Économie et développement - Une certaine mondialisation pourrait favoriser le développement des pays du Sud

Une raffinerie de sucre au Mexique. Certaines subventions des États-Unis et de l’Europe à leur industrie agricole font énormément de tort aux cultivateurs du Sud.
Photo: Agence Reuters Une raffinerie de sucre au Mexique. Certaines subventions des États-Unis et de l’Europe à leur industrie agricole font énormément de tort aux cultivateurs du Sud.

La mondialisation et le développement vont-ils de pair? Les échanges économiques améliorent le niveau de vie, disent certains. Le sort des populations du Sud serait toutefois meilleur si les pays du Nord cessaient de subventionner leur industrie agricole, ajoutent-ils. D'autres plaident pour une autre mondialisation, qui se ferait dans le respect des droits des travailleurs et de l'environnement, et qui s'accompagnerait de politiques de développement.

La mondialisation favorise le développement, soutient André Martens, professeur à l'Université de Montréal et spécialiste de l'économie du développement. Elle «encourage le commerce. Le commerce fait monter les revenus. Faire monter les revenus, ça engendre du bien-être», affirme-t-il.

Selon lui, les Américains et les Européens faussent toutefois le jeu, par exemple en subventionnant leurs agriculteurs. «Ce n'est pas ça, la mondialisation. La vraie mondialisation, ce sont des échanges où n'interviennent pas des États pour des raisons stratégiques ou pour protéger leurs intérêts électoraux», dit l'économiste. Il évoque notamment le cas des États-Unis, qui protègent leur industrie du coton au détriment de producteurs africains.

Le type de mondialisation qui a cours actuellement est dommageable pour les pays en développement, ou à tout le moins pour certains d'entre eux, estime ainsi M. Martens. «La libéralisation du commerce apporterait beaucoup plus aux pays en développement que les programmes d'aide publique au développement», soutient-il en outre, à la lumière d'études d'organismes internationaux.

Une compétition « déloyale et subventionnée »

À l'instar d'André Martens, Robert David, directeur général de l'organisation non gouvernementale de solidarité et de développement international Alternatives, déplore certaines subventions des États-Unis et de l'Europe à leur industrie agricole. Ces subventions, conjuguées à des barrières tarifaires ou non tarifaires, rendent d'abord parfois difficile aux cultivateurs du Sud l'accès aux marchés nord-américain et européen. Elles permettent en outre à des producteurs agricoles du Nord d'écouler leurs marchandises à rabais dans des pays en développement.

«Les agriculteurs des pays du Sud perdent énormément de revenus à cause de cette concurrence déloyale et subventionnée [...]. Ils ne peuvent même pas vendre leurs propres produits dans leur propre marché», affirme-t-il.

Pour lui, la mondialisation actuelle n'a pas donné de résultats probants en matière de développement. «Il y a en effet des populations qui ont amélioré leur sort, mais pour la majorité, ça n'a pas été le cas, en dehors de la Chine du moins, puis même là, il y a encore 200 millions de pauvres [dans ce pays]», dit-il.

Pour une autre mondialisation

Alternatives n'est pas contre la mondialisation, mais souhaite une mondialisation différente, dans le cadre de laquelle les droits des travailleurs seraient respectés et l'environnement, protégé, et qui s'accompagnerait de réelles politiques de développement améliorant le sort de la grande majorité de la population, mentionne-t-il.

«On le voit en ce moment dans plusieurs pays en Amérique latine, lorsque les gouvernements commencent à consacrer une grande partie de leurs ressources aux services qu'ils offrent à la population en éducation, en santé [et à d'autres mesures profitables aux travailleurs et aux paysans], les conditions de vie et de travail s'améliorent énormément», dit-il. Selon lui, les pays se développent alors beaucoup mieux et de façon plus égale.

Comme exemple de développement inégal, il cite le Brésil où les écarts de niveau de vie entre les riches et les pauvres sont importants. «Le Brésil est un pays riche, il est juste mal développé», affirme le directeur général

d'Alternatives.

Clauses sociales et protectionnisme

L'organisation est favorable à l'inclusion de clauses sociales dans les accords de libre-échange. «Ça ne veut pas dire qu'on exige que les conditions de salaire et de travail soient identiques à celles des pays développés, évidemment», mentionne M. David. Alternatives croit toutefois que des normes minimales devraient être respectées, notamment en matière de salaire, de santé et sécurité au travail et de droit à la syndicalisation.

Dans l'environnement économique actuel, la compagnie capable de vendre au plus bas prix l'emporte, fait valoir le directeur général. Or, offrir de meilleures conditions de travail peut augmenter les coûts d'une entreprise. D'où la nécessité de normes minimales à respecter, dit-il.

S'il ne rejette pas cette idée du revers de la main, André Martens croit qu'il faut l'étudier cas par cas. «J'ai un peu peur que, dans beaucoup de cas, ce soit une nouvelle barrière non tarifaire.»

Il ne faudrait pas selon lui que des normes sociales trop élevées découragent les investissements étrangers et entraînent des pertes d'emploi dans les pays du Sud. Il fait valoir dans la même veine que des adolescents qui travaillent dans des ateliers en Inde seraient peut-être obligés de se prostituer autrement. «Avant de se lancer dans des campagnes moralisatrices, il faut voir la réalité», affirme-t-il.

D'après lui, le débat sur ces questions est salutaire. «Les altermondialistes ont fait progresser la discussion, ça ne fait pas l'ombre d'un doute. Ils ont obligé les gens qui sont néolibéraux à se réinterroger sur certaines options.»

M. Martens estime par ailleurs que les pays sont en droit de ne pas opter pour un libre-échange absolu et qu'un certain protectionnisme est parfois de mise. «Le cas classique, c'est celui des industries naissantes. On protège une industrie jusqu'au moment où elle a suffisamment de maturité pour voler de ses propres ailes», dit-il.

Transferts de revenus

Selon l'économiste, un autre aspect de la mondialisation est le phénomène des ressortissants de pays du Sud qui s'établissent et travaillent en Europe et en Amérique du Nord et qui font parvenir une partie de leurs revenus d'emploi à leur famille dans leur pays d'origine.

«Les études ont montré — j'ai vu certains chiffres récemment — que le montant de ces transferts est supérieur à la somme de l'aide publique au développement et des financements privés que ces pays du Sud vont chercher auprès des banques», mentionne-t-il.

Si les pays du Nord adoptent des clauses protectionnistes qui empêchent l'immigration de main-d'oeuvre, «comme le fait partiellement l'Union européenne, on risque de tarir énormément une somme de financement très importante, à la fois pour les dépenses de consommation et pour des projets d'investissement dans les pays dont ces travailleurs sont originaires», souligne-t-il.

Collaboratrice du Devoir