Les contours incertains de l’après-Bouteflika

Je veux «demander pardon à ceux, parmi les enfants de ma patrie, envers lesquels j’aurais, sans le vouloir, manqué à mon devoir», a écrit dans une lettre d'adieux Bouteflika , qui se présente comme «désormais simple citoyen».
Photo: Ryad Kramdi Agence France-Presse Je veux «demander pardon à ceux, parmi les enfants de ma patrie, envers lesquels j’aurais, sans le vouloir, manqué à mon devoir», a écrit dans une lettre d'adieux Bouteflika , qui se présente comme «désormais simple citoyen».

Après plus d’un mois de contestation, les Algériens, qui se disent déterminés à venir à bout du « système » tout entier, ont vu s’ouvrir mercredi une nouvelle ère aux contours incertains, au lendemain de la démission d’Abdelaziz Bouteflika, président durant deux décennies.

« Je quitte la scène politique sans tristesse ni peur pour l’avenir de notre pays » et « je vous exhorte à demeurer unis », a indiqué mercredi M. Bouteflika dans une lettre d’adieux adressée à « ses chères soeurs » et « chers frères » algériens.

Je veux « demander pardon à ceux, parmi les enfants de ma patrie, envers lesquels j’aurais, sans le vouloir, manqué à mon devoir en dépit de mon profond attachement à être au service de tous les Algériens et Algériennes », a poursuivi l’ancien président, qui se présente comme « désormais simple citoyen ».

Dans le même temps, le nouveau gouvernement a fait des gestes d’ouverture envers la presse, l’opposition, les associations et syndicats, des mesures visant visiblement à donner des gages à l’opposition et à la société civile, alors que s’ouvre une période d’intérim de trois mois durant laquelle devra être élu un nouveau président.

Peu avant, un collectif d’une vingtaine d’associations impliquées dans la contestation a appelé à une nouvelle journée de mobilisation vendredi pour « maintenir la pression » et obtenir « une transition indépendante du système », le maintien à leurs postes des hommes placés par M. Bouteflika ne pouvant, selon elles, garantir une présidentielle libre et équitable.

M. Bouteflika, 82 ans, a présenté sa démission mardi soir après plus d’un mois de manifestations monstres réclamant son départ, une mobilisation sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 1999.

Les manifestations continueront

À 48 heures de possibles nouveaux rassemblements massifs, comme chaque vendredi depuis le début de la contestation, la plupart des Algérois interrogés par l’AFP ont également répété leur détermination à continuer de manifester. Comme Yacine Saidani, un ingénieur de 40 ans, beaucoup se sont dits « contents, mais pas dupes ».

« Le système et ses tentacules mafieux doivent dégager. Donc les marches continueront », a déclaré Fadhéla Amara, 69 ans, son petit-fils de 10 ans à la main.

Le système et ses tentacules mafieux doivent dégager

Certains ont rendu hommage au chef de l’État, mais regretté son acharnement, qu’ils ont souvent attribué à son frère et principal conseiller, Saïd.

Enquêtes et arrestations

Ancien patron des patrons, le p.-d.g. d’une entreprise de construction en Algérie, Ali Haddad, que ses détracteurs accusent d’avoir bâti sa fortune avec des commandes publiques obtenues grâce à ses liens privilégiés avec l’entourage de M. Bouteflika, a été emprisonné mercredi par un juge d’instruction.

Il avait été arrêté dimanche à un poste-frontière avec la Tunisie, après la découverte de devises non déclarées et de deux passeports.

La justice a également ouvert des enquêtes pour corruption et interdit de sortie de territoire, selon les médias, une dizaine d’influents hommes d’affaires liés au chef de l’État déchu.