au-delà de l'aide immédiate

Les besoins en soins médicaux, en eau et en nourriture sont toujours aussi criants à Port-au-Prince, et l'acheminement des secours demeure encore laborieux. Parallèlement à leur détermination de répondre aux besoins urgents de la population haïtienne, les ONG, comme Oxfam-Québec, pensent aussi aux défis qui pointent à l'horizon, tels que la sécurité alimentaire et la reconstruction du pays.

Le personnel de Médecins sans frontières (MSF) s'impatiente de ne pouvoir recevoir rapidement le matériel médical dont il a besoin pour sauver la vie de plusieurs blessés graves, alors qu'on a refusé trois fois l'autorisation d'atterrir à un avion-cargo transportant 12 tonnes de médicaments, d'instruments chirurgicaux et deux appareils de dialyse. Cet avion acheminait une partie du matériel qui avait été envoyé à bord d'un appareil plus gros (contenant 40 tonnes) et qui avait dû se poser dimanche matin en République dominicaine parce qu'on lui avait refusé l'accès de l'aéroport de Port-au-Prince.

«Nous avons cinq patients qui sont décédés en raison du manque de matériel médical qui se trouvait à bord de cet avion», a raconté Loris de Filippi, qui coordonne les urgences à l'hôpital Choscal de MSF à Cité Soleil. «Aujourd'hui [hier], nous avions 12 personnes qui nécessitaient de toute urgence une amputation. Nous avons été forcés d'acheter une scie au marché local pour continuer ces interventions.» Rosa Crestani, coordonnatrice médicale au même hôpital, affirme qu'il manque de morphine pour soulager les patients de leurs douleurs. Elle réclame à grands cris des appareils de dialyse pour les personnes que l'on a réussi à extirper des décombres mais qui souffrent du syndrome d'écrasement.

On espère que l'armée américaine tiendra sa promesse faite hier de donner aux organisations humanitaires la priorité d'atterrir à l'aéroport de Port-au-Prince. Ces dernières devraient aussi pouvoir utiliser dans les prochains jours deux autres pistes aéroportuaires, dont l'une dans la ville de Jacmel, située à 30 km de Port-au-Prince.

En conférence de presse hier, les agences membres de la Coalition humanitaire, telles qu'Oxfam-Québec, Care Canada et Aide à l'enfance, affirmaient avoir recueilli 3,5 millions de dollars. Le directeur général par intérim d'Oxfam-Québec, Michel Verret, se dit extrêmement préoccupé par la crise alimentaire, qui sévissait déjà avant le tremblement de terre et qui risque de s'aggraver en raison du séisme. «Il faut s'assurer que les paysans commencent à semer d'ici quelques semaines afin de pouvoir récolter en juillet», dit-il avant de marteler que «la reconstruction d'Haïti doit se faire avec les Haïtiens, avec la société civile du pays et la diaspora».

*****

Avec Associated Press