Des Nations unies à l'ACDI - Ça ne peut pas perdurer !

Gérard Verna
Photo: Gérard Verna

Les paramètres et le «modus operandi» qui guident actuellement le déploiement de la coopération internationale doivent être entièrement revus et corrigés, estime Gérard Verna, professeur titulaire au département de management de l'université Laval. Il favorise une approche ciblée plutôt qu'un saupoudrage de fonds de tous ordres. Une refondation de la coopération internationale s'imposerait-elle? Échange avec le fondateur de Carrefour Amérique latine, Missions commerciales étudiantes et Managers sans frontières.

Le principal défi qui se pose aujourd'hui, affirme Gérard Verna, «c'est de réorganiser notre planète pour qu'on soit en mesure de vivre ensemble harmonieusement, à moins que l'on veuille prendre le risque que tous les affamés du Tiers-Monde débarquent chez nous de force!».

Les fléaux qui assaillent notre planète sont nombreux. Il y a notamment la famine, le sida et bien sûr la soif. Une dépêche de l'agence de presse Reuters, reprise dans Le Devoir le 23 janvier dernier, citait des chiffres des Nations unies selon lesquels un milliard de personnes, soit un sixième de l'humanité, n'ont pas accès à l'eau potable, et qu'une personne sur trois vit dans une région du monde où les ressources en eau sont limitées.

La fin des haricots

Le problème de l'accès à l'eau est considérable en ce qu'il sera générateur de nombreux — voire de tous — les conflits à venir. D'autant, ajoute le professeur, que ce problème est déjà au coeur des conflits au Moyen-Orient. «Israël, par exemple, s'est approprié de toutes les ressources en eau de la région. Et à partir du moment où l'on s'aperçoit qu'il n'y a plus une goutte d'eau qui sort du robinet, on s'énerve.»

De quelle manière la coopération internationale peut-elle être utile dans la redistribution de cette ressource? «L'eau ne se redistribue pas; il y en a ou il n'y en a pas. En Afrique, on le sait, il n'y en a pas et les lacs disparaissent. Et c'est avec beaucoup de recul qu'il faut envisager des solutions aux problèmes d'accès à l'eau.»

Il nous faut également, souligne le professeur Verna, reconnaître à titre d'Occidentaux notre culpabilité lorsque, par exemple, «nous décidons de manger des haricots fins, et ce hors saison, en provenance du Burkina Faso, qui n'a déjà pas d'eau. Savez-vous combien de litres d'eau sont nécessaires pour produire un kilo de haricots fins?» Non. «De 10 à 20 litres!» Donc, en répondant à nos caprices alimentaires, on vide la nappe phréatique des autres.

Une certaine faillite du système

Tristement, peu de projets en coopération internationale ont su trouver des solutions durables à un problème, prétend Gérard Verna. Ainsi, la corruption endémique dans les pays intéressés, des décisions «biaisées» et entachées de considérations pécuniaires ainsi que des missions qui n'ont pas été suffisamment intégrées dans la culture locale sont autant de constatations qui ne seraient pas étrangères à une certaine faillite du système.

Et ce n'est pas tout. M. Verna pointe du doigt «l'omniprésence de nos décideurs à courte vue» qui refusent de prendre acte de la situation «alors que les solutions existent. Elles sont documentées, alors qu'il y a des gens de bonne volonté qui sont prêts à foncer. Malheureusement, ce sont des politiciens incompétents qui gouvernent. Nous gaspillons des sommes folles, qui ne mènent à rien, pour des bêtises, bien souvent pour faire plaisir et faire du clientélisme, alors que nous avons besoin d'une action concertée».

Gaspillage? «Si l'on consacrait toutes les ressources de l'Agence canadienne de développement international au seul problème de l'eau, par exemple, on serait efficace. Le Canada pourrait se donner pour mission d'être le gardien de l'eau. Or, tous ces efforts dispersés, c'est de l'argent perdu. C'est une insulte à la misère du monde.»

Quant au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), «c'est un organisme généraliste, comme l'ACDI, qui ne sert strictement à rien et qui coûte une fortune. Je n'ai jamais vu le PNUD produire quelque chose de concret». Il faut, à son avis, miser sur des organismes spécialisés, et supprimer tous les organismes généralistes «qui sont des repères de fonctionnaires internationaux surpayés, honteusement et scandaleusement surpayés, répète-t-il, et qui ne débouchent sur rien».

Une logique mathématique s'imposerait: «Au lieu de financer, par exemple, chaque année 50 projets, finançons pendant seulement une année 50 projets. À la suite de cela, évaluons le plus prometteur d'entre eux, puis mettons-y tous nos efforts, notre argent et le temps nécessaire en vue de régler un problème. Ce serait déjà ça de gagné.»

La violence du sida

Il est difficile de converser avec un professeur qui a foulé le sol de l'Afrique pendant plus de dix ans sans aborder la question du sida, qui est, selon lui, souvent la conséquence de certains comportements qu'il importe de modifier. «Actuellement, dans certaines régions d'Afrique centrale et du Sud, il se passe des choses horribles: certaines personnes croient que, lorsqu'on est malade du sida, il suffit de déflorer une vierge pour en être guéri, d'où les viols...». Que peut faire une ONG devant une telle démagogie? «De l'éducation, de l'éducation, de l'éducation...»

Une dernière chose à noter: «On sait que, dans un an, il y aura une famine au Niger. C'est maintenant qu'il faut intervenir», prévient Gérard Verna.

Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Claude L'Heureux - Abonné 31 janvier 2007 15 h 33

    À bas l'ACDI!

    L'ACDI a aidé une société forestière zaîroise du temps de Mobutu (le Congo maintenant). C'était sa façon d'aider le bon peuple! Comment nous coûte cette société dont le premier mandat semble de nous faire voir comme le "plus meilleur pays au monde"?

  • Philippe Champagne - Inscrit 3 février 2007 23 h 09

    Burkina Faso

    Je comprends les doléances de ce formateur de gestionnaires qu'est monsieur Gérard Verna, mais sous prétexte que ça prend 15 litres d'eau pour produire un kilogramme de haricots blancs, va-t-on contribuer ainsi à réduire leur pauvreté en coupant toute importation de leurs fèves blanches?

    Les organismes internationaux sont peut-être gérés tout croche, mais au moins ils font un effort de concertation et d'éducation. On ne peut en dire autant du petit professeur de l'université Laval en mal de se faire connaître sur la fin de sa riche vie.

    Qu'il demande plutôt au monarque de ce pays de se dépouiller de sa cadillac dorée pour faire creuser des puits artésiens en faveur de son peuple assoiffé.

    C'est toujours la même chose avec ces pseudo-intellectuels du monde des affaires, ils voient rarement au bout de leur nez.