«Miracle» en Guyane - Deux randonneurs survivent en mangeant des mygales

Cayenne — L'épopée de deux randonneurs français, retrouvés après sept semaines d'errance dans la forêt amazonienne où ils ont survécu en mangeant tortues et mygales, relève du «miracle», affirmaient hier les sauveteurs qui les ont recueillis.

L'un d'entre eux, a raconté son frère, ressent encore les troubles provoqués par le venin d'une mygale qu'il n'avait pas suffisamment fait cuire.

Loïc Pillois et Guilhem Nayral, dont on était sans nouvelles depuis le 14 février, étaient toujours hier en observation à l'hôpital de Cayenne, principale ville du territoire français de Guyane, en Amérique du Sud.

Ayant constaté qu'ils étaient perdus, les deux randonneurs ont construit un abri de branchages, selon leurs témoignages rapportés à l'AFP par le frère de Guilhem Nayral, Gilles. «Ils y sont restés trois semaines», allumant des feux pour être repérés, ont-il expliqué.

«Ils entendaient des hélicoptères qui passaient au nord mais qui repartaient sans les voir. Au bout de ces trois semaines, puisqu'on ne les trouvait pas, ils ont repris leur marche.

«Ils nous ont dit qu'ils avaient mangé des graines de palmier, des insectes, des mygales et deux tortues. Mon frère m'a dit: "J'avais tellement faim que je me suis aussi attaqué à la carapace de la tortue et j'ai même bouffé ses griffes."

«Je l'ai à peine reconnu. Mon frère mesure entre 1 m 82 et 1 m 85. Quand il est parti de la métropole, il faisait autour de 75 kilos. Là, il doit être autour de 55 kilos», a poursuivi Gilles Nayral.

«Même sa voix a changé, car il a souffert d'une paresthésie [trouble de la sensation] de la langue à cause du venin d'une mygale qu'il a mangée sans l'avoir suffisamment cuite. Les médecins ont pris sa tension, il était à 7/9. Deux ou trois jours de plus en forêt et il mourait.»

Émilie Perrier, compagne de Guilhem Nayral, a indiqué que tous deux «ont des parasites, des vers-macaques [qui s'insèrent sous la peau], ils ont les jambes mangées par les poux d'agouti [gros rongeurs].»

Guilhem Nayral, affaibli et moralement épuisé, pourrait rester «plusieurs jours» hospitalisé, selon les médecins. En revanche, l'état de Loïc Pillois, réapparu le premier, est jugé «satisfaisant». Il était arrivé jeudi matin à pied à Saül, un petit village isolé, et avait été repéré par deux habitants.

Il avait décidé mercredi de continuer seul, car son compagnon de randonnée ne pouvait plus marcher. C'est sur ses indications qu'un hélicoptère de gendarmerie a fini par repérer Guilhem Nayral quelques heures plus tard, «sur un flanc de montagne recouverte par la forêt à environ sept kilomètres de Saül, soit six heures de marche».

«Avoir retrouvé Guilhem Nayral à cet endroit tient du miracle. Cette forêt est un brocoli», a expliqué à l'AFP Thierry Le Guen, médecin de l'hôpital de Cayenne, soulignant que la canopée culminait à 40 mètres de hauteur.

Partis des abords d'une rivière à une centaine de kilomètres de marche à l'est de Saül, les deux randonneurs n'avaient pas de GPS, pensant se diriger à la carte et à la boussole.

Les autorités de Guyane, qui avaient fait état de 50 survols de la forêt en hélicoptère, avaient mis fin le 26 mars à trois semaines de recherches. Gilles Nayral et Émilie Perrier étaient venus en Guyane plaider, en vain, pour que les recherches soient relancées. Coïncidence, tous deux venaient d'arriver jeudi à Saül quand Loïc Pillois est sorti de la forêt.