Le CECI en Haïti - Rendre possible un développement durable

Des femmes lavent du linge à un point d’eau dans un parc du centre-ville de Port-au-Prince, la capitale haïtienne. Les problèmes d’évacuation d’eaux usées et d’adduction d’eau dans les villes et les villages sont parmi les plus importants
Photo: Agence Reuters Des femmes lavent du linge à un point d’eau dans un parc du centre-ville de Port-au-Prince, la capitale haïtienne. Les problèmes d’évacuation d’eaux usées et d’adduction d’eau dans les villes et les villages sont parmi les plus importants

Les spectres qui hantent Haïti sont légion. Ils se nomment pauvreté, malnutrition, inflation, problèmes environnementaux, instabilité politique, violence, corruption, insécurité, injustice et sont dotés d'une parenté non moins nombreuse. L'aide internationale ne pouvait donc ignorer ce pays. Cependant, dans un contexte aussi trouble, peut-elle encore se déployer et atteindre ses objectifs? Le volumineux programme mené par le Centre d'étude et de coopération internationale (CECI) démontre sa persistance et présente des résultats concluants. Ses modalités ont toutefois dû changer, tel que l'illustrent les propos de Bernard Cloutier, chargé de projets pour la région des Amériques.

Si des élections présidentielles plaçant à la tête du pays René Préval ont eu lieu en février 2006, la démocratie haïtienne n'est cependant qu'à ses premiers balbutiements. Elle succède à 28 années de dictature imposée par la famille Duvalier et sa milice de «tontons macoutes» et à une succession alarmante de coups d'État qui sont venus s'achopper au régime autoritaire de l'ex-président Aristide.

Tandis que les dirigeants s'enrichissaient à même les deniers publics, une paupérisation galopante saisissait la population, entraînant dans son giron son lot de calamités: émeutes, exactions de bandes armées, vols, enlèvements contre rançon, meurtres, viols, etc. À tout moment Haïti pouvait s'embraser.

Malgré cette histoire mouvementée, le CECI est présent à Haïti depuis plus de 30 ans. «Nous avons vécu à plusieurs reprises des conjonctures sociales et politiques difficiles, explique Bernard Cloutier. Nos interventions ont fluctué en fonction de ces situations changeantes, mais nous avons su nous y adapter et ainsi poursuivre nos activités à peu près sans interruption, même si à plusieurs reprises les équipes canadiennes ont dû être rapatriées.»

Autonomie et vigilance de chaque instant

Aujourd'hui, la direction du CECI-Haïti est nationale et son équipe de permanents est essentiellement haïtienne. «Les ressources locales sont beaucoup plus importantes et ce sont elles qui assurent la réussite des projets.» En effet, cette autonomisation des équipes est une condition sine qua non à l'enracinement et à la pérennité des actions de développement entreprises. «De plus, si la situation nous obligeait à rapatrier les ressortissants canadiens, les projets en exécution ne souffriraient pas trop.»

Il n'y a guère que le programme de conseillers volontaires qui fait un peu exception et suscite des mesures de sécurité exceptionnelles. «Nous avons une demi-douzaine de chargés de projet au siège qui assurent la gestion, le suivi et l'appui-conseil aux projets en exécution. Ils sont appuyés par autant de consultants qui font le va-et-vient entre le Québec et Haïti selon les besoins des programmes ou projets.» L'ambassade du Canada entreprend des évaluations périodiques du niveau de sécurité et en cas de détérioration de la situation, l'Agence canadienne de développement international (ACDI) pourrait demander le retour immédiat de ces volontaires.

Des consignes strictes ont été adoptées et sont régulièrement actualisées afin de permettre aux volontaires d'intervenir en sécurité. «Leur protection est assurée à la maison et lorsqu'ils circulent. Cette logistique est efficace mais complexe et coûteuse en gardiennage, véhicules et moyens de communication fiables.»

L'insécurité est davantage localisée dans l'agglomération métropolitaine de Port-au-Prince. Le climat semble cependant vouloir se calmer. «Les interventions musclées menées par la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti [MINUSTAH] dans les quartiers chauds de la capitale ont refroidi les ardeurs des bandes armées. Nous pouvons donc circuler plus librement dans la ville.» Sortir le soir est redevenu possible à condition toutefois de ne pas s'aventurer à pied et d'éviter les quartiers les plus sensibles. D'autre part, vu son expertise, le CECI privilégie les actions en région auprès des populations rurales les plus pauvres, donc dans des zones plus stables et plus sûres.

Des actions multidimensionnelles

En raison de l'actualité, le CECI entreprend quelquefois des actions de courte durée plus apparentées à l'aide humanitaire. «Si elles répondent à l'urgence, elles préparent également le terrain pour des appuis à plus long terme.» En effet, le développement durable et le renforcement des capacités constituent l'objet véritable de l'organisme. Pour ce faire, il déploie des projets sur plusieurs plans.

Ainsi, au niveau central, le CECI s'appuie sur des nouvelles politiques de décentralisation. Au niveau départemental, en Artibonite par exemple, il est question de lutte contre le VIH: «Il s'agit d'améliorer les moyens de détection des infections transmissibles sexuellement et par le sang, d'appuyer les associations publiques ou privées qui s'occupent des personnes infectées et de soutenir la coordination des campagnes de prévention. Un meilleur suivi des grossesses est également offert aux femmes.» Selon le Programme des Nations unies pour le développement, le taux de prévalence d'infection par le virus du sida est de 5 % dans les campagnes et pourrait atteindre 12 % dans les villes.

Au niveau local, des projets agricoles ont notamment été élaborés. Le CECI soutient des organisations paysannes locales pour une intensification de la production rizicole, une fertilisation plus performante, la production locale de semences, une amélioration des techniques de labour et pour la gestion collective du réseau d'irrigation, l'ensemble de ces opérations étant fédéré par une prise en charge progressive.

L'organisme travaille aussi à l'amélioration de conditions environnementales minimales dans certains quartiers tels les bidonvilles des Gonaïves. Cela se traduit par des travaux d'assainissement, de réfection ou de construction de canaux d'évacuation d'eaux usées, d'adduction d'eau, de réfection de ponceaux et de rues, etc. «Ces petits projets sont gérés et exécutés par les organisations de quartier avec l'appui de techniciens et d'ingénieurs locaux.»

Nécessaires partenariats

À l'instar des autres organismes présents, le CECI fonctionne de plus en plus en partenariat ou en consortium avec des organisations non gouvernementales tant locales qu'internationales ou canadiennes et même des firmes privées. «C'est une tendance incontournable de la coopération actuelle qui s'est amplifiée depuis les années 2000. Nos partenaires actuels sont le Centre de coopération internationale en santé et développement [CCISD], la Société de coopération pour le développement international [SOCODEVI], l'Entraide universitaire mondiale du

Canada [EUMC], la fondation Paul-Gérin-Lajoie [PGL], SOGEMA, ENAP, TECSULT, PRODEVA (en Haïti), etc.»

Près d'une dizaine de projets sont en cours d'exécution et malgré des difficultés liées aux problèmes de sécurité, d'inflation galopante, d'approvisionnement irrégulier ou incertain, ils parviennent à répondre aux attentes. «La durée de l'appui et la volonté de transformer et de responsabiliser font la différence», estime Bernard Cloutier.

De plus, ces grands programmes sont accompagnés d'actions qui visent aussi à sensibiliser les acteurs quant aux registres des droits et devoirs fondamentaux des citoyens, du fonctionnement démocratique des organisations, de l'équité de genre et de la conservation et la restauration de l'environnement, soit des ingrédients indispensables à un développement autonome et durable.

Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Jean charles - Inscrit 31 janvier 2007 04 h 24

    Vers une solution pour Haiti

    Haiti doit tout d'abord consentir a devenir une Nation selon
    la formule d'Ernest Renan : avoir une vision partagée du future:
    Elle peut etre realise avec les conditions suivantes:

    1- un minimum d'allocation budgetaire pour chaque petite ville et chaque canton rural

    2- l'adoption par chaque ONG d'un ou de deux petites villes

    3- la re-allocation d'une partie du budget de l'interdiction sur mer de la marine americaine pour des projets de developpement sur terre en particulier dans les milieux ruraux