Le Botswana rétablit la chasse aux éléphants

Un éléphanteau s’amuse dans une rivière du parc national de Chobe, dans le nord du Botswana.
Photo: Chris Jek Agence France-Presse Un éléphanteau s’amuse dans une rivière du parc national de Chobe, dans le nord du Botswana.

La décision du Botswana de lever l’interdiction de la chasse aux éléphants a suscité jeudi des réactions passionnées chez les défenseurs de la faune et les habitants de ce pays prisé des amateurs de safari.

Après des mois de réflexion, le gouvernement a annoncé le rétablissement de la chasse en soulignant qu’elle reprendrait « de manière ordonnée et éthique » et que « les animaux en danger » ne seraient pas concernés. Chaque année, moins de 400 éléphants pourront être tués en vertu de permis accordés par les autorités, a précisé le ministère de l’Environnement. Le Botswana abrite à lui seul le tiers des 415 000 éléphants sauvages d’Afrique.

« Les conflits entre humains et éléphants ont augmenté en nombre et en intensité et affectent de plus en plus les moyens de subsistance » des habitants, a expliqué le gouvernement pour justifier sa décision. La chasse aux éléphants était interdite au Botswana depuis 2014. Mais des députés du Parti démocratique au Botswana (BDP) au pouvoir ont fait pression pour modifier la loi, estimant que le nombre d’éléphants était devenu ingérable.

Indignation

La levée du moratoire a suscité l’indignation de plusieurs organisations de défense des animaux. C’est « scandaleux », a dénoncé Humane Society International. La population des éléphants du Botswana est « vitale pour la survie régionale de cette espèce emblématique », a-t-elle estimé. Si le nombre de pachydermes a augmenté dans certaines régions africaines, il a diminué de 111 000 dans le monde en une décennie, surtout en raison du trafic d’ivoire, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

« La préservation fait partie de notre ADN au Botswana […] Notre responsabilité en matière de préservation [de la faune] n’a pas changé », a assuré le ministre de l’Environnement, Kitso Mokaila.

Le rétablissement de la chasse est « une décision politique qui n’est pas dans l’intérêt de la préservation », a cependant renchéri Jason Bell, du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW). « La chasse ne fera rien pour réduire le conflit entre les humains et les éléphants. On doit s’interroger sur les raisons pour lesquelles la chasse aux éléphants est rétablie », a-t-il ajouté.

Une décision saluée

Sur le terrain, l’ONG locale Chobe Enclave Conservation Trust, qui regroupe cinq villages du nord du pays, s’en réjouit. « On veut remercier le gouvernement de nous avoir entendus […] », a expliqué à l’AFP son président, Amos Mabuku. « On a perdu des frères, des champs, notre bétail » à cause des animaux sauvages. M. Mabuku a également souligné l’importance économique des chasses organisées pour les amateurs de trophée. La chasse sera rétablie dans des zones désignées et plus de la moitié des permis sont accordés aux organisations travaillant en étroite collaboration avec la population locale, a précisé le ministère de l’Environnement. « Les trophées offrent une occasion de revenus qui sont reversés aux communautés locales », a confirmé Tom Milliken, consultant pour l’ONG Traffic.

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a également souligné les avantages de la chasse, à condition qu’elle soit très encadrée. « Dans certains cas rigoureusement contrôlés, notamment des espèces menacées, les preuves scientifiques montrent que la chasse peut être un moyen efficace de conservation » de la faune, a estimé l’ONG.