La Centrafrique dit compter sur des renforts russes et rwandais

Des partisans du président de la République centrafricaine convergent vers le stade de Bangui pour assister à un rassemblement électoral, le 19 décembre 2020.
Photo: Alexis Huguet Agence France-Presse Des partisans du président de la République centrafricaine convergent vers le stade de Bangui pour assister à un rassemblement électoral, le 19 décembre 2020.

Le gouvernement centrafricain s’est vanté lundi de l’arrivée de renforts rwandais et russes après une offensive de groupes rebelles qu’il qualifie de « tentative de coup d’État » avant les élections du 27 décembre. Mais Moscou a démenti tout envoi de « troupes ».

Des groupes armés occupent plus des deux tiers de ce pays très instable, marqué par une sanglante guerre civile. Trois des plus puissants d’entre eux ont attaqué vendredi des axes routiers vitaux pour l’approvisionnement de la capitale Bangui et ont annoncé leur alliance.

Le gouvernement a accusé samedi l’ex-président François Bozizé, dont la candidature a été invalidée, de « tentative de coup d’État », pendant que les élections se préparent, avec pour favori le président actuel, Faustin Archange Touadéra.

« La Russie a envoyé plusieurs centaines d’hommes des forces régulières, et des équipements lourds » dans le cadre d’un accord de coopération bilatérale, a déclaré à l’AFP Ange Maxime Kazagui, porte-parole du gouvernement, sans préciser leur nombre exact ni la date de leur arrivée.

« Nous n’envoyons pas de troupes, nous respectons toutes les exigences des résolutions de l’ONU », a cependant assuré Mikhaïl Bogdanov, vice-ministre russe des Affaires étrangères.

« Nous avons naturellement des gens là-bas, en vertu de nos accords avec le gouvernement centrafricain, de nos accords sur la formation de cadres et le travail de nos instructeurs », a précisé M. Bogdanov.

Dans ce pays de 4,9 millions d’habitants classé parmi les plus pauvres du monde, mais riche en diamants, des gardes privés employés par des sociétés russes de sécurité assurent déjà la protection rapprochée du président Touadéra et des instructeurs forment les forces armées centrafricaines.

Le Rwanda a pour sa part reconnu avoir envoyé des troupes dans le cadre d’un accord de coopération bilatérale. Le but des rebelles est de « perturber les élections », mais « nous avons aussi appris que certains d’entre eux voulaient cibler nos propres forces en République centrafricaine, parce qu’elles se sont montrées intransigeantes », a déclaré le président rwandais, Paul Kagame.

Le parti de François Bozizé a démenti toute tentative de coup d’État, tandis que le porte-parole de la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA), Vladimir Monteiro, déclarait que les rebelles avaient été bloqués ou repoussés dans plusieurs localités.

« Peur pour nos enfants »

La France a réaffirmé, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, la « nécessité de respecter l’ordre constitutionnel et de favoriser la tenue d’élections pacifiques, transparentes et crédibles ».

Paris « soutient les efforts des Nations unies, en particulier ceux de la MINUSCA », a ajouté le ministère dans un communiqué en appelant à la « cessation immédiate » des violences, considérant que « c’est au peuple centrafricain et à lui seul qu’il appartient souverainement d’élire son futur président ».

À Bangui, la situation restait calme, le marché de Noël résonnant de chants et les mototaxis sillonnant les rues comme à l’accoutumée.

Mais la menace est difficile à ignorer pour les habitants, qui n’ont pas oublié les horreurs de 2013 après qu’une coalition de groupes armés à dominante musulmane, la Séléka, a renversé François Bozizé et fait des milliers de morts à Bangui et dans les provinces. « Je suis inquiète pour notre pays, à cause des rebelles qui viennent, on a peur pour nos enfants », murmure d’une voix lasse Geneviève, employée dans un commerce.

La coalition de l’opposition, dont M. Bozizé était le chef de file jusqu’à il y a peu, a exigé dimanche le report des élections. François Bozizé, qui dispose d’un large électorat acquis à sa cause, avait pourtant réaffirmé son attachement au processus en déclarant la semaine dernière son soutien à la candidature de l’ancien premier ministre Anicet Georges Dologuélé, désormais principal challenger.

« Aujourd’hui, un millier d’hommes armés convergent vers la capitale, le gouvernement a fait le choix de positionner des forces étrangères pour les contenir, le président Touadéra est dans la logique de faire la guerre », a déploré lundi M. Dologuélé. Il a appelé « au dialogue » et demandé au président Touadéra « une trêve pour éviter le pire ».

Mais pour ce dernier, une éventuelle négociation avec les rebelles semble exclue. « Négocier comment, sous quelle forme ? Vous voyez bien qu’il y a des attaques, on n’a pas le temps de négocier, on ne sait pas avec qui négocier, » a-t-il déclaré lundi.

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